à travers décembre
- > fandom : shingeki no kyojin
- > ship : jean kirschtein & marco bodt
- > genres : fanfiction, anthologie
- > liens : wattpad
- > statut : terminée, 18 000 mots, 13/13 one-shots
- > dates : 01/12/2025 - 25/12/2025
résumé :
Treize récits à lire au coin du feu ou sous sa couette pour attendre Noël avec Jean et Marco. Au programme : des rencontres renversantes et des confessions bouleversantes, une quantité raisonnable d'alcool, quelques clichés rigolos, beaucoup de neige et une touche de magie. De quoi réchauffer les corps et les cœurs à l'approche du froid de l'hiver.
Aux amoureux·ses de l'hiver.
« C'est la plus belle promenade blanche de ma vie. »
— Élodie Santos
01 > UNE IDÉE PRESQUE GÉNIALE : Deux ivrognes perdus font un bonhomme de neige. 02 > UNE HONNÊTE COMPENSATION : Un architecte s'engage dans un projet controversé. 03 > LE GRAND SAINT NICOLAS : Des enfants s'en vont glaner dans les champs. 04 > ATTENTION, SOL GLISSANT : Jean et Marco se rencontrent sur une plaque de verglas. 05 > DES BISOUS DANS LE NOIR : Il est parfois plus facile de s'aimer sans se voir. 06 > OSER BRISER LE SILENCE : Jean retourne dans sa ville natale où il croise Marco. 07 > À L'ABRI DE LA TEMPÊTE : Jean trouve refuge dans un château abandonné. 08 > CACHOTTERIES DE NOËL : Jean offre à Marco un cadeau un peu spécial. 09 > L'EFFET BOULE DE NEIGE : Cupidon a troqué ses flèches pour des boules de neige. 10 > C'EST LA MAGIE DE NOËL : Jean reçoit un drôle de casse-noisette en cadeau. 11 > L'ATTAQUE DES LABUBU : Jean n'avait pas signé pour ça en devenant lutin du Père Noël. 12 > SOUS LE COSTUME ROUGE : Jean fait fuir un Père Noël dans la galerie commerciale. 13 > JUSQU'À DEMAIN MATIN : L'alcool fait dire tout haut à Marco ce qu'il pense tout bas.
> prompt : bonhomme de neige > données : 1 décembre 2025, 870 mots
Près de la porte, Jean attendait que Marco termine de boucler ses lacets. Le jeune homme prenait son temps, car l'opération s'avérait un poil plus difficile que d'habitude. Il se redressa quelques secondes plus tard, tout content d'avoir réussi. Jean lui rendit son sourire et, confiant, posa sa main sur la poignée de la porte. Celle-ci ne s'ouvrit pas tout de suite. Perplexe, Jean tira plusieurs fois, avant de comprendre qu'il devait pousser. Derrière eux, une voix soupira. — Vous êtes sûrs que ça va aller ? s'inquiéta Mikasa. — T'en fait pas, lui assura Jean. Je maîtrise la situation. — Et puis, tu sais ce qu'on dit, intervint Marco. Deux ivrognes en valent mieux qu'un ! Les deux jeunes hommes s'esclaffèrent. Leur amie leva les yeux au ciel, peu convaincu par la véracité de ce proverbe inventé. Elle s'apprêtait à exprimer sa réticence de plus belle mais, déjà, Jean et Marco s'éloignaient dans la rue en lui adressant de grands gestes d'aurevoir. Mikasa souffla en observant leur démarche légèrement bancale. La jeune femme ferma la porte, priant pour qu'ils n'aient pas la mauvaise idée de se faire écraser sur le chemin du retour… Jean et Marco se trouvaient bien loin de tous les tracas qui pouvaient agiter l'esprit responsable de leur amie. A vrai dire, leur esprit se trouvait bien loin de tout. Ils avaient cette douce impression de flotter qui les faisait tous deux sourire, en dépit du froid mordant de l'hiver. Jean avait trop bu, c'était une évidence. Marco, lui, n'avait pas tant bu que cela. Mais sa tolérance étant bien moins élevé, il n'avait suffit que de quelques verres pour lui faire tourner la tête. Leur appartement n'était pas très loin de celui que Mikasa partageait avec Eren et Armin, ses amis de toujours. Seules quelques rues les séparaient de leur foyer bien douillé. Pourtant, Jean et Marco réussirent à se perdre. Il faisait nuit noire dehors et tous les bâtiments autour d'eux leur semblaient si hauts... Un peu étourdis, ils décidèrent de faire une petite pause sur leur trajet. Il trouvèrent justement un petit parc où Jean s'allongea aussitôt, à même le sol. Marco s'accroupit non loin de lui. Contrairement à son ami, qui gardait les yeux en l'air, Marco avait les siens baissés. Autour d'eux, l'herbe était recouverte d'une fine pellicule blanche. Le jeune homme posa sa main, qui y laissa son empreinte. Son visage s'illumina quand il comprit qu'il y avait là de la neige. Marco en regroupa un peu entre ses doigts. — Qu'est-ce que tu fais ? marmonna Jean. — Je veux faire un bonhomme de neige. — Mais on n'a pas le temps ! On doit rentrer. — Justement ! Il va nous indiquer le chemin. Ces mots plongèrent Jean dans une grande confusion, laquelle dura cinq bonnes secondes. Puis il se redressa vivement. — Putain, pas con ! s'exclama-t-il. Jean aida ainsi son ami à façonner une seconde boule de neige. Il la fit à son tour rouler sur l'herbe environnante afin de la faire grossir. Après une paire de minutes de dur labeur, les deux jeunes hommes avaient déjà épuisé toute la neige environnante ; ce qui ne représentait finalement pas grand chose. Avec une immense précaution, Jean positionna sa petite boule sur celle de Marco. Celui-ci dégota deux petits cailloux qu'il enfonça, non sans mal, dans la partie supérieure de leur création. La chose n'avait pas belle mine. Marco n'était pourtant pas peu fier de son travail. — Bonsoir, monsieur le bonhomme de neige, le salua-t-il poliment. Pourriez-vous, s'il vous plaît, nous indiquer le chemin jusque chez nous ? Les secondes passèrent, mais sa question resta sans réponse. — Mince ! On ne lui a pas fait de bouche ! Réalisa-t-il. Jean remédia à ce petit problème grâce à un autre caillou. Marco réitéra alors sa demande. Ils patientèrent de plus belle, mais l'amas de neige semblait tout simplement peu bavard. — Il est peut-être timide ? suggéra Jean. — Dans ce cas-là, nous sommes perdus ! Marco se laissa tomber au sol, tandis que Jean regardait un point fixe en fronçant les sourcils. — Au fait, ce parc me semble drôlement familier. Il te dit rien, cet arbre ? Le jeune homme désigna un tronc tout nu et tout tordu. Marco fronça les sourcils à son tour. Laissant Jean à la contemplation de son arbre, il eut la brillante idée de jeter un œil autour de lui. Il tomba alors sur la façade d'un bâtiment qui lui paraissait elle aussi drôlement familière... Marco cacha alors son visage entre ses mains. Ce qu'ils avaient pris pour un parc n'était en réalité qu'un minuscule bout de pelouse. L''arbre que Jean continuait d'observer avec un air perdu au visage n'était d'ailleurs que le pauvre buisson qu'il avait écrasé, un peu plus tôt dans la journée. Et la façade qui se trouvaient juste derrière eux depuis tout de temps... n'était nulle autre que celle de leur résidence. Une fois prêt à affronter la vérité, Marco tira Jean par les cheveux. Le jeune homme rouspéta devant tant de violence. Puis il se stoppa net en voyant ce que son ami voulait lui faire voir. Les deux jeunes hommes restèrent un moment silencieux, avant de déclarer d'une même voix : — Personne ne doit jamais l'apprendre.
