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au bord des lèvres


  1. > fandom : haikyuu
  2. > ship : iwaizumi hajime & oikawa tooru alias les idiots amoureux
  3. > feat : matsukawa issei, hanamaki takahiro
  4. > genres : fanfiction, romance
  5. > liens : wattpad
  6. > statut : terminée, 12 000 mots, 17/17 chapitres
  7. > dates : 14/09/2024 - 26/02/2025

résumé :

Après quatre ans de colocation, Iwaizumi et Oikawa rendent les clés de leur appartement. L’un vient de décrocher son premier emploi. L’autre poursuit encore ses études. En voyant la silhouette d’Iwaizumi s’éloigner au loin, Oikawa décide de tourner la page. Il est temps de renoncer à cet amour non-réciproque. Mais deux ans plus tard, Iwaizumi fait un retour fracassant dans sa vie. Et cette fois-ci, il compte bien rester pour toujours… Si tant est qu’Oikawa veuille encore de lui.


À celleux qui s'aiment depuis trop longtemps pour se le dire.

« Mais la raison n'est pas ce qui règle l'amour. »
— Molière

Pour la énième fois, Iwaizumi vérifia le contenu des placards. Il n’y avait plus rien dans la cuisine, à l’exception de deux jeux de clés, posés bien en évidence sur le plan de travail. — Tu es sûr qu’il n’est pas dans ton sac ? demanda-t-il pour la troisième fois. — J’ai déjà regardé deux fois ! ronchonna Oikawa. Pour qui me prends-tu ? Pour le pire des étourdis, répliqua mentalement Iwaizumi. Mais l’heure n’était plus aux chamailleries. Non sans soupirer, le jeune homme se dirigea prestement vers les deux chambres de l’appartement qu’il examina l’une après l’autre, en vain. Il n’y avait aucune trace de l’omamori dont Oikawa ne se séparait jamais ; ce qui excluait naturellement toutes les fois où il l’égarait involontairement. — Tu devrais y aller, Iwa-chan. Ce n’est pas grave. Je vais me débrouiller. Oikawa se pencha pour fouiller, une fois de plus, le contenu de son sac à dos. Il essayait de dissimuler son abattement, mais Iwaizumi n’était pas dupe. Il se frotta les yeux, s’efforçant de réfléchir. Il avait déjà fouillé toutes les pièces dans les moindres recoins. Existait-il vraiment un endroit où il n’avait pas regardé ? Il restait le sac d’Oikawa, bien sûr, mais à force de le retourner dans tous les sens, même son ami aurait dû finir par retrouver son porte-bonheur protecteur si celui-ci se trouvait véritablement dedans. Non, l’omamori était forcément ailleurs… Les yeux d’Iwaizumi s’attardèrent un peu trop longtemps sur la nuque d’Oikawa. Une exclamation lui échappa. L’air mi-soulagé, mi-énervé, il s’approcha brusquement de son ami qui eut presque un mouvement de recul. Avant qu’Oikawa n’ait pu s’enquérir de ce changement d’humeur, il sentit les doigts d’Iwaizumi glisser de sa nuque à sa clavicule. Le pauvre garçon cligna plusieurs fois des yeux. Lorsqu’il baissa ses derniers, il vit enfin ce qu’Iwaizumi avait attrapé avec tant de hâte : la ficelle qu’il portait au cou. Au bout de celle-ci pendait un petit objet en tissu… — Oh ! J’avais oublié… Je l’avais mis là… Pour ne plus le perdre… Le visage d’Oikawa s’empourpra. Il s’était rarement senti aussi bête qu’en cet instant. Dans d’autres circonstances, il aurait probablement souhaité disparaître. Mais il ne pouvait pas se permettre un tel caprice aujourd’hui. — Je suis désolé, Iwa-chan ! Pardonne-moi ! On ne va quand même pas se quitter fâchés ? Iwaizumi n’avait plus assez de souffle pour soupirer. Et au fond de lui, il était même probablement un peu amusé. Pour toute réponse, il se contenta d’une pichenette sur le front d’Oikawa. — Maintenant, on est quitte. Cette fois-ci, je ferais mieux d’y aller si je veux être en avance pour mon vol. Tu es sûr que tu vas t’en sortir avec l’agent immobilier ? Oikawa s’efforça de sourire. — Bien sûr ! Tu peux partir sans crainte. Iwaizumi eut un regard lourd de sous-entendus. Il jeta un coup d’œil à sa montre, enfila ses chaussures et tendit une main vers la poignée de la porte. Là, il se retourna vers Oikawa. — D’ailleurs, pourquoi tiens-tu autant à cet omamori ? Après toutes ces années, il ne doit plus être très efficace. — Au- Au contraire, je suis certain qu’il marche encore très bien !! Ça me rassure de l’avoir… Iwaizumi haussa les épaules. Puis il ouvrit la porte. Oikawa l’accompagna jusqu’au seuil. — J’y vais. Prends soin de toi. — Toi aussi. Au revoir, Iwa-chan. Iwaizumi s’éloigna, une valise à la main et un sac sur le dos. Oikawa le suivit des yeux jusqu’à ce qu’il descende les escaliers de la résidence. Voilà, c’était fini. Iwaizumi était parti. Avant de rentrer, Oikawa retira l’étiquette sur laquelle étaient inscrits les noms d’Oikawa Tooru et d’Iwaizumi Hajime. Les deux meilleurs amis avaient vécu dans cet appartement pendant près de quatre ans, jusqu’à leur premier diplôme universitaire. — C’est passé plus vite que je ne le pensais, murmura Oikawa. Leur appartement était vide. Désormais seul, Oikawa baissa la tête. Des larmes tombèrent silencieusement sur le parquet froid.


Oikawa avait rencontré Iwaizumi au lycée. En avril, mois de la rentrée scolaire japonaise, les clubs se démenaient pour recruter de nouveaux membres. Du haut de ses quinze ans, Oikawa ne se connaissait aucune passion particulière. Deux semaines après le début des cours, il n’avait encore rejoint aucun club, au grand désespoir de sa mère qui l’urgeait de faire quelque chose de ses journées. C’était par hasard s’il avait vu l’affiche relative à l’exposition temporaire organisée par le club de photographie. Située au fond d’un couloir que personne n’empruntait, la salle était pourtant spacieuse et lumineuse. À l’intérieur, il n’y avait pas foule. Oikawa ne connaissait rien à la photographie ; en tout cas pas plus qu’à tout autre sujet. Seule une légère curiosité le poussa à entrer. Les clichés étaient disposés sur de grands panneaux blancs. Ils étaient tous accompagnés d’un petit cartel explicatif. En plus d’un titre, on pouvait y lire le matériel utilisé et l’identité du photographe. À première vue, chaque membre du club avait son propre panneau, sur lequel iel avait exposé son propre travail. Oikawa piétina un peu dans la salle. Ses yeux glissèrent rapidement sur les premiers panneaux : des panoramas pris en haut d’une colline, des nuages dans un ciel coloré, un groupe d’ami·e·s lors d’une soirée karaoké, des bateaux dans un port de pêche, des stations de train et de métro, des lycéens jouant au volleyball. Rien ne retenait son attention plus de quelques secondes. Jusqu’à ce que ses pieds s’arrêtent. Devant lui, les portraits d’un couple âgé au visage marqué par les rides. Les clichés étaient nets, mais les sujets n’avaient pas l’air de prendre la pose. Ils paraissaient vivants. C’était comme si le photographe les avait surpris au beau milieu d’une action, figeant un mouvement inachevé. Oikawa se pencha vers l’un des cartels. — Iwaizumi Hajime, lut-il à voix basse. — Oui ? résonna une voix juste derrière lui. Oikawa sursauta en poussant un petit cri aigu. Celui qui venait de parler était un garçon de son âge, aux cheveux bruns hérissés et aux yeux étonnement verts. Oikawa ne l’avait pas entendu arriver. —C’est- C’est toi, Iwaizumi Hajime ? Le nouveau venu opina de la tête. Oikawa se racla la gorge. — Je suis Oikawa Tooru, se présenta-t-il. Dis, tu en as d’autres, des photos ? Un peu surpris par cette question, Iwaizumi acquiesça de nouveau. — Celles-ci me plaisent, insista Oikawa. Alors montre-moi les autres. Le photographe obtempéra. Alors qu’il s’était éclipsé dans une autre pièce, Oikawa fut abordé par une fille. Il devina qu’il s’agissant d’une membre du club de photographie. — C’est rare de voir quelqu’un parler à Iwaizumi. Il ne te fait pas un peu peur ? — Peur ? s’étonna Oikawa. Qu’est-ce qui te fait dire ça ? — Il vient rarement au club. Et lorsqu’il est présent, c’est à peine s’il nous adresse trois mots. Quoi qu’il fasse, son visage reste complètement fermé. C’est comme s’il était étranger aux émotions. Oikawa fronça les sourcils. L’idée de contredire une jolie jeune fille lui déplaisait fortement, mais celle-ci se fourvoyait sur toute la ligne. — Iwaizumi n’est pas comme ça. Il suffit de regarder ses photos pour le comprendre. Le sujet de leur conversation réapparu justement derrière lui, un album dans les mains. — Je ne suis qu’un amateur, le prévint-il, alors soit indulgent. — Ne t’en fais pas. La photographie, je n’y connais rien du tout. Iwaizumi haussa un peu les sourcils. De son côté, Oikawa feuilletait l’album qu’il lui avait apporté. Le couple âgé était présent sur la majorité des clichés, souvent accompagné d’un chat blanc. Oikawa relevait souvent la tête pour regarder Iwaizumi. — Pourquoi tu me regardes, moi ? s’étonna celui-ci. — Ton visage ne colle pas du tout avec l’impression que j’ai de tes photos. C’est assez drôle. Une photographie en disait long sur l’intention de son auteur. En tant que spectateur, Oikawa avait le sentiment qu’Iwaizumi chérissait profondément tout ce qui l’entourait. — C’est comme si tu avais quatre-vingt ans, pouffa-t-il. Iwaizumi ne comprenait rien à ce qu’Oikawa racontait. — Est-ce que mes photos sont bizarres ? — Non. J’aime bien comment tu cadres tes sujets, c’est tout. Tu es doué, Iwa-chan. Oikawa n’avait certainement pas prévu, à ce moment-là, qu’Iwaizumi s’attache autant à lui.


— Merci de t’être occupé des photos, Oikawa ! J’ai hâte de voir le rendu, maintenant que tu travailles dans un studio. — Il n’y a pas de quoi. Je m’arrangerais pour te rendre plus beau qu’en vrai ! Cette plaisanterie lui valu un coup de coude de la part de Hanamaki, qui continuait pourtant de sourire jusqu’aux oreilles. Il venait, après tout, de se marier. C’était la première fois qu’Oikawa couvrait un mariage. Un jeune diplômé tel que lui n’avait pas l’expérience nécessaire pour un tel évènement. Mais Matsukawa et Hanamaki avait insisté ; Oikawa n’avait pas pu refuser ce plaisir à ses vieux amis du lycée. — C’est vraiment dommage qu’Iwaizumi n’ait pas pu se déplacer, regretta Matsukawa. — Hokkaido, ce n’est pas la porte à côté, commenta Hanamaki. Oikawa, tu as des nouvelles de lui ? — Des nouvelles ? Pas- Pas vraiment. À vrai dire, ça fait un moment qu’on ne s’est pas parlé. Matsukawa et Hanamaki échangèrent un regard étonné. — Ah bon ? C’est vrai qu’Iwaizumi n’a jamais été du genre très bavard. C’est toujours à nous de le joindre en premier. Mais j’étais persuadé qu’il resterait au moins en contrat avec toi. — Vous étiez super proches, renchérit Hanamaki. — Ce n’est pas comme si on était en froid, les rassura Oikawa. On s’envoie des messages de temps en temps, et il lui arrive de m’appeler. C’est juste moins fréquent qu’avant. Mais c’est normal, pas vrai ? Il a sa vie, et j’ai la mienne. On a moins de temps libre, c’est tout. Ses amis ne parurent pas très convaincus. Oikawa avait probablement lâché une plaisanterie pour se sortir de cette situation embarrassante. Quelque chose comme : il faut laisser son enfant quitter le nid ou encore il appellera lorsque je lui manquerai trop. Il avait quitté les jeunes mariés, un sourire aux lèvres, en les félicitant une fois de plus. Mais dans le train qui le ramenait chez lui, Oikawa n’avait pas pu empêcher son esprit de s’égarer. Matsukawa et Hanamaki avaient raison : Iwaizumi et lui étaient très proches. Peu de temps après leur rencontre au club de photographie (qu’Oikawa avait fini par rejoindre), leur relation était devenue comparable à celles de deux meilleurs amis. Iwaizumi venait trouver Oikawa dans sa classe, et Oikawa suivait Iwaizumi dans les couloirs. Ils sortaient souvent prendre des photos ensemble. Iwaizumi avait appris à Oikawa tout ce qu’il savait sur la photographie, si bien qu’elle était aussi devenue la passion de ce dernier. C’était véritablement ce qui les reliait. Après le lycée, Iwaizumi et Oikawa étaient partis étudier la photographie à l’université de Tokyo. C’était là qu’ils avaient emménagés ensemble dans leur appartement. Leur colocation avait durée quatre ans. Durant cette période, ils avaient passé la majorité de leur temps ensemble. Et puis, Iwaizumi était parti travailler à Hokkaido. C’était il y a deux ans déjà. Oikawa avait souffert de cette séparation amicale. Il avait eu beaucoup de mal à l’accepter, surtout les premiers mois. Mais avec le temps, cette distance s’est révélée être une bonne chose. S’il était resté plus longtemps avec Iwaizumi, il se serait encore plus attaché à lui. Il aurait été incapable de le laisser partir. Il aurait été incapable de vivre sans lui. S’il n’était pas parti, Oikawa serait toujours amoureux d’Iwaizumi. Et ses sentiments ne seraient toujours pas réciproques. Oikawa n’aurait pas pu vivre comme ça éternellement. Ses doigts effleurèrent l’omamori qui reposait sous sa chemise. Oui, songea-t-il, c’était pour le mieux. Car dans tous les cas, il aurait perdu son meilleur ami.


Oikawa était encore en train de retoucher les photos du mariage de Matsukawa et Hanamaki lorsque son téléphone vibra. Le nom d’Iwaizumi s’affichait sur l’écran. Son dernier appel remontait déjà à plusieurs mois. Oikawa respira un bon coup avant de décrocher. — Salut, fit Iwaizumi. Je reviens à Kanagawa. — Hein ? — Ma boîte m’a muté. — Hein ?? — Je viens d’arriver à Ofuna. Je me suis dis que je pouvais faire un crochet. — Hein ??? La conversation s’enchaînait un peu trop vite pour Oikawa qui peinait à en traiter les informations. Iwaizumi était de retour dans la préfecture ? Pour de bon ? Alors qu’Oikawa venait de décréter que c’était une bonne chose de mettre de la distance entre eux ? Il se prit la tête dans ses mains. Non, ce n’était pas possible. — Est-ce qu’on peut se voir ? Le cœur d’Oikawa s’emballa. Quelques mots prononcés par Iwaizumi, et voilà que ses nobles résolutions menaçaient de s’effondrer. Même avec toute la volonté du monde, Oikawa ne pouvait pas ignorer la petite voix qui lui soufflait : je veux le voir. Il soupira. — Tu es chargé, pas vrai ? Je te rejoins à la station d’Ofuna. Oikawa raccrocha. Il enfila ses chaussures et son manteau, s’efforçant de refréner son empressement. Il n’avait pas fait trois pas dehors qu’il se mit à courir. Sur le chemin, il essaya de se rassurer du mieux qu’il le put. Iwa-chan est juste un ami, se répétait-il, et je suis très heureux de revoir mon ami. Son cœur battait fort car il courrait. Ses joues étaient rouges car il faisait froid. Il n’y avait rien d’étrange à tout cela. Oikawa arriva à la station moins de dix minutes plus tard. Il repéra rapidement Iwaizumi qui l’attendait, le nez en l’air. Pour tout bagage, il portait un simple sac à dos. — Tu voyages léger, remarqua Oikawa. — J’ai fais envoyer le reste de mes affaires. — Tu t’es bien caché de me le dire. — J’étais content que tu viennes me chercher. — Tu n’as vraiment pas changé d’un poil, marmonna Oikawa. — Toi non plus, lui rétorqua Iwaizumi. Les deux amis se regardèrent en silence. L’espace d’un instant, Oikawa ne sut quoi dire. Il était partagé entre le sentiment d’une familiarité retrouvée et d’un embarras nouveau. Il avait passé si longtemps loin d’Iwaizumi qu’il ignorait comment se comporter en sa présence. Plongé dans un état d’hésitation profond, Oikawa fut pris de court lorsqu’Iwaizumi l’emprisonna dans ses bras. — Mais qu’est-ce que tu fais ? — Je suis content de te voir. Oikawa était toujours aussi confus lorsqu’Iwaizumi s’écarta. — On mange ensemble ? proposa ce dernier, l’air de rien. Oikawa n’eut pas le temps d’acquiescer ; Iwaizumi l’entraînait déjà dehors, à la recherche d’un restaurant. Ce fut presque contre son gré qu’Oikawa se retrouva assis sur une chaise, un menu de gyukatsu dans les mains. Il commanda au hasard. C’était tellement le bazar dans sa tête qu’il ne se pensait pas capable de sentir la nourriture. Oikawa fut sincèrement étonné lorsque la première bouchée de son bœuf wagyu pané rencontra son palet dans une explosion de saveurs. Se découvrant un appétit, Oikawa mangea de bon cœur. Les sujets de conversation se succédèrent naturellement durant le repas. Iwaizumi lui parla de sa vie à Hokkaido. Oikawa lui raconta les derniers ragots du coin. C’était comme s’ils étaient de retour dans leur appartement tokyoïte. C’était comme s’ils ne s’étaient jamais quittés. Deux heures plus tard, Oikawa raccompagna Iwaizumi à la station d’Ofuna. Il allait lui souhaiter un bon retour lorsqu’Iwaizumi s’arrêta net, juste en face de lui. — Emménage avec moi, lui demanda-t-il de but en blanc. Je veux vivre avec toi. Le cerveau d’Oikawa se déconnecta. Il lui fallut quelques secondes pour redémarrer. — Non, répondit-il d’une voix mi-ferme, mi-paniquée. Les deux amis se jugèrent du regard. Oikawa avait le sentiment que, s’il baissait les yeux le premier, il aurait perdu. Ses sourcils se froncèrent tandis qu’il gardait la tête haute. Finalement, Iwaizumi haussa les épaules. — Pas besoin de me regarder comme ça. Tant pis pour aujourd’hui. Je te redemanderai plus tard. Oikawa n’eut pas le temps de lui demander ce qu’il entendait par là. Iwaizumi s’éloignait déjà, agitant la main en signe d’aurevoir.