> prompt : sapin de noël > données : 3 décembre 2025, 2 140 mots
Jean roulait à bonne allure sur une route de forêt. Il n’était pas très tard, mais la nuit commençait déjà à tomber au-dessus des sapins. La voix d’Armin s’éleva depuis les haut-parleurs du véhicule : — Je te répète que c’est louche, cette affaire. — Mais comment veux-tu que je refuse ? Je ne peux pas cracher sur une opportunité pareille juste pour te faire plaisir. Il me faut du concret ! — Pour ça il me faut du temps ! Jean soupira. Ses doigts tapotèrent nerveusement contre le volant. — Écoute, de toute façon, je n’ai pas l’intention de- Merde ! Il écrasa la pédale de frein, mais trop tard. La chose qu’il avait vu débouler sur la route percuta son pare-choc dans un grand bruit. Le véhicule s’immobilisa quelques secondes plus tard. Un peu secoué, Jean mit un peu de temps à rassurer son ami, dont la voix s’était faite inquiète. — Armin, je te rappelle… Je crois que j’ai heurté un putain de sanglier. Jean raccrocha, coupa le moteur et ouvrit la portière. Avant de sortir, il alluma la lampe torche de son téléphone. Il sut sans même les voir que les phares avaient dû être touchés, car plus aucune lumière ne provenait de l’avant du véhicule. Si ce n’était que ça, Jean s’en tirerait relativement bien. Mais vu la force de l’impact, il y avait fort à parier que les dégâts étaient bien plus importants – et lui coûteraient bien plus cher. La lumière de son téléphone révéla d’abord une grosse forme prostrée sur le sol, une dizaine de mètres plus loin. Jean se figea. Il avait bel et bien percuté un sanglier ; et un bon gros mâle, à en juger par sa taille. Alors qu’il hésitait à s’approcher, incertain du sort de l’animal, celui-ci se redressa justement sous ses yeux ébahis et, ni une ni deux, s’enfuit entre les sapins en boitant. Sa surprise passée, Jean s’intéressa à l’état dans lequel il avait laissé sa voiture… et il ne fut pas déçu. Le pare-choc, première partie touchée, avait été enfoncé par le poids de l’animal. Certains morceaux s’étaient arrachés, exposant une partie du châssis. Au dessus, le capot, soulevé par l’impact, était fortement gondolé. En dessous, la plaque d’immatriculation était tordue à angle droit. Jean se prit le visage dans les mains et poussa un très long soupir. Il lâcha deux ou trois jurons à l’encontre de ce fichu sanglier, s’excusa quand même pour les blessures occasionnées, puis se maudit lui-même pour son manque de vigilance. Ses nerfs un peu apaisés, il analysa rapidement la situation. Impossible de reprendre la route avec une voiture dans cet état. D’après le GPS, il lui restait une vingtaine de kilomètres. La nuit était tombée et il ne pouvait pas rouler sans phares aussi longtemps sur une route qu’il ne connaissait pas. En plus, le choc avait peut-être causé plus de dégâts que ce qu’il avait pu constater à la lumière de son téléphone. Si le moteur était atteint, l’opération s’avérerait autrement plus dangereuse. Jean reprit tout de même place derrière le volant. La voiture fit un drôle de bruit, mais elle avança. Jean la dirigea très lentement sur le bas-côté de la route avant de couper définitivement le moteur. Voilà qui lui éviterait au moins d’être à l’origine d’un autre accident. Cette fois-ci, il enfila son manteau avant de sortir. Il s’éloigna un peu, son téléphone en l’air, mais c’était peine perdue ; il n’avait pas de réseau. Comme il se voyait mal faire les vingt kilomètres restant à pieds, il ne lui restait plus qu’à attendre dans sa voiture. Au pire, il passerait la nuit ici et se mettrait en marche une fois le jour levé. La perspective ne l’enchantait guère, mais à moins d’un miracle, il ne voyait pas d’autre solution. Il s’apprêtait à retourner se mettre au chaud quand il entendit le bruit d’un moteur. Plus loin, il apercevait la lumière grandissante d’un véhicule qui s’approchait plein phares. Jean n’attendit pas de le voir pour faire de grands signes au conducteur. Par chance, celui-ci le remarqua et n’hésita pas à s’arrêter. La vitre côté passager s’abaissa. La voix du conducteur s’éleva : — Besoin d’aide ? Vous êtes en panne ? — Non, je me suis pris un sanglier… — Ah ! fit l’autre. Jean le vit se pencher par-dessus le tableau de bord pour jeter un coup d’œil à sa voiture. Même de loin, le jeune homme dut arriver à la même conclusion que Jean, car il grimaça. — Je vous dépose ? lui proposa-t-il en souriant. Jean n’en croyait pas sa chance. — Ce serait vraiment très gentil, accepta-t-il aussitôt. Il retourna brièvement à sa voiture, récupéra ses affaires et verrouilla le véhicule, puis il monta dans le 4x4 qui reprit la route. — J’allais à Trost, mais je peux vous déposer ailleurs si vous préférez. — C’était justement ma destination. Merci beaucoup, vous me sauvez ! — Y’a pas de quoi ! Jean fut drôlement soulagé d’être tombé sur quelqu’un d’aussi gentil. — Je m’appelle Marco. On peut se tutoyer ? — Bien sûr. Moi c’est Jean. Tu habites dans le coin ? — Trost même, acquiesça Marco. Et toi, qu’est-ce qui t’amènes chez nous ? — Le boulot, soupira Jean. Mais ça m’a l’air mal barré. Et avec ma voiture dans cet état… — On ira la remorquer demain. Mais je ne te garantie pas que le garagiste du coin arrive à la remettre en état. Au pire, quelqu’un pourra toujours t’emmener à la gare la plus proche. — Bah, je ne suis pas si pressé de rentrer. Je vais peut-être faire un peu de tourisme en attendant. Des recommandations ? Le reste du trajet se déroula sans encombres. Même si Jean veillait à éviter le sujet de son travail ou de sa voiture – qui risquaient l’un comme l’autre de lui donner des maux de tête – la conversation était fluide et très agréable. Jean avait un bon feeling avec ce Marco. Bien sûr, il pouvait se tromper ; mais il se trompait rarement sur ces choses-là. Pour un peu, cette charmante rencontre pourrait bien égailler ce séjour qui avait fort mal commencé. Aux abords de Trost, Jean retrouva du réseau. Il put ainsi contacter son client et le prévenir de son arrivée imminente. Sur place, les nouveaux arrivants constatèrent qu’un attroupement s’était formé à l’endroit exact du rendez-vous. Des riverains semblaient avoir une discussion houleuse avec un homme au chapeau melon que Jean identifia comme étant son client. Il soupira. Lui et Marco