— Bienvenue, répéta machinalement Oikawa au tintement de la clochette. Il releva la tête, s’attendant à voir un client. Au lieu de quoi, Iwaizumi se tenait dans l’entrée du studio photographique où il travaillait. Il regardait un peu partout, l’air curieux. — Iwai-chan ? Qu’est-ce que tu fais ici ? Chigasaki n’est pas sur ta ligne… — J’ai emménagé dans le quartier, répondit Iwaizumi. Ça ne me disait rien de retourner vivre chez mes parents. En habitant ici, je suis plus proche de mon travail. Et puis… Il regarda Oikawa droit dans les yeux. — J’en avais marre de vivre loin de toi, conclu Iwaizumi. Oikawa se détourna brusquement, une main contre sa bouche. Son cœur venait de faire un grand huit dans sa poitrine. Dans son dos, Iwaizumi n’avait pas l’air de comprendre ce qui lui prenait. — Ta journée est terminée ? s’enquit-il. — Il me reste quelques bricoles à nettoyer… Iwaizumi s’assit dans l’un des fauteuils mis à la disposition des clients. Oikawa devina qu’il comptait l’attendre pour marcher ensemble jusqu’à la station. Il soupira, mais il se dépêcha néanmoins de terminer ce qu’il avait à faire avant de fermer le studio. — Au fait, pourquoi ce transfert soudain ? demanda Oikawa une fois dehors. — Je ne te l’ai pas dis ? s’étonna Iwaizumi. — Non. Tu ne me dis jamais les choses importantes à moins que je te le demande… — J’étais persuadé de te l’avoir dit. L’un de mes plans a gagné un concours au sein de la boîte. Après ça, on m’a donné un poste de management au siège. Je dois gérer une équipe pour réaliser un projet. Oikawa fronça les sourcils. Il essayait de visualiser Iwaizumi dans un bureau, avec des gens. — J’ai dis quelque chose de bizarre ? — Non. J’ai juste du mal à t’imaginer travailler, toi qui est si peu sociable. — Je suis doué pour les rapports et les présentations. Pour ce qui est de faire la conversation… Disons que je m’en tiens au strict minimum. Je déteste le small talk. — C’est pourtant ce qu’on fait la plupart du temps, toi et moi, fit remarquer Oikawa. — C’est différent. Toi, tu es spécial. Pour la deuxième fois de la soirée, Oikawa se détourna brusquement. Il avait une main contre sa bouche, l’autre contre son cœur. À ce rythme-là, il ferait mieux de consulter un cardiologue… — Tu vas bien ? lui demanda Iwaizumi. Oikawa se redressa en soupirant. — Je devrais t’acheter quelque chose pour fêter ta promotion, marmonna-t-il. Iwaizumi lui dit qu’il n’avait besoin de rien. Oikawa était encore complètement étranger aux coutumes du monde du travail, mais offrir un cadeau en cas de promotion semblait être la moindre des choses. Le choix du présent accapara son esprit tout le reste de la semaine. Il demanda même conseil à son patron (qui n’avait pas l’air d’en savoir beaucoup plus que lui). — Tu pourrais lui offrir des fleurs, je suppose ? Cela donna tout de même à Oikawa une idée. En plus, c’était l’occasion parfaite pour exercer une petite vengeance à l’encontre d’Iwaizumi... Le samedi suivant, Oikawa passa chez le fleuriste avant de rejoindre Iwaizumi, à qui il avait donné rendez-vous. Il lui tendit son cadeau, un petit sourire moqueur aux lèvres. Iwaizumi prit les fleurs qu’il lui tendait. — Maintenant que tu as attrapé le bouquet, tu dois m’épouser, déclara Oikawa. Il avait beau avoir répété cette phrase plusieurs fois dans sa tête avant de la prononcer, Oikawa était extrêmement gêné d’avoir dit un truc pareil. Surtout qu’en face de lui, Iwaizumi faisait une drôle de tête. Il avait les sourcils froncés et les lèvres pincées. On aurait dit qu’il était constipé. — Dé- Désolé, c’était bizarre. Tu m’avais dis quelque chose de similaire lorsque j’ai gagné un concours de photographie à l’université. Tu ne t’en souviens pas ? — Je m’en souviens, lui répliqua pourtant Iwaizumi. Le malaise d’Oikawa ne faisait que croître. Il ressentait le besoin urgent de s’éclipser ; ce qu’il fit. — Je- Je voulais juste te donner ton cadeau. À la prochaine ! Et il s’éloigna rapidement ; trop rapidement pour voir les oreilles rouges d’Iwaizumi.


L’air fort perplexe, Oikawa relut pour la troisième fois le message que venait de lui envoyer Iwaizumi. Mais pas de doute : Je pense vraiment qu’on devrait vraiment emménager ensemble s’affichait toujours sur l’écran de son téléphone. Oikawa éteignit ce dernier, qu’il rangea dans la poche de son pantalon. Je n’ai rien vu, décréta-t-il en son fort intérieur. Il continua ce qu’il était en train de faire avant que ce message ne vienne chambouler sa concentration. À la fin de sa journée de travail, Oikawa l’avait presque oublié. Mais c’était sans compter sur Iwaizumi, qui l’attendait de pied ferme devant l’enseigne de son studio photographique. — Oikawa, l’appela-t-il, emménage avec moi. Le principal intéressé ne comprenait pas du tout d’où lui sortait cette soudaine fixette. D’autant plus que, la dernière fois qu’ils s’étaient vus, Iwaizumi n’avait pas eu l’air d’apprécier sa petite blague. Oikawa aurait jugé que cela l’avait mis en colère ; Iwaizumi lui aurait-il déjà pardonné ? — Pourquoi ? fut la seule chose qu’il parvint à dire. Pourquoi je ferais ça ? — Je veux manger tes onigiri cramés, t’aider à chercher ton omamori toute la journée et parler avec toi jusqu’à ce que le soleil se lève. Je veux faire tout ce qu’on faisait avant. Alors qu’il aurait dû être touché par de telles déclarations, Oikawa se sentit presque insulté. Depuis le retour d’Iwaizumi, il ne pouvait pas s’empêcher de comparer leurs situations respectives. Iwaizumi travaillait depuis deux ans déjà. Il avait un bon emploi, il venait même de décrocher une promotion. Il portait tout le temps une chemise blanche, une veste de costume et une belle cravate. Oikawa, lui, ne travaillait dans un studio que depuis quelques mois. Il ne portait pas de costume ; juste un drôle de tablier lorsqu’il manipulait des photographies dans la chambre noire. Ils avaient le même âge, mais Iwaizumi semblait désormais à des années-lumière de lui. — C’est fini, tout ça. Je ne crame plus mes onigiri, je ne perds plus mon omamori et je ne fais plus de nuits blanches. Je suis un adulte, maintenant. Oikawa se mit à marcher en direction de la station. Il souhaitait semer Iwaizumi mais, naturellement, celui-ci le suivit sans difficulté. — Tu es peut-être un adulte, mais tu es toujours Oikawa. Je veux vivre avec l’adulte Oikawa. — Mais pourquoi ? — Je te l’ai dit ; je veux que tout redevienne comme avant. — Comme avant ? s’étrangla Oikawa. Il fit brusquement vole-face en direction d’Iwaizumi. — Iwa-chan, tu es celui qui a tiré un trait sur cet avant dont tu n’arrêtes pas de parler ! — Pourquoi est-ce que tu t’énerves ? s’étonna sincèrement Iwaizumi. — Tu as arrêté la photographie ! Tu es celui qui est parti ! Et maintenant tu réapparais, l’air de rien, en me demandant de réemménager avec toi ? Mais c’est quoi ton problème !? Non, ce n’était pas ce qu’Oikawa voulait dire. — Je n’ai pas vraiment arrêté, répliqua Iwaizumi. Mon rapport à la photographie est juste différent du tiens. Je croyais que tu- — Bien sûr que je sais tout ça ! Mais qu’est-ce que je suis en train de faire ? se répétait Oikawa. Comment avait-il pu songer que la distance était une bonne chose ? Ces deux dernières années, il n’avait fait que se mentir à lui-même. Il n’avait même pas remarqué la rancœur qui le rongeait à petit feu. Oikawa prit une profonde inspiration. Il devait se calmer. — Je suis désolé, Iwa-chan, soupira-t-il. Je suis en colère contre nous deux. Je t’en veux d’être parti. Et je m’en veux d’avoir refusé d’admettre que je me suis senti seul et que tu m’as manqué. Iwaizumi pinça les lèvres et fronça les sourcils. — Pourquoi est-ce que tu fais cette tête ? — Je suis heureux que tu te sois senti seul. — Dit comme ça, ce n’est pas très gentil… Iwaizumi soupira. Il poursuivit, l’air très sérieux : — Ce n’est qu’après être parti que j’ai réalisé à quel point le temps qu’on a passé ensemble était spécial. Je sais que tu penses la même chose. Alors emménage avec moi, Oikawa. — Je ne peux pas faire ça, refusa celui-ci pour la énième fois. — Mais pourquoi ? insista encore Iwaizumi. Si tu avais une bonne raison à me donner, je comprendrais. Mais ce n’est pas l’impression que j’ai. Alors pourquoi ne veux-tu pas vivre avec moi ? Iwaizumi avait attrapé le poignet d’Oikawa pour l’empêcher de s’enfuir. Leurs visages étaient littéralement à quelques centimètres l’un de l’autre, et Oikawa sentit sa raison s’effondrer. Il attrapa brusquement la cravate d’Iwaizumi qui baissa un peu la tête pour ne pas se faire étrangler. — Parce que je t’aime ! s’exclama Oikawa. Il regretta ces mots à l’instant même où il les prononça. Alors qu’il tentait de s’éloigner, bafouillant des propos plus contradictoires les uns que les autres, Iwaizumi raffermit sa prise sur son poignet. — Ce n’est pas un problème. Parce que je t’aime aussi.


Oikawa avait l’impression d’être dans l’un de ces films romantiques qu’il regardait parfois en secret dans sa chambre. C’était comme si le temps s’était arrêté. Les mots d’Iwaizumi résonnaient comme un écho incessant dans sa tête. L’espace d’un instant, Oikawa sentit une doucereuse chaleur parcourir tout son corps ; celle de l’espoir. Il lui fallu cinq bonnes secondes pour redescendre sur terre. Oikawa claqua vigoureusement ses mains sur ses joues, avant de s’ébouriffer les cheveux. Iwaizumi inclina légèrement la tête, mais il ne pipa mot face à cet épisode de folie. Il attendit patiemment qu’Oikawa termine… ce qu’il était en train de faire. — Bien sûr que tu m’aimes, Iwai-chan. Nous sommes amis après tout. C’est ce que tu voulais dire, pas vrai ? répondit enfin Oikawa, avec un sourire qui ressemblait davantage à une grimace. — Non, le détrompa Iwaizumi. Je t’aime aussi romantiquement. — Non, répéta Oikawa. Tu voulais dire amicalement, pas vrai ? Iwaizumi fit la moue. Il était évident qu’Oikawa faisait exprès de ne pas comprendre. — Je t’aime aussi romantiquement. Et si tu veux tout savoir, je crois que je t’aime aussi sex- Oikawa l’empêcha de poursuivre en plaquant ses mains contre sa bouche dans un grand cri. Vu le rouge qui lui colorait les joues, cette fois-ci, il avait bien entendu. Iwaizumi en fut soulagé. — Je peux le répéter autant de fois que tu le souhaites. — Non ! Je- Je crois que j’ai saisi l’idée. C’était évidemment plus facile à dire qu’à faire. En réalité, Oikawa était plongé dans une extrême confusion. Dans son esprit, on venait d’assister à un tremblement de terre sans nom. Et il y avait toujours, en arrière-plan, la voix d’Iwaizumi qui tournait en boucle : je t’aime, je t’aime, je t’aime. — Mon cœur ne tiendra jamais jusqu’à quatre-vingt ans, se désespéra-t-il dans un soupir. — Ça t’étonne tant que ça, que je t’aime ? Oikawa était persuadé qu’il perdait cinq ans de sa vie à chacune de ses confessions. — Et comment j’aurais pu le deviner ? renchérit-il. C’est bien la première fois que je t’entends me dire un truc pareil ! — À mon retour, je t’ai pourtant dit que je voulais vivre avec toi. Je croyais avoir été suffisamment clair. — C’était tout, sauf clair ! objecta Oikawa. Quand tu m’as demandé de réemménager avec toi, je pensais que tu parlais de redevenir colocataires. N’importe qui aurait compris la même chose ! Iwaizumi prit quelques secondes pour réfléchir à la question. — Dans ce cas, je reformule : Oikawa, emménage avec moi en tant que mon petit-ami. Cette fois-ci, tu n’as plus de raisons de refuser, pas vrai ? Puisque tu m’ai- Pour la seconde fois de la soirée, Oikawa plaqua ses mains sur la bouche d’Iwaizumi. Ce dernier fronça les sourcils. Les mains d’Oikawa n’étaient pas désagréables, bien qu’un peu froides. Mais ils se trouvaient au beau milieu d’une importante conversation, et Iwaizumi ne voyait pas comment celle-ci pourrait progresser si Oikawa continuait de l’interrompre. — Dou- Doucement. Laisse-moi parler, d’accord ? Oikawa avait une drôle d’expression. Bien qu’un peu perplexe, Iwaizumi hocha la tête. — Tu es mon seul et unique meilleur ami. Et je suis aussi ton seul et unique meilleur ami. Ça, c’est une relation qui est précieuse. C’est une relation qui pourrait durer toute notre vie ! — J’espère bien. — Moi aussi. Et parce que je veux protéger cette relation, parce que je veux continuer d’être ton meilleur ami, alors je ne peux pas être ton petit-ami. — Je ne comprends pas, rétorqua Iwaizumi. Tu sais que je t’aime. Et je sais que tu m’aimes. Alors pourquoi est-ce qu’on ne pourrait pas être ensemble ? — Parce que c’est trop risqué ! Si on sort ensemble et qu’on finit par se séparer, on aura tous les deux perdu notre meilleur ami. Il vaut donc mieux rester amis dès le début. On ne savait plus trop qui d’Iwaizumi ou de lui-même Oikawa cherchait à convaincre avec un charabia pareil. Dans un cas comme dans l’autre, c’était loin d’être efficace. Iwaizumi ne se gêna d’ailleurs pas pour lui dire : — Je n’aime pas ça. Je veux quand même sortir avec toi.


Oikawa regardait le plafond de sa chambre, l’air songeur. Il était rentré chez ses parents pour le week-end, supposant que cela lui changerait les idées. Mais même dans cette petite maison qui l’avait vu grandir, il n’arrivait pas à chasser les mots d’Iwa-chan de son esprit. Leur conversation, qui remontait déjà à quelques jours, aurait pu se prolonger encore longtemps si l’arrivée de leur train respectif n’y avait pas coupé court. En dépit de tous les arguments avancés par Oikawa, ce dernier était certain qu’il avait échoué à convaincre Iwaizumi. — Ce n’est pourtant pas difficile à comprendre, se lamenta-t-il. Il vaut mieux être amis qu’être amoureux. Oikawa n’avait jamais eu beaucoup de chances dans ses relations amoureuses. Il avait eu un nombre raisonnable de petites-amies, mais jamais rien de très sérieux. C’était toujours elles qui lui demandaient de se mettre en couple. Et pourtant, c’était toujours elles qui lui demandaient d’y mettre fin. Au début, elles approchaient Oikawa pour son apparence avantageuse ; il était plutôt grand et plutôt beau, avec un sourire charmant et des cheveux soyeux. Mais lorsqu’elles apprenaient à mieux le connaître, elles repliaient rapidement bagages. Au lycée, ses ex-copines lui reprochaient d’être une coquille vide qui ne s’intéressait à rien ; pas même à elles. À l’université, elles lui en voulaient de placer sa passion pour la photographie au-dessus d’elles. À chaque fois qu’Oikawa annonçait à Iwaizumi s’être fait larguer, ce dernier prenait son visage déconfit en photo. Au bout de la troisième ou de la quatrième fois, Oikawa avait fini par jeter l’éponge. Et puis, entre temps, il était tombé amoureux d’Iwaizumi… — Si je sors avec Iwa-chan et qu’on finit par se séparer… — En parlant d’Hajime, il est en bas. Oikawa dû se retenir pour ne pas hurler en voyant son père, un grand sourire aux lèvres, qui venait d’apparaître dans l’encadrement de la porte. — Il faut vraiment que vous appreniez à toquer avant d’entrer ! — La porte était déjà ouverte, lui fit remarquer son père. Mais Oikawa le contournait déjà pour descendre les escaliers en vitesse. Il trouva Iwaizumi attablé dans le salon, une tasse de thé noir entre les mains. — Non mais je rêve, marmonna Oikawa. Pourquoi tu l’as laissé entrer ? — C’est Hajime, répondit sa mère. Bien sûr que je l’ai laissé entrer. Elle passa dernière son fils pour rejoindre les escaliers. Oikawa, lui, s’approcha d’Iwaizumi, les poings sur les hanches, l’air de lui demander : Mais qu’est-ce que tu fais là ? — Les ponts arrivent, déclara Iwaizumi. Oikawa haussa un sourcil. Il ne voyait pas où son ami voulait en venir. — Premièrement, reprit Iwaizumi, je veux t’inviter à la mer pour prendre des photos. Le visage d’Oikawa s’éclaira aussitôt. — Ça fait une éternité que je suis allé à la mer ! Je ne travaille pas les 3 et 4 mai. — Merci pour ces précieuses informations. Deuxièmement, je veux t’inviter à dormir dans mon nouvel appartement. Oikawa perdit immédiatement sa récente bonne humeur. Quel imbécile ! Il s’était emballé trop vite. Il était pourtant évident qu’Iwaizumi aurait une idée derrière la tête. — Troisièmement… Je crois que je vais garder cette dernière invitation secrète. — Pourquoi est-ce que j’irais dormir chez toi ? souffla Oikawa. — Pourquoi est-ce que tu chuchotes ? lui rétorqua Iwaizumi. — Mes parents et leurs oreilles affûtées sont juste derrière nous. Loin d’avoir quitté la pièce, son père et sa mère les écoutaient depuis les escaliers sans la moindre once de discrétion. Oikawa les chassa sans ménagement en direction du premier étage. — Ça ne me dérange pas qu’iels nous écoutent, affirma Iwaizumi. — Non, iels ne feraient que t’encourager. Oikawa tira une chaise et s’installa en face d’Iwaizumi. — Rassure-moi, tu te souviens de ce que je t’ai dit à propos de rester amis ? — Être amis ne nous a pas empêché de dormir chez l’autre, de passer du temps ensemble ou même de vivre ensemble, lui rétorqua Iwaizumi. Ce sont des activités normales entre meilleurs amis. Alors si tu viens dormir chez moi, tu pourrais réaliser que rien ne nous empêche de réemménager ensemble. Tu peux le voir comme un test. Oikawa avait beau réfléchir à toute vitesse, il ne voyait pas comment refuser. Iwaizumi dû sentir qu’il était cerné, car il attrapa sa main en le regardant avec de grands yeux suppliants. — Je veux passer ce week-end avec toi, Oikawa. C’est ton meilleur ami qui te le demande. Oikawa avait toujours été faible face aux demandes d’Iwaizumi.