sortirent du véhicule, attirant l’attention du groupe. — Ah, Monsieur Kirschtein ! s’exclama l’homme. J’espère que vous avez fait bon voyage ? — Je ne dirais pas ça, non, répondit franchement Jean. Que se passe-t-il ici, Monsieur Fritz ? — Rien d’important. Les provinciaux d’ici sont un peu butés, voilà tout. Ils rejettent en bloc tout changement, alors quand j’arrive avec mes projets, ils me voient comme le grand méchant loup ! Il se retourna et s’adressa de plus belle à la foule de curieux d’une voix suave : — Je suis véritablement navré par notre mésentente. Néanmoins, il serait sage d’accepter que cet hôtel verra bel et bien le jour. Voici justement Monsieur Kirschtein, l’architecte que j’ai engagé pour en dessiner les plans ! Même si sa présence ne vous enchante pas plus que la mienne, j’espère que vous saurez faire preuve de courtoisie à l’égard de cet honnête homme qui ne fait que son travail. Jean grimaça. Il se serait bien passé de ce genre d’introduction. Les riverains l’associaient désormais à Monsieur Fritz et à son fichu projet d’hôtel. Il pouvait déjà sentir les regards antipathiques se déporter sur sa personne. Jean laissa traîner le sien sur Marco, qui avait retrouvé sa place parmi ses voisins et amis. Il aurait aimé le remercier une dernière fois, mais le moment semblait mal choisi. Monsieur Fritz l’entraîna vers la mairie pour y discuter travail. Jean s’efforça de le suivre sans traîner les pieds. Pour le moment, il devait se concentrer sur les raisons de sa venue. Lorsqu’il quitta la mairie, deux bonnes heures plus tard, Jean était exténué. Il avait passé une journée affreusement longue et ne rêvait que d’une douche bien chaude et d’une bonne nuit de sommeil. Malheureusement, on avait d’autres projets pour lui. Adossé à la façade du bâtiment municipal, Marco l’attendait. Jean fut ennuyé. Il lui sembla que Marco aussi. — Tu as un peu de temps ? lui demanda-t-il. Les autres aimeraient te parler. Jean vit ses espoirs de soirée tranquille s’envoler. Il le suivit quand même. Marco l’emmena dans un petit pub, une rue plus loin. Leur arrivée ne passa pas inaperçue. Jean reconnu quelques visages parmi les riverains qu’il avait croisé plus tôt. Pas intimidé pour un sous, il acquiesça lorsque Marco lui proposa une bière et s’installa sur une chaise au comptoir. — Alors, qui veut se lancer ? lâcha-t-il. Les riverains commencèrent aussitôt à parler. Tous en même temps. Jean leva une main pour les interrompre. — Je veux bien écouter, mais je ne vais pas me forcer à comprendre. Soit vous m’expliquez clairement votre problème, soit je rentre me coucher. Sans vouloir me vanter, je pense que je suis celui qui a eu la pire journée ici. Alors je répète ; qui – au singulier – veut se lancer ? Ses interlocuteurs se jetèrent des regards en coin. Jean vit des mâchoires se crisper davantage et il se demanda s’il était bien raisonnable d’énerver des bonhommes qui faisaient trois fois sa taille. Marco dut se faire la même réflexion puisqu’il s’avança pour parler calmement au nom de tous. — Fritz veut raser une partie de la forêt de sapins pour construire son hôtel. — C’est triste, commenta laconiquement Jean. C’est peut-être immoral mais ce n’est pas illégal en soit. Autre chose ? — Eh bien… On pense qu’il a magouillé avec le maire pour obtenir le terrain. — Ça, c’est déjà plus intéressant. Mais est-ce que vous avez des preuves ? Non, vu la mine renfermée qu’ils adoptaient tous. Jean ricana. — Vous voyez ? C’est la différence entre vous et moi. Comme un magicien sortant un lapin de son chapeau, il sortit son téléphone de sa poche et l’agita sous leurs nez. — Parce que moi, j’en ai. Les mâchoires se décrispèrent et les bouches s’ouvrirent. Il y eu des murmures. Pas mécontent de son petit effet, Jean poursuivit sur sa lancée : — Admettons que vous les donne. Mieux encore ; admettons que je les transmette à un avocat branché droit de l’environnement. Quelle que soit l’issue de l’affaire, il y a fort à parier que Fritz s’en aille construire son hôtel ailleurs. Mais qu’est-ce que moi j’y gagne ? La tension remonta dans la salle. Jean adorait jouer avec leurs nerfs. — Et quel genre de compensation espérez-vous ?! s’offusqua quelqu’un. Jean attendait qu’on lui posa la question. Il savait exactement ce qu’il voulait. Un sourire malicieux aux lèvres, il s’approcha de Marco et glissa un doigt dans le col de son pull. — Toi, énonça-t-il clairement. Invite-moi à dîner, et on sera quitte. Silence dans la salle. Les réactions tardèrent à venir, mais Jean ne s’intéressait qu’à celle de Marco. Et il ne fut pas déçu, car les joues du jeune homme prirent une jolie teinte rosée qui lui allait à ravir. Il cacha son visage derrière une main. — Non mais je rêve… T’es quand même pas sérieux… — Je suis très sérieux ! renchérit Jean. Ça ne m’enchante pas de lâcher ce projet, mais avec toi dans l’équation, j’estime que je gagne au change. Alors, marché conclu ? Marco jeta un coup d’œil gêné au reste de l’assemblée, qui passait décidément par toutes les émotions ce soir. L’un de ses amis posa une main sur son épaule. — Marco… C’est pour la bonne cause. Il observa, ahuri, les autres acquiescer de bon cœur. — Vous m’échangeriez contre, quoi, quelques photos incriminantes ?! s’offusqua-t-il. Marco soupira. Son regard revint sur Jean, qui n’avait rien perdu de son assurance. — Tu n’as jamais eu l’intention de dessiner ces fichus plans, je me trompe ? — Peut-être, répondit malicieusement Jean. Tu ne pourras pas le prouver. — Certes, mais vu ce que tu m’as dit sur le trajet et ta réaction à- — Marco, l’interrompit Jean. Est-ce que oui ou non tu vas m’emmener dîner ? Marco fit encore mine d’hésiter. Jean tira un peu plus sur son col. — Oui ! finit-il par céder. Tu n’avais pas besoin de me faire du chantage, tu sais… Jean sourit. Il termina cul sec sa bière et attrapa Marco. — Sur ce, messieurs-dames, je m’en vais de suite profiter de ma compensation. Mais n’ayez crainte, j’ai déjà envoyé les documents à un ami avocat. Je vous laisse son numéro. Je vais rester dans le coin quelques temps, alors je suis certain qu’on aura l’occasion de se revoir très bientôt ! Et Jean sortit du pub en entraînant Marco avec lui, bien déterminé à savourer ce qui s’annonçait comme une très bonne fin de journée.
> prompt : saint nicolas > données : 5 décembre 2025, 1 160 mots
Une légère odeur de légumes flottait dans la petite masure. Le dos légèrement voûté, Marie Kirschtein surveillait la cuisson de leur repas. Ce dernier se composait (une fois de plus) d'un simple potage dont la pâleur indiquait une grande quantité d'eau. On pouvait tout de même apercevoir quelques légumes coupés en morceaux au fond de la marmite : une carotte, un oignon, un quart de choux et trois poignées de fèves. Ce n'était pas grand chose, mais c'était tout ce que la cuisinière pouvait se permettre d'utiliser. Il restait bien encore un pot de céréales dans un placard, mais Marie préférait le garder pour plus tard, au cas où Jean rentrerait les mains vides aujourd'hui. De temps à autre, elle jetait un coup d'œil nerveux en direction de la porte. D'habitude, son fils ne rentrait pas aussi tard... De bon matin, il s'en était allé glaner dans les champs alentours, en quête de brins oubliés lors de la dernière récolte. La plupart des enfants des villages se hâtaient d'en ramasser le plus possible afin de les ramener dans leur foyer. Cette activité n'était pas dangereuse en elle-même, mais il arrivait parfois que des contestations éclatent dans cette chasse à la nourriture. Bien que débrouillard pour son âge, Jean avait la fâcheuse tendance à s'interposer dans des conflits qui ne le concernaient pas toujours. Ainsi, Marie ne pouvait s'empêcher d'être un peu inquiète de ne pas le voir rentrer à l'heure habituelle. Lorsque son fils poussa la porte en bois, ses cheveux châtains en bataille, Marie sentit son cœur s'apaiser. Il était tout sale d'avoir passé des heures dehors, dans la chaleur et la poussière des champs. Il était talonné par Marco, un petit brun aux taches de rousseur qui habitait trois portes plus loin. Les deux garçons étaient inséparables depuis leur plus jeune âge. Leur excursion semblait avoir porté ses fruits, car Jean eut un sourire espiègle pour sa mère. Il s'empressa de lui montrer ce que contenait son sac de toile. — J'ai trouvé de l'orge et de l'avoine. Ce sont pas les plus beaux brins, mais ils sont encore frais. Ça devrait suffire pour faire quelques miches de pain. Pour ce qui est du reste, c'est surtout Marco qu'il faudra remercier. Sous les yeux ébahis de Marie, Marco ouvrit son propre sac, dont la toile semblait tendue par le poids d'une forme plutôt imposante. Et pour cause ; à l'intérieur, il y avait un véritable faisan ! Quoi qu'un peu petit par rapport à certains de ses congénères, il constituait néanmoins un véritable festin à lui tout seul. Il était encore couvert de ses plumes colorées, mais l'angle formé par son cou indiquait clairement qu'on l'avait brisé d'un geste sec. — Oh mon dieu, souffla Marie. Vous êtes certains que personne ne vous a vu l'attraper ? Si le glanage était autorisé depuis près d'un demi-siècle, ce n'était pas le cas du braconnage. Cellui qui se faisait prendre à chasser sur les terres d'autrui risquait jusqu'à sa propre vie. Marco hocha la tête pour lui indiquer qu'il avait (évidement) fait très attention. Cependant, Marie remarqua qu'il se dandinait, signe qu'il était mal à l'aise. — Je... Je me suis un peu éloigné du périmètre habituel, avoua-t-il. — Tu t'es approché des terres des Fritz ? s'inquiéta Marie. Vous savez bien que- — On sait, la coupa Jean. Mais elles ne sont pas plus dangereuses que les terres voisines. C'est même plutôt le contraire ; comme les locaux les évitent, on a moins de chance de se faire surprendre à y chasser. Sa mère hésita sur la réplique à donner. Mais à la vue du gibier, qui permettrait de nourrir leurs deux familles, elle décida de jeter les armes. — Je ne vais pas vous réprimander d'avoir attrapé ce faisant. Mais à l'avenir, je préférerait que vous évitiez de vous aventurer dans ce coin. Les risques sont trop grands, leur répéta-t-elle. Et maintenant, filez à la rivière pour vous décrotter avant le dîner. Les deux garçons s'exécutèrent. Ils s'immergèrent complètement dans l'eau froide, qui emporta avec elle la plupart de la crasse dont ils étaient couverts. Tandis qu'il essorait ses nippes, Jean ne put s'empêcher de maugréer. — On aurait mieux fait de ne rien lui dire. Si elle savait qu'on s'y rend de plus en plus régulièrement, ces derniers mois, je ne donne pas cher de notre peau... — C'est pourtant là-bas que je fais mes meilleures prises, soupira Marco. Le gibier y est plus abondant qu'à proximité du village ; probablement car ces terres sont peu fréquentées. Et puis, je suis certain d'avoir aperçu du blé un peu plus loin. Tu imagines ce qu'on pourrait faire avec ça ? Le blé était beaucoup plus consistant que les autres céréales, telles que l'orge ou l'avoine, dont ils devaient habituellement se contenter. Jean soupira. — C'est vraiment absurde d'éviter ces terres pour des raisons aussi superstitieuses. — Une superstition, dites-vous ? J'aimerais beaucoup en apprendre davantage à ce sujet. Jean et Marco se retournèrent brusquement vers la voix qui venait de s'inviter à leur conversation. Ils découvrirent un vieux monsieur à la barbe blanche étonnamment longue, qui tenait un long bâton un peu tordu à la main. Celui-ci leur adressa un sourire aimable. — Je ne suis qu'un vieil homme de passage qui affectionne les histoires et les mystères. — Eh bien... commença prudemment Jean. Les gens du coin agissent comme si les terres des Fritz étaient maudites. Tout ça parce que trois enfants n'en sont jamais revenus il y a sept ans. Il n'y a pas grand chose de plus à dire. Le vieil homme passa une main dans sa longue barbe, un air pensif au visage. — Voilà qui est très intéressant. Je ferais bien d'ajouter cette nouvelle étape à mon voyage. — Vous ne risquez pas grand chose, lui assura Marco. On s'en est déjà approché plusieurs fois. Je peux vous garantir que le sol ne va pas vous avaler, comme le prétend Monsieur Leonardt, et que les arbres ne vont pas vous emprisonner entre leurs branches, comme le raconte Madame Braun. — Quelles drôles d'idées ! s'esclaffa le vieil homme. Je doute que la nature soit à l'origine de la disparition de ces enfants. Mais je sens qu'il existe là un mystère que je me dois de percer à jour. Il remercia les garçons pour les précieuses informations que ceux-ci lui avaient confiées. Jean et Marco regardèrent sa silhouette s'éloigner le long de la berge. Ils échangèrent un regard, et haussèrent tous deux les épaules. Puis ils remontèrent en direction du village, leurs habits mouillés en main. Dès le lendemain, le bruit couru que les trois enfants ayant mystérieusement disparus, sept ans plus tôt, était tout aussi mystérieusement réapparus. Ils racontaient, à qui voulait bien l'entendre, qu'un horrible boucher les avait coupés en morceaux et transformés en petit salé. Pendant sept ans, ils étaient restés prisonniers de son saloir. Jusqu'à ce qu'un saint, guidé par la providence, ait la bonne idée de passer par là pour réaliser un miracle.