Oikawa n’avait pas pu refuser. Il s’en mordait encore les doigts alors qu’il attendait Iwaizumi à la gare. Son ami, en revanche, avait l’air très content de le retrouver. — J’ai emprunté l’appareil photo de mon grand-père pour l’occasion. — Ça fait longtemps que je ne l’ai pas vu, songea Oikawa. Il va bien ? — Il devient de plus en plus petit à chacune de mes visites. Les deux meilleurs amis montèrent dans un train, direction l’océan. Mais ils n’attendirent pas de voir les vagues pour commencer à prendre des photos. Après tout, la gare se trouvait à quelques kilomètres de la côte. Ils n’étaient pas pressés, alors ils prirent leur temps pour faire le chemin à pieds. Ils en profitèrent aussi pour acheter de quoi manger. La journée ne faisait que commencer, mais Oikawa était de très bonne humeur. Voilà longtemps qu’il n’était pas sorti prendre des photos juste pour le plaisir. Ces derniers temps, il s’était surtout concentré sur son travail. Cela lui faisait du bien de changer d’air. Une petite heure plus tard, l’océan se découpa à l’horizon. Ils commencèrent à prendre quelques photos. Et puis l’estomac d’Oikawa se mit à gargouiller. Ils voulurent grignoter sur la plage, mais les attaques des mouettes les forcèrent à se retrancher vers le quai. — On devrait venir plus souvent, déclara soudain Iwaizumi. Oikawa croqua dans son onigiri, l’air pensif. À cinquante mètres de lui, les vagues s’échouaient sur le sable dans un léger clapotis. Le soleil, qui brillait encore dans le ciel, faisait briller la surface de l’eau. L’endroit avait tout pour être relaxant. Mais le plus important, c’était sans doute la présence d’Iwaizumi à ses côtés. — Oikawa, l’appela-t-il justement. Lorsque l’intéressé se tourna dans sa direction, il se retrouva nez-à-nez avec l’objectif d’un appareil photo. Il ronchonna. Iwaizumi, lui, semblait fier de son coup. — J’avais envie d’en prendre une. Oikawa imita sa position et alluma son propre appareil pour regarder à travers l’objectif. — Oh, je vois. Les rayons en arrière-plan rendent les tons plus chauds. — Ce n’est pas ce que je voulais dire, le détrompa Iwaizumi. Oikawa se tourna à nouveau vers lui. Et Iwaizumi le prit à nouveau en photo. — J’aime bien cette expression. Sentant qu’il s’empourprait, Oikawa le poussa en direction des vagues. — Arrête de me prendre en photo ! Va donc par là-bas ! Iwaizumi se laissa faire. Il retira ses chaussures pour aller tremper ses pieds au bord de l’eau. Il fit quelques pas dans l’écume, à la recherche de petits coquillages ou de petits crabes à prendre en photo. Le nez plongé dans le sable, il manqua de se faire renverser par une vague un peu plus grande que les autres, qu’il n’avait pas vu arriver. Il se redressa de justesse, un petit caillou noir dans sa main. Oikawa était comme hypnotisé. Il n’arrivait pas à détourner le regard. Devant lui, Iwaizumi souriait, entouré d’un halo de lumière. Pourquoi le soleil avait-il choisi ce moment précis pour se coucher ? Soudain, l’image se figea sous ses yeux. Oikawa réalisa qu’il venait de prendre une photo. Quelques minutes plus tôt, il avait pourtant reproché à Iwaizumi d’en prendre de lui. Oikawa s’attendait à une remarque de sa part, mais rien ne vint. Le sourire d’Iwaizumi semblait même s’être agrandi. Oikawa, lui, ne souriait pas. Ses sourcils étaient légèrement froncés. Ses lèvres restaient pincées. Il aurait reconnu entre mille l’émotion qui lui brûlait la poitrine. Et alors qu’elle aurait dû le rendre heureux, Oikawa avait comme une envie de pleurer. Le soleil disparu moins d’une heure plus tard. Iwaizumi avait pris des dizaines de photo du crépuscule. Oikawa avait fait semblant de l’imiter, mais pas une fois il n’avait appuyé sur le déclencheur. — Je suppose qu’il est temps de rentrer. Oikawa acquiesça. Ils regroupèrent leurs affaires et remontèrent vers les quais. Sur le chemin qui les ramenaient à la gare, Iwaizumi n’arrêtait pas de jeter des coups d’œil à Oikawa. Lorsque ce dernier l’interrogea, il répondit simplement : — Je suis content de pouvoir rentrer ensemble. Moi aussi, songea Oikawa. Et son cœur se serra un peu plus.


— Fais comme chez toi, indiqua Iwaizumi en ouvrant la porte de son appartement. Sur le seuil, Oikawa hésita encore quelques secondes avant d’entrer. Il était beaucoup trop tard pour se défiler. Et puis, il était quand même un peu curieux de découvrir l’endroit où vivait Iwaizumi (bien qu’il ne le lui avouerait jamais). — C’est petit, mais ne t’en fais pas. Quand on emménagera ensemble, on trouvera un endroit plus grand. — Tu ne sais vraiment pas quand t’arrêter… soupira Oikawa. — Je suis persistant, le corrigea Iwaizumi. C’est une qualité. Ils rangèrent leurs chaussures dans l’entrée. Avant de retirer sa veste, Oikawa vida ses poches. Il en sorti les deux pellicules qu’ils avait utilisées aujourd’hui. — Tu peux me donner les tiennes, si tu veux. Je les développerais au studio. — Ton patron te laisse utiliser la chambre noire ? s’étonna Iwaizumi, des étoiles dans les yeux. Il confia ainsi à Oikawa le soin de développer leurs précieuses photographies. Celui-ci rangea les rouleaux dans son sac. — Tu peux poser tes affaires n’importe où. Qu’est-ce que tu veux manger ? Iwaizumi attrapa le poignet d’Oikawa, qui se fit entraîner vers la partie cuisine de l’appartement. — Pourquoi as-tu autant de yaourts dans ton frigo ? s’étonna-t-il sitôt celui-ci ouvert. — C’est ma boite qui les produit. Ils sont bons, tu devrais goûter. Iwaizumi tendit un pot à Oikawa, qui le regarda entamer son propre yaourt en guise d’apéritif. Lorsqu’ils vivaient ensemble, Iwaizumi avait déjà cette manie de grignoter des produits laitiers à des heures complètements aléatoires. Oikawa se résigna à en prendre une cuillère. — Pourquoi tu fais cette tête ? Tu n’aimes pas ? — Ils sont très bons. Mais c’est à cause de ces yaourts que tu es parti à Hokkaido, ronchonna Oikawa. Quand je pense que tu as préféré des yaourts à la photographie… — J’ai fais un choix de carrière, concéda Iwaizumi, mais je n’ai pas abandonné la photographie pour autant. Les deux restent important pour moi. — J’espère quand même que tu mourras d’une surconsommation de yaourts. Plus sérieusement, Iwa-chan, ton frigo est littéralement rempli de yaourts. Tu devrais peut-être envisager un sevrage. — Ça ne marcherait pas. Plus j’essaie de renoncer à quelque chose, plus j’en ai envie. — Quoi, tu as déjà essayé ? s’amusa Oikawa. — Pas avec les yaourts, le détrompa Iwaizumi. Avec toi. Les jambes d’Oikawa flageolèrent. Il se laissa lentement glisser au sol, sous le regard toujours étonné d’Iwaizumi. — Tout va bien ? s’enquit-il. — Tout va très bien. Alors, qu’est-ce qu’on mange ce soir ? Iwaizumi prépara quelque chose de sommaire avec ce qui traînait dans son frigo (derrière la montagne de yaourts). Leur repas se résuma à du riz, de l’omelette, du poisson et quelques pousses de légumes. Oikawa s’efforça de manger lentement, mais rien n’y fit : c’était à peine s’il sentait la nourriture sur son palet. Tout lui rappelait le quotidien qu’ils partageaient lorsqu’ils étaient étudiants. Il n’arrêtait pas d’avoir des flash. Alors pourquoi Iwaizumi semblait-il aussi impassible ? Oikawa resta beaucoup trop longtemps dans le bain, songeant à tort que cela lui ferait du bien. Il en sortit le corps tout bouillant et les idées en bazar. Pour couronner le tout, Iwaizumi le regardait avec une drôle de grimace. Les réflexes d’Oikawa devaient être rouillées, car il ne parvint pas à esquiver Iwaizumi, qui colla son front contre le sien. — Ça fait longtemps qu’on n’a pas senti la même odeur. Comme à chaque fois qu’il se sentait embarrassé, Oikawa détourna le regard. Le hasard fit que ses yeux se posèrent sur la partie chambre de l’appartement. Il l’avait, inconsciemment, évitée depuis son arrivée. Et Oikawa réalisa qu’il était passé à côté d’un détail très important : il n’y avait qu’un seul lit.


Il était hors de question pour Oikawa de dormir dans le même lit qu’Iwaizumi. Ils l’avaient fait des millions de fois, lorsqu’ils étaient plus jeunes. Mais ces derniers temps, leur relation était devenue trop ambiguë. Depuis son arrivé dans cet appartement, Oikawa avait eu tout le loisir de réaliser qu’il était plus que jamais conscient d’Iwaizumi. — Je… Je vais dormir par terre, décida-t-il. — Hein ? Je n’ai pas d’autre futon. — Tant pis. Oikawa prit un oreiller et une couverture avant de s’allonger aux pieds du lit. Il ferma les yeux, mais les rouvrit moins d’une seconde plus tard, lorsqu’un second oreiller s’invita à côté du sien. — Dans ce cas, je vais aussi dormir par terre. Il en faudrait bien plus pour décourager Iwaizumi. — Notre dernière nuit dans l’appartement, on l’avait aussi passé sur le sol, se rappela-t-il. — Il était froid et dur, ronchonna Oikawa. Je n’ai jamais aussi mal dormi de toute ma vie, et c’était entièrement de ta faute. Parce que tu avais déjà rangé nos futons dans des cartons. Je t’avais pourtant dit d’attendre le lendemain matin… Les paupières d’Iwaizumi s’abaissèrent légèrement. — Cette nuit-là, avoua-t-il, j’ai réalisé que je ne ne voulais pas partir parce que je t’aimais. Je pensais que la distance m’aiderait à t’oublier, que le temps ferait le reste, mais… Je me suis trompé sur toute la ligne. Cette fois-ci, je ne veux pas laisser passer ma chance. Il glissa une main contre la nuque d’Oikawa, qui sentit son corps entier frissonner. Il était à deux doigts de paniquer. Heureusement pour lui, l’attention d’Iwaizumi fut attirée par la ficelle qu’il sentit sous ses doigts. Il tira dessus. — Ton omamori, souffla-t-il. Tu le portes encore ? Oikawa se mordit nerveusement l’intérieur de la joue. Il avait l’habitude de porter son porte bonheur tout contre sa peau, là où personne ne pouvait le voir. En sortant de la douche, il avait bien hésité à le ranger dans son sac ; il avait finalement décidé de le garder sur lui. Mais il avait évidement fallu qu’Iwaizumi le découvre. — Bien sûr que je le porte encore. C’est toi qui me l’a donné… Oikawa conservait très précieusement tout ce qu’Iwaizumi lui donnait. Pour éviter de les perdre, étant donné sa maladresse, il avait tout regroupé dans quelques boites qui occupaient une partie spécifique de sa penderie. En rentrant, il ne manquerait pas d’ajouter à sa collection le petit caillou noir qu’Iwaizumi avait collecté sur la plage. Mais tout cela, Oikawa se garda bien de lui dire. Iwaizumi avait l’air sincèrement surpris de voir qu’Oikawa portait toujours son omamori. Et au vu du sourire qui étirait tendrement ses lèvres, cette découverte lui faisait drôlement plaisir. — Oikawa, est-ce que je peux faire ce que j’aurais dû faire il y a deux ans ? — De… De quoi est-ce que tu parles ? — Est-ce que je peux t’embrasser ? En voyant Iwaizumi s’approcher, Oikawa ferma immédiatement ses yeux. Mais rien ne se passa. Lorsqu’il trouva le courage de les rouvrir, Oikawa rencontra les iris verts d’Iwaizumi qui semblaient l’interroger. Il attendait sa réponse. Oikawa s’avait qu’un mot à dire, pour le repousser comme pour l’accepter, et il se sentait plus tiraillé que jamais. Si bien que la réponse qui sortit de ses lèvres ressemblait tant à une affirmation qu’à une interrogation. — D’accord… Iwaizumi s’en contenta. Cette fois-ci, lorsqu’Oikawa ferma ses yeux, Iwaizumi l’embrassa. Il sentit d’abord son souffle effleurer son visage, puis ses lèvres se poser sur les siennes. Cela ne dura qu’une poignée de secondes. Après quoi Iwaizumi s’écarta, l’air amplement satisfait. — Bonne nuit, souffla-t-il. Et il s’endormit. Oikawa s’en croyait pas ses yeux. Comment pouvait-il s’endormir aussi rapidement ?! Oikawa, lui, avait le cœur qui battait beaucoup trop vite pour espérer en faire de même. Il se retourna, pour ne plus voir le visage d’Iwaizumi, et s’efforça de compter les moutons.