> prompt : plaque de verglas > données : 7 décembre 2025, 910 mots
Marco poussa un énième soupir. Il récolta un regard mi-énervé mi-intrigué de la jeune femme assise sur sa droite. Il avait conscience d'être un piètre voisin de table aujourd'hui. Le jeune homme ferma les yeux un instant avant de les rouvrir. Il tenta de se reconcentrer sur son devoir, mais il avait l'impression que les mots s'enchaînaient aléatoirement pour former des phrases qui échappaient au sens commun. Marco sentait la migraine lui monter à la tête. Son regard quitta l'écran de son ordinateur portable pour se perdre à travers la baie vitrée qui lui faisait face. Marco observa le ciel déjà sombre, les légers flocons qui en tombaient, les décorations qui illuminaient les rues et tous les passants pressés. Où s'en allaient-ils tous avec tant d'énergie ? En voilà même un qui ne regardait pas où il allait, trop concentré sur son téléphone portable. Marco soupira encore. Il sentait déjà le regard de sa voisine sur lui... Réalisant qu'il n'avait plus la motivation nécessaire pour travailler, le jeune homme commença à ranger ses affaires. Puis il se leva et veilla à pousser sa chaise sous la table. Au moment même où il redressa la tête, Marco assista à une drôle de scène. Le jeune homme qui marchait en regardant son téléphone portable passa justement devant la baie vitrée du café... et il glissa sur une plaque de verglas. Marco se dépêcha de sortir. — Tu- Tu vas bien ? lui lança-t-il. L'inconnu releva vers lui un visage surpris. — Rien de cassé. Enfin, je crois.... Il voulut se relever en vitesse, mais le sol glissait sous ses pieds. — Attends, je vais t'aider. Marco s'approcha prudemment, une main dans la direction du jeune homme à terre. Mais comme celui-ci, il sous-estima la surface de la zone glissante. Il perdit appui, et ce fut finalement l'inconnu qu'il voulait aider qui lui attrapa le bras, l'empêchant de faire une mauvaise chute. Un peu déboussolé, Marco se laissa glisser le long de la baie vitrée du café qu'il venait de quitter. À ses côtés, le jeune homme ne retint pas un éclat de rire joyeux. — Nous voilà dans de beaux draps ! s'esclaffa-t-il. — Désolé, s'excusa Marco. Moi qui voulait t'aider... Face à son air fort penaud, son voisin de trottoir haussa les épaules. — Il n'y a pas de mal. C'était très gentil de ta part. Je m'appelle Jean, se présenta-t-il. — Je suis Marco. Ravi de faire ta connaissance... malgré ces circonstances embarrassantes. — C'est vrai qu'il fait un peu froid. Et que mon pantalon est très mouillé, plaisanta Jean. Mais je suis certain qu'il existe des manières bien plus tragiques encore de se rencontrer. Le jeune homme aux cheveux châtain fit mine d'y réfléchir sérieusement. — Par exemple, j'aurais pu glisser au moment où tu sortais du café. Je t'aurais entraîné dans ma chute et tu te serais étalé de tout ton long sur le sol mouillé. Qui sait ? Tu aurais pu te casser quelques côtes. Ou pire ! Imagine que ta tête ait heurté le bord du trottoir, te causant un traumatisme crânien. Du sang et des larmes : voilà qui aurait été vraiment mélodramatique. Marco resta un moment sans voix devant l'imagination débordante de Jean. Les sourcils légèrement redressés, il imagina la scène que lui décrivait celui-ci. C'en était si chaotique qu'il laissa échapper un éclat de rire. — En effet, s'esclaffa-t-il. Vu sous cet angle, je devrais m'estimer heureux ! Jean hocha la tête en souriant, tout content de faire son comique. — Et maintenant, quoi ? lui demanda Marco d'un ton léger. On attend le dégel ? — Cela risque d'être bien long ! Je crois qu'on finirait en hypothermie. En plus, j'ai un chat qui doit attendre impatiemment sa ration de croquettes. Si je ne rentre pas bientôt, il serait capable de retrouver mon cadavre pour le manger. Non, affirma Jean, j'ai bien l'impression qu'il nous faut dompter cette plaque de verglas ! Sa petite déclaration marqua le début d'un long, long processus au cours duquel les deux jeunes hommes employèrent tous leurs efforts dans la réalisation d'une même tâche : se relever sur le sol glissant. Ce ne fut pas une mince affaire, car ils durent s'y reprendre à plusieurs fois. Mais à force de patience, Jean et Marco parvinrent enfin à se redresser sur leurs deux jambes. Ils veillèrent aussitôt à s'écarter de quelques pas de la plaque de verglas qui leur avait donné tant de fil à retordre... — Voilà qui est fait ! se félicita Jean. Je commençais à craindre qu'on reste coincés là pendant tout le réveillon... ou même jusqu'à la nouvelle année. Le châtain consulta sa montre. Cet incident avait pris plus de temps qu'il ne le pensait. — C'est que l'heure file ! rouspéta-t-il. Je te suis très reconnaissant de m'avoir accompagné dans mes mésaventures, mais je m'en veux de t'avoir retenu si longtemps. Après tout, j'imagine que tu as quelque chose de prévu ce soir... — Pas vraiment, à vrai dire, le détrompa rapidement Marco. C'est moi qui suis désolé de ne pas avoir pu t'aider plus efficacement, alors que tu semblais pourtant si pressé. — Oh ! Je n'étais pas particulièrement pressé, lui assura Jean. Enfin, j'avais simplement hâte de rentrer chez moi pour me mettre au chaud. Les deux jeunes hommes se regardèrent un moment en silence. Puis Jean se racla la gorge. — Dans ce cas... Comme je n'ai rien de prévu et que tu n'as rien de prévu non plus, ça te dirais de passer le réveillon ensemble ? proposa-t-il en souriant.
> prompt : panne de courant > données : 9 décembre 2025, 1 300 mots
Marco s'enfonça un peu plus dans le canapé des Kirschtein. Les images qui défilaient sur l'écran plat, face à lui, ne faisaient pas sens dans son esprit. Malgré lui, ses yeux s'en détournèrent une fois de plus pour s'échouer sur le visage de Jean, qu'ils observèrent à la dérobée. Cette vision lui était bien plus captivante que celle du film qui se jouait devant lui. Pourtant, Marco obligea son attention à revenir sur la seconde. Il devait, au minimum, s'efforcer d'en comprendre les grandes lignes de l'intrigue. Sinon, Jean risquait de se rendre compte de son inattention. Mais après une demi-heure de film, Marco réalisa que c'était certainement peine perdue. Prétextant une envie pressente, il fila en direction de la salle de bain, où il s'aspergea le visage d'eau froide à plusieurs reprises. Marco espérait que cette fraîcheur pénètre jusqu'à son esprit, pour y remettre un peu d'ordre. Le visage ruisselant, il croisa son reflet dans le miroir au-dessus du lavabo. L'image qu'il lui renvoyait ne rassura guère son propriétaire. Il avait le regard embrumé et les joues rouges. Marco se rinça de plus belle le visage. Il ne pourrait pas se cacher éternellement. Il lui faudrait bientôt retourner auprès de Jean ; à défaut, celui-ci ne tarderait pas à s'inquiéter. Mais avant cela, Marco devait faire baisser sa température corporelle, laquelle semblait beaucoup trop élevée pour une soirée en compagnie d'un simple ami. Le jeune homme ferma les yeux. L'obscurité lui permis de se concentrer sur les battements de son cœur. Il se préparait mentalement à sortir de la salle de bain, dont les murs ne pouvaient offrir qu'un refuge temporaire à la flamme qui brûlait en lui. Il allait reprendre sa place dans le canapé, juste à côté de Jean, et continuer de prétendre qu'il comprenait quelque chose à ce maudit film. Mais lorsque Marco rouvrit les yeux, ces derniers se rencontrèrent qu'un écran noir. Surpris, il cligna plusieurs fois des paupières, sans parvenir à distinguer quoi que ce soit. à tâtons, ses doigts touchèrent le mur à côté de lui. Marco trouva l'interrupteur, qu'il actionna dans un sens, puis dans l'autre. Seulement, la lumière ne vint pas. Le jeune homme entendit une voix l'appeler depuis le salon. — Marco ? Je crois qu'il y a une panne de courant. Tu m'entends ? — Oui, répondit-il. Tu n'aurais pas un téléphone pour nous éclairer ? — Il charge avec le tiens, derrière la télévision. Je n'arrive pas à mettre la main dessus. Je crois qu'ils ont glissé sous le meuble. — Ne bouge pas. Je vais t'aider à les chercher. Marco posa une main contre le mur pour s'aider à se repérer. Il se contenta d'abord de le longer, ce qui ne s'avéra pas très compliqué. En revanche, lorsqu'il atteignit l'escalier, il dut s'en écarter afin d'entrer dans le salon. En l'absence de repère, ses pas se firent plus hasardeux. Les deux garçons avaient volontairement baissé tous les stores et tiré tous les rideaux afin de se plonger dans leur film. Pas même la lune ne pouvait désormais les éclairer de sa lueur. Marco essaya de deviner l'emplacement des meubles. Le canapé ne devait pas être loin ; seuls trois ou quatre pas le séparaient probablement de l'endroit où il se tenait. Marco s'avança lentement, les bras tenus devant lui, à la recherche du dossier en cuir. Il fit cinq pas sans rien toucher. Marco se demanda s'il s'était vraiment engagé dans la bonne direction. Il décida de faire un dernier pas en avant. Une brève douleur traversa aussitôt son genou, qui venait de se heurter à la table basse. Confus de se trouver là, Marco fut déstabilisé. Son corps se pencha dangereusement en avant. Il tenta de se rattraper avec ses mains, mais ce fut finalement Jean qui le tira en arrière. Marco atterrit ainsi sur le canapé qu'il avait souhaité rejoindre. Enfin, pour être plus précis, son corps se retrouva en travers de celui de Jean, qui était lui-même allongé sur ledit canapé. Lorsqu'il prit conscience de la position dans laquelle ils se trouvaient, Marco sentit le rouge lui monter aux joues. Il laissa échapper un petit rire nerveux, espérant ainsi dissimuler le trouble dont il était victime. Marco souhaita se redresser au plus tôt, mais une force inconnue l'en empêcha. Quelque chose... Non, quelqu'un avait agrippé son pull. — Jean ? chuchota-t-il. Marco attendit une réponse qui ne vint pas. Il baissa les yeux, à la recherche du visage de son ami et de l'expression qu'il pouvait bien arborer... Mais dans le noir, il ne distingua évidement rien du tout. Le jeune homme se retrouva ainsi dans une situation des plus complexes. Car il n'avait pas besoin de voir Jean pour que la proximité qu'ils partageaient ne l'affecte. Dans sa cage thoracique, le cœur de Marco faisait des ravages. Le sang qu'il propulsait dans chaque recoin de son corps était bouillant. La chaleur lui monta rapidement à la tête... Et n'épargna pas son entrejambe, qui se retrouvait pressée contre ce qu'il devina être la cuisse de Jean. Cette dernière bougea légèrement. Marco étouffa un grognement. À ce rythme-là, il ne donnait pas cher de son secret ! Jean, qui n'avait pas prononcé le moindre mot, tira soudain sur le pull de son ami, obligeant celui-ci à se pencher dans sa direction. Une fois de plus, Marco se fit violence pour ne pas réagir à la friction infligée à son entrejambe. Il pensait ces contacts répétés involontaires. Les gestes de Jean lui prouvèrent rapidement le contraire. Marco sentit d'abord un souffle chaud contre son oreille. Par réflexe, il pencha la tête, offrant inconsciemment un accès direct à sa nuque. Les lèvres de Jean s'y posèrent immédiatement. Sous la surprise, Marco perdit appui. Son front échoua contre la tempe de Jean, qui lâcha son emprise sur son pull. à la place, il en profita pour glisser une main sous le vêtement. Plus bas, sa cuisse effectua un nouveau mouvement suspect... Cette fois-ci, Marco dut se rendre à l'évidence. Jean était en train de l'aguicher. Et il y arrivait à merveille. Son esprit était encore confus, mais son corps n'allait certainement pas laisser passer cette chance. À tâtons, ses mains cherchèrent les hanches de Jean. Marco les pressa entre ses doigts, attirant prestement son bassin à lui. Il eut alors tout le loisir de constater qu'il n'était pas le seul à avoir un début d'érection. Un soupir de contentement lui échappa. À son tour, Marco laissa errer sa bouche contre la nuque de Jean. Ses dents se refermèrent doucement sur la jonction avec sa clavicule. Jean avait passé un bras au-dessus de son épaule, permettant à sa main d'agripper ses cheveux bruns. Les deux amants se cherchaient plus à étouffer leurs gémissements qui résonnaient autour d'eux. Marco tira sur l'élastique du jogging de Jean, le baissant de quelques centimètres. C'est à ce moment précis que le courant décida de faire son retour. La lumière de la salle de bain, dont la porte était restée ouverte, se fraya un chemin jusqu'au salon. Ce n'était pas grand chose, mais cela suffit pour éclairer les traits des deux garçons qui, les yeux écarquillés, n'osèrent plus bouger. Marco put enfin voir le visage de Jean qu'il n'avait jamais connu aussi rouge. Son cou était couvert de marques encore humides. Marco songea qu'il devait être dans le même état. Ils ne bougèrent pas pendant de longues secondes. C'était comme si la lumière les avait paralysés sur place. Marco s'humidifia les lèvres, soudain moins confiant depuis qu'il pouvait voir et être vu. Il se redressa légèrement, encore hésitant quand à l'attitude qu'il devait adopter. Jean l'interpréta probablement comme un mouvement de recul, car il lui attrapa vivement le poignet. — Ne t'arrête pas ! lui souffla-t-il d'un air presque désespéré. Marco n'eut pas à réfléchir plus longtemps. Il fondit sur les lèvres de Jean qui accueilli ce baiser avec soulagement.