Oikawa fut tiré de son sommeil par une voix qui l’appelait. Devant lui, ses yeux pâteux distinguaient les contours d’une silhouette floue. Il cligna plusieurs fois des paupières. Le visage d’Iwaizumi se fit plus net. Oikawa se rappela alors qu’il avait dormi chez lui. Mais cela n’expliquait pas vraiment ce que faisait Iwaizumi, penché sur lui. — Je peux ? souffla-t-il. Oikawa se réveilla (pour de vrai, cette fois) en poussant un grand cri. D’un coup de pied maladroit, il envoya voler la couverture qui lui avait pourtant tenu chaud cette nuit. Celle-ci s’échoua contre un miroir mural qui, fort heureusement, ne tomba pas. À vrai dire, au vu du reflet qu’il renvoyait, ce fut Oikawa qui manqua de tomber à la renverse. Le pauvre garçon se prit la tête entre les mains. Il avait presque fait un rêve érotique d’Iwaizumi, alors que celui-ci dormait à quelques centimètres de lui. Il avait eu beaucoup de chance de s’être réveillé à temps. Sinon, il aurait été incapable de regarder son ami dans les yeux. — Où est passé la couverture ? — Dé- Désolé, Iwa-chan… Les joues d’Oikawa avaient retrouvé une teinte normale. Mais alors qu’il s’efforçait de chasser de son esprit ce dont il avait rêvé ce matin, ce qu’ils avaient fait la veille lui revient très clairement en mémoire. Ils s’étaient embrassés. Enfin, Iwaizumi l’avait embrassé. Mais Oikawa l’avait consciemment laissé faire. Il avait comme une envie de se gifler. Tous ces beaux discours sur l’amitié pour céder à la première tentation… Et le pire, dans tout ça, c’était qu’au fond de lui, il ne pouvait pas regretter ce baiser. Et maintenant ? songea-t-il. Son regard glissa vers Iwaizumi, qui se levait. — J’ai faim, déclara-t-il. C’est l’heure du yaourt. Tu en veux un, Oikawa ? Ce dernier bredouilla quelque chose qui ressemblait à un oui. Ils mangèrent donc des yaourts en guise de petit-déjeuner. Oikawa n’arrêtait pas de lancer des coups d’œil (qu’il espérait discrets) en direction d’Iwaizumi. Sa nonchalance le surprenait au plus haut point. Avait-il seulement l’intention d’évoquer leur baiser de la veille ? Oikawa se racla la gorge. — Dit, Iwa-chan, qu’est-ce qu’on… Il se dégonfla aussitôt. — Qu’est-ce que qu’on fait aujourd’hui ? C’était vraiment un rattrapage de qualité. Iwaizumi, en tout cas, n’y vu que du feu. — C’est une surprise, répondit-il. Oikawa aurait probablement dû se douter qu’Iwaizumi l’emmènerait visiter un appartement. Il n’empêche que son acharnement ne cessait de l’impressionner. Et pour couronner le tout, l’agent immobilier qui se chargeait de la visite n’était autre que Matsukawa. — Alors vous allez réemménager ensemble ? — Non, répondit immédiatement Oikawa. — On y travaille, nuança Iwaizumi. C’était effectivement un travail à deux : Iwaizumi insistait et Oikawa refusait. — Pas d’inquiétude, les rassura Matsukawa, les visites sont gratuites et ne vous engagent à rien. Vous n’avez qu’à jeter un œil et essayer de vous projeter ! — Pourquoi est-ce que tout le monde encourage Iwa-chan ? ronchonna Oikawa. Personne n’est de mon côté, ce n’est pas juste ! — C’est bon pour le business, répondit Matsukawa sans détours. Iwaizumi poussa Oikawa à l’intérieur de l’appartement. Puisqu’ils avaient fait le déplacement, cela ne leur coûtait rien de jeter un coup d’œil… Et il fut, bien malgré lui, contraint de reconnaître que l’endroit était vraiment idéal. Tout avait récemment été refait à neuf, mais le complexe en lui-même étant ancien, le loyer restait abordable avec deux salaires. L’espace d’un instant, Oikawa s’imagina vivre ici avec Iwaizumi… — Cet appartement est vraiment une affaire, appuya Matsukawa. Je ne vous l’aurais pas recommandé sinon. Oh, et le propriétaire devrait approuver deux colocataires masculins. Il y en a beaucoup qui n’acceptent que les femmes ou les couples, vous savez. — Ça tombe bien, commença Iwaizumi, puisqu’on est en- — Je pense qu’on a fait le tour, le coupa aussitôt Oikawa. On va rentrer et… réfléchir. Rien n’est encore sûr ! Il ne voulait plus passer une seconde de plus dans cet appartement. Alors il attrapa prestement le bras d’Iwaizumi qu’il entraîna à sa suite, vers la porte d’entrée.


— Appelez-moi rapidement si vous êtes intéressés ! Iwaizumi salua Matsukawa, qui s’en allait au volant de sa voiture. Oikawa, lui, marchait déjà en direction de la station. Iwaizumi dut faire quelques foulées pour le rattraper. — Iwa-chan, ne refais plus ce genre de choses sans m’en parler d’abord. — C’était trop tôt ? Oikawa se retourna vivement, — C’était beaucoup trop tôt. Je t’ai répété cent fois que je ne voulais pas réemménager avec toi. Alors qu’est-ce qu’il t’a pris de nous chercher un appartement ?! Iwaizumi fit la moue, tel un enfant qui se faisait gronder. La question d’Oikawa était purement rhétorique. Il en connaissait déjà la réponse : Iwaizumi essayait simplement de forcer le destin. — Et qu’est-ce que tu t’apprêtais à dire à Mattsun ? poursuivit-il. Qu’on était ensemble ? Mais qu’est-ce qu’il t’est passé par la tête ?! — Je ne devais pas ? s’étonna Iwaizumi. Son meilleur ami avait souvent des réactions maladroites, Oikawa le savait. Il n’analysait pas la situation dans laquelle il se trouvait avant de parler. Pour couronner le tout, Iwaizumi était aussi franc que sibyllin. Il exprimait toujours le fond de sa pensée, mais prenait rarement la peine de s’expliquer. Oikawa ne comptait plus les innombrables malentendus que cela avait pu lui créer. Il reprenait souvent Iwaizumi, l’enjoignant à réfléchir avant d’agir. Pour autant, ils ne se fâchaient pas souvent à ce sujet. Mais aujourd’hui, Oikawa n’allait pas le laisser s’en tirer à si bon compte. — Premièrement, tu ne t’es pas soucié de savoir comment il allait réagir. Deuxièmement, tu ne t’es pas soucié de savoir comment moi j’allais réagir. Et troisièmement, on n’est même pas ensemble ! Bon, son premier reproche ne tenait absolument pas la route, Oikawa en était conscient. Il était évident que Matsukawa n’aurait pas mal réagit. Il était vrai qu’Oikawa ne lui avait jamais parlé de sa bisexualité. Mais lui-même étant marié à un autre homme, l’annonce ne l’aurait probablement pas étonné outre-mesure. Au contraire, il aurait certainement été très heureux de savoir ses deux amis ensemble, lui qui les trouvait déjà si proches. Son deuxième reproche, en revanche, était beaucoup plus légitime. Oikawa était en droit de décider quand il voudrait aborder le sujet de sa sexualité, même lorsqu’il s’agissait de ses amis les plus proches. Quant à son troisième reproche, ce fut évidemment celui qui surpris le plus Iwaizumi. — On n’est pas ensemble ? — Je te l’ai dit : je veux qu’on reste meilleurs amis. — Alors pourquoi tu m’as laissé t’embrasser ? Oikawa se mordilla l’intérieur de la joue. Voilà pourquoi il aurait mieux fait d’aborder le sujet au saut du lit. Mais sa réponse aurait-elle été la même que celle qu’il s’apprêtait à lui donner ? — Je ne comprends pas, insista Iwaizumi. On s’aime tous les deux, alors pourquoi tu t’entêtes à vouloir rester meilleurs amis ? — Parce que cette relation est plus importante à mes yeux. — Oikawa, ce que tu dis n’a aucun sens. Il le savait parfaitement. Mais il aurait raconté n’importe quoi pour imposer sa décision. — Toutes les personnes qui disent m’aimer finissent par me quitter. Elles trouvent toujours quelque chose à me reprocher. Je sais que je ne suis pas parfait, mais… — Je ne vois pas en quoi ça nous- — Ça nous concerne, le devança Oikawa, parce que toi aussi tu finiras par me quitter ! Le ton était monté. Iwaizumi resta un moment pantois. — Tu ne me fais pas confiance. Ce n’était pas une question, mais un constat. Oikawa sentit qu’il avait blessé Iwaizumi. Et il s’en voulu énormément. Mais qu’est-ce que je suis en train de faire ? songea-t-il. Il ne voulait pas faire de mal à la personne qui comptait le plus pour lui. Et pourtant, voilà qu’il relâchait toute sa frustration sur lui. Tout ce qu’Oikawa souhaitait, c’était pouvoir rester aux côtés d’Iwaizumi. Pourquoi diable avait-il l’impression d’être le seul à s’en soucier ? Il détestait se sentir ainsi. Sans qu’il puisse les contrôler, des larmes roulèrent sur ses joues. — C’est précisément parce que je t’aime que je veux rester ton ami, Iwa-chan. Sinon, qu’est-ce que je serais censé faire de moi ? De nous ? À quoi auraient servi ces dix dernières années ? Qu’est-ce que j’aurais passé autant de temps à chérir ? Iwaizumi tressaillit. Il n’avait pas l’habitude de voir Oikawa pleurer pour de vrai. Il voulait tendre la main vers lui, pour essayer ses larmes et pour l’enlacer dans ses bras. Mais en avait-il seulement le droit, alors qu’il était la raison de son trouble ? Iwaizumi laissa retomber sa main. Il avait pris sa décision. — Je pense qu’on devrais prendre un peu de temps, chacun de notre côté. Oikawa releva son visage. Il avait les yeux rougis. — Je n’aime pas te voir pleurer. Alors… Je vais réfléchir à comment on pourrait rester amis. En échange, je veux que tu réfléchisses à comment on pourrait être plus que ça. — Tu sais que j’ai déjà pris ma décision, bredouilla Oikawa. — Je veux quand même que tu essaies de voir les choses de mon point de vue, insista Iwaizumi. Oublie les autres ; concentre-toi sur nous deux. Tu me le promets ? Oikawa renifla une dernière fois avant d’acquiescer.