> prompt : marché de noël > données : 11 décembre 2025, 1 460 mots
Jean sortit de la boulangerie, deux baguettes sous le bras. Il avait eu de la chance d’en trouver à une heure aussi avancée de l’après-midi. Dehors, l’air était frais et le ciel s’était déjà assombri. Pourtant, le centre-ville se remplissait doucement de curieux venus faire un tour au marché de Noël, fraîchement installé sur la grand place. La vision avait quelque chose de nostalgique aux yeux de Jean. À dire vrai, il ne se souvenait plus de la dernière fois qu’il y avait mis les pieds. Depuis qu’il était parti dans le sud pour poursuivre ses études, cinq ans plus tôt, il était rarement remonté dans sa ville natale, qui l’avait pourtant vu naître et grandir. Jean avisa sa montre. Sa mère l’attendrait plus tard pour dîner, mais il n’était pas particulièrement pressé. Alors puisqu’il était là… Ses pas le portèrent un peu naturellement vers l’arche de fer blanc qui se trouvait juste devant lui et qui marquait l’entrée du marché. Il flâna dans les allées, jetant un œil distrait sur les étals des cabanons de bois. Tout lui paraissait évidemment bien moins grand et coloré que lorsqu’il était enfant. Restait quand même un air de festivité et l’odeur du vin chaud pour réchauffer les cœurs. Et puis, l’immense sapin de Noël qui trônait au centre de la place faisait toujours son petit effet. Jean s’arrêta quelques secondes pour l’observer, le nez en l’air. Il s’apprêtait à rebrousser chemin, direction la sortie, lorsqu’on l’interpella : — Jean ? Un peu étonné, et probablement un peu crispé, le jeune homme se figea. Il ne s’attendait pas à tomber sur quelqu’un qu’il connaissait. La voix était masculine, douce derrière la surprise qu’elle avait exprimée. Jean la reconnue immédiatement. Il se retourna. — Marco ? Il y eu un silence pendant lequel tous deux se dévisagèrent. Et pour cause ; cela faisait des années qu’ils ne s’étaient pas vus, des années pendant lesquelles ils avaient eu le temps de changer. Il sembla à Jean que Marco avait un peu grandi. Ses taches de rousseurs n’avaient pas quitté son visage, mais les traits de celui-ci s’étaient faits plus droits. De son côté, Jean s’était laissé poussé les cheveux. Et même si on ne le devinait pas forcément sous son manteau d’hiver, il savait qu’il avait aussi perdu un peu de poids. Jean se balança d’un pied sur l’autre, mal à l’aise. Il était partagé entre la joie de revoir Marco et l’envie de partir sur le champ. S’ils avaient été très proches pendant une grande partie de leur scolarité, leur relation actuelle était frappée par la distance. Il y avait, bien évidemment, une raison à ça. Et cette raison s’appelait probablement Jean. Il s’était décidé à inventer une excuse pourrie pour se sortir de ce traquenard quand Marco – pressentant certainement qu’il allait se défiler – s’exprima le premier : — Est-ce que… Est-ce que t’aurais cinq minutes ? On pourrait se prendre un truc à boire et, je sais pas, discuter un peu ? Jean pouvait toujours refuser. Mais Marco lui tendait la main et, face à l’espoir qui brillait dans ses yeux chocolat, il ne put qu’acquiescer. Deux minutes plus tard, ils posèrent leurs gobelets fumants sur un mange-debout. Fidèle à lui-même, Marco avait prit un chocolat chaud. Jean, lui, avait opté pour du vin. Pas qu’il en apprécia particulièrement le goût, mais il n’était pas certain de pouvoir mener cette discussion sans un petit coup de pouce. — Alors, qu’est-ce que tu deviens ? demanda (presque) nonchalamment Marco. Jean mentionna brièvement ses études d’architecture, qu’il venait d’achever. Il avait décidé de prendre un peu de temps pour lui avant de chercher un emploi. Il était venu passer Noël avec sa mère. Marco lui demanda s’il remontait souvent dans le coin. — Pas vraiment, avoua prudemment Jean. Peut-être une fois par an ? Marco hocha la tête, pensif, sans le quitter des yeux. Jean se racla la gorge. Il lui demanda à son tour où il en était dans sa vie à lui. Marco lui répondit qu’après trois ans à l’institut d’études politiques du coin, il avait bifurqué vers l’école de journalisme. Il travaillait dans un média local depuis la rentrée. — Tu comptes rester ici ? Tu ne voudrais pas voir autre chose ? — On ne cherche pas tous à fuir cette ville, lui répliqua Marco. Jean accusa le coup. Marco ne s’excusa pas. Son ton était peut-être un peu sec, mais il n’avait pas menti. Ils terminèrent leurs boissons en silence et jetèrent leurs gobelets. — On remonte ensemble ? fit Marco. Il parlait de l’avenue qui liait le centre-ville au quartier où habitaient leurs parents respectifs. Jean supposa que Marco était lui aussi rentré chez les siens pour les fêtes. Ils quittèrent le marché de Noël pour se mettre en route. Les rues se vidèrent à mesure qu’ils s’en éloignaient. Les lumières et les chants laissèrent place au silence. Jean et Marco avaient fait ce chemin ensemble des centaines de fois lorsqu’ils étaient en primaire, puis au collège, puis au lycée. À l’époque ils discutaient naturellement des heures sans pouvoir s’arrêter. Aujourd’hui, Marco ne disait plus rien. Et face à ce silence Jean ne savait pas quoi dire. Pas parce qu’il n’avait rien à dire, mais parce qu’il ne savait pas par où commencer. Parce qu’il avait trop peur ou trop honte pour le faire. — C’est terrible, pas vrai ? Le silence. Marco s’était arrêté au milieu du trottoir, le nez en l’air. De petits flocons avaient commencé à tomber. Jean restait à distance. Il n’osait pas s’approcher, il n’osait pas parler. Il n’était bon qu’à écouter. — Ça s’étire, ça s’alourdit… On le commence et puis on ne sait plus l’arrêter. On cligne des yeux et – quoi ? – cinq ans ont passé. Ta faute, bien sûr. C’est toi qui a invité ce