— Et pourquoi pas la deux cent trente-cinq ? — Je ne sais pas. Je ne suis pas plus beau sur la deux cent trente-trois ? — Tu es très beau sur toutes ces photos. C’est parce qu’Oikawa a réussi à gommer tes énormes cernes… Matsukawa pinça légèrement les côtes de Hanamaki, qui s’était permis une petite plaisanterie. — Je n’ai rien fait de tel, le rassura Oikawa. Dans ce cas, que pensez-vous de la deux cent trente-sept ? Les jeunes mariés étudièrent très sérieusement le nouveau cliché qui s’affichait à l’écran. — Allons-y pour celle-là, décréta Matsukawa. C’était la dernière ? — Pitié Oikawa, dis-moi que c’était la dernière… — C’est tout bon pour moi, confirma le photographe. Hanamaki poussa un soupir de soulagement. En réalité, il exagérait à peine : cela faisait plus de deux heures qu’ils parcourraient les photos de leur mariage pour choisir celles qui figureraient dans leur album. La faute à Matsukawa qui n’arrivait pas à se décider. Même s’il leur avait fait perdre un temps monstre, Oikawa ne pouvait pas lui en vouloir ; rien de plus normal pour un jeune marié que de se soucier des souvenirs qu’il entendait garder de son mariage. — Je vous enverrai une première version d’ici trois semaines. — Ça marche. Merci beaucoup pour ton temps, Oikawa. Hanamaki se leva le premier, pas mécontent de pouvoir étirer ses jambes. — Oh, fit Matsukawa, j’oubliais presque : l’appartement que vous avez visité avec Iwaizumi a été loué. Mais un autre lot s’est libéré dans la même résidence, à un autre étage. Ça vous intéresserait ? Oikawa s’efforça de sourire. — Désolé, on n’en a pas reparlé depuis. Ce n’est plus- Ça n’a jamais vraiment été d’actualité, de toute façon. C’était juste son idée. Je ne comptais pas réemménager avec lui. — Quoi, vous vous êtes encore fâchés ? s’étonna Hanamaki. — Tout de suite les grands mots. Iwaizumi est probablement occupé, avec son grand-père qui est hospitalisé. Rien de grave, heureusement, juste un coup de fatigue. L’étonnement d’Oikawa n’échappa pas aux yeux affutés de ses deux amis. — Tu ne le savais pas ? Depuis combien de temps vous ne vous êtes pas parlé, au juste ? Depuis la visite de ce fichu appartement, songea Oikawa. Cela faisait déjà deux semaines. Comme il le lui avait promis, Iwaizumi n’avait pas cherché à le contacter. Plus de messages à longueur de journée. Plus de visites à l’improviste au studio. Plus de magouilles pour l’encourager à réemménager ensemble. Le silence était revenu, comme après leur premier déménagement. Tout était simplement redevenu comme avant. C’était ce que je voulais, se répétait Oikawa. — Ce n’est pas comme s’il devait tout me raconter. Tu as raison, Mattsun, il doit être occupé. Oikawa continua de sourire jusqu’au départ de Matsukawa et de Hanamaki. Il ne savait pas que le grand-père d’Iwaizumi était à l’hôpital. Et il ne s’attendait pas à l’apprendre de la bouche d’un autre. S’il admettait avoir été un peu surpris, il lui en faudrait plus pour être déstabilisé. Après tout, il avait déjà passé deux ans loin d’Iwaizumi. Un message pour les évènements, un appel pour faire passer le temps ; c’était ainsi que devaient être les choses. Leur rapprochement de ses dernières semaines n’était que la conséquence de l’insistance déraisonnée d’Iwaizumi. Oikawa reconnaissait qu’il s’était, malgré lui, habitué à le voir, à l’entendre, à le lire autant. Iwaizumi s’était à nouveau faufilé entre les failles de leur relation. Mais il était temps pour chacun de reprendre sa place. Il était temps de remettre un peu de distance entre eux. Oikawa retourna l’écriteau sur la porte, informant la clientèle que le studio était fermé pour la journée. De son côté, il avait encore du rangement et du nettoyage à faire avant de fermer boutique. Mais ce soir encore, rien ne pressait, car personne ne l’attendait sur le parvis. C’était ce que je voulais, se répéta-t-il.


Oikawa relut pour la troisième fois le message d’Iwaizumi qu’il venait de recevoir : Je veux arrêter de garder mes distances. Est-ce qu’on peut se voir ? S’il-te-plaît. Oikawa ne savait pas comment lui répondre. Ses doigts n’osaient même pas s’approcher du clavier. Iwaizumi avait-il pris sa décision ? Il ne l’aurait probablement pas contacté, sinon. Il voulait certainement entendre le point de vue d’Oikawa. Mais Oikawa avait-il pris sa décision ? Ces deux dernières semaines, il n’avait fait que camper sur sa position. Il n’avait pas essayé de réfléchir, mais de s’auto-convaincre, juste une dernière fois. En ce sens, il n’avait pas réussi à honorer sa promesse. Oikawa redoutait le moment où il reverrait Iwaizumi. C’était une chose de se répéter de belles phrases toutes prêtes dans sa tête, mais c’en était une autre de les dire en face à celui qu’il aimait. Oikawa avait le terrible pressentiment que toute once de courage quitterait son corps à la seconde où il croiserait le regard d’Iwaizumi. Il ne parviendrait pas à s’exprimer comme il le souhaiterait, et rien ne serait résolu. Un nouveau message arriva : Pense à me ramener mes photos. Oikawa laissa échapper un juron. Avec toute cette histoire, il avait complètement oublié de développer les photos ! Ses doigts réagirent plus vite que son cerveau. Lorsqu’il le réalisa, c’était trop tard ; il avait déjà envoyé une réponse. — Merde ! Ça revient à dire qu’on va se revoir ! Il se laissa glisser le long du comptoir. La voix de son patron s’éleva depuis une pièce annexe. — Est-ce que tout va bien ? — Non. Je peux utiliser la chambre noire ? Oikawa se mit au travail. Dans l’obscurité de la chambre noire, il chargea les films dans la cuve de développement. Après le développeur, vint le blanchissant, puis le fixateur. Le processus nécessitait l’usage successif de différents produits chimiques. Il fallait veiller à leur mélange, à leur température, à leur durée. Ce qui était fabuleux avec ce savoir-faire, c’était qu’il permettait de dévoiler les clichés petit à petit. Il fallait se montrer patient pour découvrir le résultat final, fruit d’un travail méticuleux. Une fois l’image stabilisée, le film devenait insensible à la lumière. Il pouvait enfin être lavé pour éliminer les résidus de produits chimique et éviter les tâches. Il ne restait plus qu’à le sécher. Oikawa suspendu soigneusement chaque photo. Son travail achevé, il prenait souvent quelques minutes pour vérifier la qualité des images. Ce jour-là, il prit plus de temps que cela. Parmi les coquillages, les vagues et les couchers de soleil, il y avait les portraits pris à la volée. Il y avait Oikawa qui mâchait une bouchée d’onigiri et Iwaizumi qui tendait un petit cailloux noir. Il y avait des regards tendres et des sourires transis destinés à celui qui tenait l’objectif. Je suis foutu, songea Oikawa. Un seul coup d’œil à ces photos aurait permis à n’importe de voir l’amour qui en débordait. Parce qu’ils s’aimaient vraisemblablement trop pour le cacher. Il était probablement trop tard pour revenir en arrière. Il était probablement trop tard pour rester juste des amis. Oikawa avait eu tort de s’accrocher à un tel mirage. La nature de leur relation ne se laisserait pas dicter par de simples mots. En réalité, elle était la première à s’adapter au moindre changement. Là où la raison peinait parfois à suivre, l’affection grandissait ou diminuait sans demander l’avis de personne. On ne forçait pas un lien à se créer ou à se rompre. Tout juste était-ce si on prenait conscience de son existence avant qu’il ne soit trop tard. À quoi pouvait donc ressembler leur lien actuel ? Oikawa n’en était pas encore certain. Il ne lui restait plus qu’à tout reprendre de zéro. Il avait encore quelques jours devant lui pour respecter la promesse qu’il avait faite à Iwaizumi : essayer de voir les choses de son point de vue, réfléchir à un avenir qu’ils pourraient construire à deux. Tout ce qu’il s’était refusé de faire depuis qu’il avait pris conscience de ses sentiments pour Iwaizumi. En priant pour que, quelle qu’en soit l’issue, il ne soit pas trop tard.


— Iwa-chan… Pourquoi sommes-nous de retour à la mer ? Dès son arrivée à la station, Oikawa s’était fait kidnapper par Iwaizumi qui l’avait entraîné dans un train, en se gardant bien évidement de lui dire où il l’emmenait. — C’est pour le bien de ma métaphore, avança son ravisseur. Tourne ton dos à la mer pendant une seconde. Avant qu’Oikawa ne puisse lui demander ce qu’il fabriquait, Iwaizumi l’attrapa par les épaules et le fit pivoter. — Ce n’est pas très agréable, pas vrai ? De ne pas pouvoir voir les vagues. — Euh… Disons que je ne suis pas très rassuré ? En plus, il y a beaucoup de vent aujourd’hui… — Parfait. Et maintenant, tourne-toi face à la mer. Cette fois encore, Iwaizumi fit pivoter un Oikawa de plus en plus perplexe. — Quand tu les regardes en face, tu n’as plus peur. Tu vois que les plus hautes vagues sont loin à l’horizon et qu’elles ne peuvent pas t’atteindre. Lorsqu’Oikawa ouvrit la bouche, il sentit des gouttes d’eau salée sur sa langue. — Iwa-chan, je ne comprend rien à ce que tu racontes ! Au cas où tu ne l’aurais pas remarqué, il y a tellement de vent que, même ici, les vagues sont sacrément grandes ! En effet, contrairement à ce qu’Iwaizumi affirmait avec tant d’assurance, la mer était plutôt déchaînée ce matin et les vagues menaçaient de trembler leurs chaussures. — Ah, désolé, regretta celui-ci. Ma métaphore n’est pas trop en accord avec la météo. — Et pourquoi cette soudaine envie de faire des métaphores ? l’interrogea Oikawa. — Je voulais te transmettre mes sentiments correctement, cette fois-ci. Iwaizumi se balançait d’un pied sur l’autre, les sourcils froncés. Il semblait mal à l’aise et, en même temps, très résigné. — Je sais que tu as un peu peur de l’amour, parce que tes relations passées t’ont laissé un goût armer. Mais je veux que tu surmontes cette peur et que tu me regardes en face comme tu regarderais ces vagues. Il posa une main, aussi légère qu’une plume, contre la joue d’Oikawa. Il ne voulait pas le forcer, seulement l’encourager à ne pas détourner les yeux. — Tu es tellement important pour moi, Oikawa, mais je n’ai jamais réussi à te le faire comprendre. C’est ma faute. Tu sais à quel point je suis nul pour exprimer aux autres ce que je ressens. C’est même pour cette raison que je me suis intéressé à la photographie. Mais avec toi, les photos n’ont jamais suffit. » J’ai mis longtemps à comprendre que je t’aimais, parce que je n’ai jamais eu beaucoup d’amis, et je me demanderais toujours ce qu’il se serait passé si j’avais réalisé mes sentiments plus tôt. Et même si j’abuse, je te supplie de me donner une autre chance ; de nous donner une autre chance. » Ces deux dernières années, je n’ai pas arrêté de penser à toi. Je ne veux plus être loin de toi. Je veux qu’on se réveille ensemble, je veux qu’on mange ensemble, je veux qu’on s’endorme ensemble. Et je veux continuer de te prendre en photo. Tous les jours. Oikawa avait vraiment du mal à retenir ses larmes. — Et si tu découvres une facette de moi que tu n’aimes pas ? souffla-t-il. Et si tu finis par te lasser de moi ? — Oikawa, je suis prêt à te demander en mariage, ici et maintenant, pour te prouver à quel point je t’aime. Je n’ai aucune intention de couper court à cette relation et je suis plus qu’enclin à faire en sorte que tu le ne puisses pas non plus. Iwaizumi avait l’air tellement sérieux qu’Oikawa eut envie de rire. Il renifla un bon coup et s’efforça de remettre un peu d’ordre dans ses idées. — J’ai réfléchi, déclara-t-il. J’ai réfléchi à ce que je voulais vraiment. On ne peut plus rester que des amis. J’avais tort sur ce point. Parce qu’on ne peut plus faire les idiots qui ne savaient pas. Et pourtant, je veux rester avec toi, Iwa-chan. J’ai réalisé que c’est plus important que la nature de notre relation. Je ne veux pas qu’on vive nos vies chacun de notre côté, comme on l’a fait pendant deux ans. Je crois que ce serait comme te perdre à nouveau. » Non, je veux être dans ta vie et je veux que tu sois dans la mienne. Je pense que j’aurais toujours peur que tu t’en ailles, parce que tout le monde est parti avant toi. Mais je ne veux plus douter de toi. Je sais que tu m’aimes. Et je sais que je t’aime. Alors cette fois-ci, même si tu veux partir, je ne te laisserais plus t’échapper. Pour illustrer ses propos, Oikawa agrippa d’une poigne de fer la veste d’Iwaizumi, qui préféra l’attirer à lui pour l’enlacer. — Tu as intérêt, lui souffla-t-il.


La porte d’entrée se referma derrière Oikawa. C’était la deuxième fois qu’il entrait dans l’appartement d’Iwaizumi. Sur le trajet, celui-ci n’avait pas lâché sa main une seule seconde. Il n’arrêtait pas de lui lancer des regards en coin, comme s’il craignait qu’il ne disparaisse. — Iwa-chan, c’est compliqué de retirer mes chaussures avec une seule main… Iwaizumi fit la moue. Mais il n’accéda pas à sa requête implicite. Au lieu de quoi, il s’accroupit tout contre Oikawa, à la manière d’un koala. — Tu veux vraiment sortir avec moi ? Tu ne fais pas ça juste pour me faire plaisir, pas vrai ? Depuis son épaule, où sa tête s’était blottie, Iwaizumi le regardait de ses petits yeux verts. Oikawa connaissait un moyen très efficace de dissiper l’inquiétude qu’il y lisait ; il glissa une main contre la nuque d’Iwaizumi et déposa un baiser sur ses lèvres boudeuses. — À partir de maintenant, je ne vais faire que ce que j’ai envie de faire. Iwaizumi cligna plusieurs fois des yeux, avant de tourner brusquement la tête. Mais Oikawa ne le laissa pas s’échapper si facilement. Il tira légèrement sur ses cheveux bruns pour l’obliger à relever le menton. Iwaizumi avait les sourcils froncés et les lèvres pincées, mais ses oreilles avaient pris une jolie couleur rouge qui n’échappa pas à Oikawa. — Iwa-chan, est-ce que tu es… embarrassé ? — Tu peux le voir ? s’étonna Iwaizumi. Oikawa se rappela alors toutes les fois où il avait vu Iwaizumi réagir de cette façon ; par exemple, lorsqu’il lui avait offert un bouquet et lui avait demandé de l’épouser. — Donc quand tu fais cette drôle de tête, c’est parce que tu essaies de cacher ton embarras ? Les oreilles toujours plus rouges, Iwaizumi acquiesça lentement. Oikawa ne retint plus son rire. — C’est trop mignon, Iwa-chan. — Bien sûr que je suis mignon. On pouvait compter sur Iwaizumi pour trouver le moyen de retomber élégamment sur ses pieds. S’il leva les yeux au ciel, Oikawa accepta immédiatement le baiser qu’Iwaizumi lui destinait. — Demande-moi une dernière fois, souffla-t-il contre ses lèvres. Iwaizumi s’éloigna juste assez pour pouvoir le regarder correctement dans les yeux. — Oikawa, emménage avec moi en tant que mon petit-ami. — Mmh… C’est d’accord. Jamais Iwaizumi n’avait eu un aussi beau sourire. Oikawa lui pinça les joues. — Ne t’avise pas de sortir dehors en ayant l’air aussi heureux. Tu ferais des ravages… — Cela va sans dire, réussi à articuler Iwaizumi. — Si seulement j’avais mon appareil sous la main… regretta Oikawa. En revanche, cela lui rappela qu’il avait apporté autre chose avec lui. S’extirpant de l’emprise d’Iwaizumi, il termina de retirer ses vêtements d’extérieur avant de farfouiller dans son sac. — J’ai développé tes photos. Je t’ai aussi mis celle que j’ai pris de toi. Oikawa tendit l’enveloppe à Iwaizumi qui l’ouvrit, l’air curieux. Le premier cliché le renvoya justement l’image de son propre portrait souriant. Iwaizumi fit à nouveau une drôle de tête. Il passa rapidement aux photos suivantes, et son regard s’adoucit. — Celles que j’ai pris de toi sont un peu… — Ne les regarde pas tout de suite ! le coupa Oikawa. C’était vraiment trop gênant de laisser Iwaizumi dévisager son air béat juste devant lui. — D’accord, d’accord. Je les regarderais chaque fois que tu me manqueras. Iwaizumi rangea soigneusement l’enveloppe dans un tiroir. Oikawa s’était assis au bord du canapé. Il ne savait pas trop où se mettre. Tout lui paraissait un peu étrange, maintenant qu’il sortait avec Iwaizumi. Ce dernier ne semblait pas se questionner autant, puisqu’il le rejoignit sur le canapé et posa tout naturellement sa tête sur son épaule. Oikawa ne se souvenait pas qu’il était aussi collant, mais c’était loin de lui déplaire. Il s’éclaircit la gorge. — L’appartement qu’on a visité a été loué, mais Matsukawa m’en a proposé un autre… — Génial. Je veux qu’on achète des sets de couple. Et un lit double. — Un lit double ?! paniqua soudain Oikawa. Iwaizumi releva une seconde sa tête pour regarder Oikawa dans les yeux. — J’ai encore le temps de te convaincre. Je suis confiant. Et il se réinstalla sur l’épaule d’Oikawa. — J’irai chez tes parents ce week-end, pour leur demander leur bénédiction. — Pour emménager ensemble ? — Et pour t’épouser, compléta Iwaizumi. — Quoi, tu étais sérieux ?! — Je suis toujours sérieux. Oikawa se prit le visage dans les mains. — Mes parents t’adorent, grommela-t-il. Ils vont te supplier de me passer la bague au doigt. — Je sais. Il ne restera plus que ma famille. J’ai déjà parlé de toi à tout le monde. Ils ont très hâte de te rencontrer. Oikawa se demanda ce qu’Iwaizumi avait bien pu raconter sur lui. Devait-il s’inquiéter ? Une chose à la fois, songea-t-il. Pour le moment, il voulait juste profiter de la présence (quoi qu’un peu invasive) d’Iwaizumi à ses côtés.