putain de silence entre nous. Marco se tourna vers Jean. Ce dernier voulait baisser les yeux. Il les savait rempli d’une peine qu’il n’était pourtant pas légitime à porter. C’était à cause de lui qu’ils en étaient arrivé là. Il avait été l’acteur de son propre malheur. Comment osait-il l’afficher devant celui qu’il avait blessé ? Marco devait être outré. Il reprit pourtant : — Ma faute, aussi. Pour l’avoir laisser s’enraciner. Tu t’es barré à l’autre bout du pays mais je pensais que tu reviendrais. Ou que tu chercherais à me contacter, au moins. Les semaines, les mois ont passé et ça devenait de plus en plus bizarre de t’envoyer un message alors que tu étais certainement passé à autre chose. J’ai fait l’erreur de t’attendre, par fierté sans doute, alors que j’aurais pu – que j’aurais dû – faire le premier pas moi-même. Et pour ça, je suis dé- — Arrête, le coupa Jean. Ne dis pas n’importe quoi. Tout est de ma faute. Tout depuis le début. J’aurais pas dû partir comme ça, si tu savais comme je m’en suis voulu ! Je voulais qu’on en parle, et je me voulais qu’on se voit pour en parler parce je savais que je me défilerais si je ne t’avais pas face à moi, mais je retardais le moment de venir et j’ai fini par me dire que c’était trop tard, que j’avais tout gâché. Je voulais m’excuser mais j’avais peur de ta réaction, et même si c’est pas une excuse sache que je suis vraiment, vraiment désolé pour tout et- — Pour m’avoir ghosté ou pour m’avoir embrassé ? Jean fut pris de court. Il s’apprêtait à bafouiller qu’il était désolé pour les deux, parce qu’il s’était toujours persuadé que Marco lui en voulait pour les deux. Mais là, ce soir, il en était soudain moins sûr. — Tu crois que j’attends quoi depuis cinq ans ? Des excuses ? Quoi d’autre, sinon des excuses ? Soudain, Jean eut l’impression d’ouvrir les yeux. Comme s’il avait planché trop longtemps sur un problème, au point d’oublier que la solution se trouvait sous son nez depuis le début. Ils se sentit terriblement bête. Mais la lueur d’espoir qu’il avait entraperçu lui avait donné un peu de courage. Devant lui, Marco s’était tourné pour poursuivre sa route. Sans attendre Jean. Il ne l’attendrait plus. Sil ne voulait pas le perdre pour toujours, Jean devait agir maintenant. Il lui courut après, lui attrapa l’épaule d’une main, la nuque de l’autre, et l’embrassa pour la seconde fois. Marco aurait pu le repousser. Il aurait pu le gifler, l’insulter. Il aurait pu lui dire que ça ne changeait rien. Jean l’aurait compris. Il se serrait jeté à ses pieds, il l’aurait supplié de lui donner une autre chance. Il l’aurait attendu dehors dans le froid, toute la nuit, toute la vie s’il le fallait. Mais Marco ne le repoussa pas. Au contraire, il le serra contre lui, refusant de le lâcher. Il ne prendrait plus le risque de le voir s’éloigner.
> prompt : tempête de neige > données : 13 décembre 2025, 1 700 mots
Les flocons tombaient par milliers au-dessus d'eux. Jean tenait fermement les rennes de son cheval, l'encourageant à poursuivre sa route. Avec toute cette neige, le pauvre peinait à avancer. Ses sabots glissaient régulièrement sur le sol rendu boueux. Jean leva un regard inquiet vers le ciel. Le jour était déjà en train de décliner. Lorsque la nuit tomberait sur la forêt, il lui serait encore plus difficile de se repérer. Le jeune homme réalisa qu'il ne parviendrait pas à rentrer chez lui ce soir. Ce n'était pas réalisable dans ces conditions. Il ferait mieux de reprendre sa route le lendemain matin, une fois la tempête passée. Seulement, la forêt qui séparait le village de sa petite maison ne comptait que très peu d'habitants ; de rares marginaux qui recherchaient justement la solitude. Il existait bien quelques masures abandonnées dans les parages… Mais Jean avait bien des difficultés à s'orienter dans ce blizzard blanc. Il ne pouvait qu'avancer et prier pour trouver un abri décent. Le soleil ne tarda pas à disparaître pour de bon. Comme Jean l'avait craint, il était impossible de se repérer. Dans l'obscurité, tous les chemins enneigés se ressemblaient. Le jeune homme se sentit acculé. Il devait rester calme pour ne pas affoler sa monture. Mais après une série de gestes maladroits, son cheval trébucha contre une racine dissimulée. Jean mit aussitôt pied à terre. L'animal s'était probablement foulé une patte arrière. Il pouvait encore marcher, mais il boitait légèrement. Sa blessure risquait de s'aggraver rapidement en l'absence de soins. Jean se résigna à marcher en tenant les rennes dans ses doigts frigorifiés. Tout en progressant difficilement, le jeune homme scrutait fébrilement les alentours. Passer la nuit dans cette tempête les condamnerait à une mort certaine. Trouver un abri était leur dernier espoir. Et toute cette neige qui l'empêchait de distinguer quoi que ce soit dans le noir... Seule la lune était encore visible, devant lui... Jean plissa les yeux. La lune ne devrait-elle pas être plus haut, dans le ciel ? à bien y regarder, cette lueur n'avait pas tout à fait la bonne couleur. Jean sentit son cœur s'emballer. S'il y avait de la lumière, il y avait probablement de la vie. Sans plus hésiter, il s'engagea en direction de cette lueur. Le chemin lui parut sans doute beaucoup plus long qu'il ne l'était réellement ; d'autant plus qu'il tirait avec lui son cheval blessé. Mais après d'interminables minutes, Jean put distinguer les contours de ce qui semblait être une imposante bâtisse. Plus il s'approchait, plus l'endroit lui sembla gigantesque. Ce qu'il avait d'abord prit pour un manoir pourrait tout aussi bien être un petit château ou une ancienne église. Dans le noir, il ne pouvait être certain de rien. Quoi qu'un peu intimidé, Jean s'avança malgré tout jusqu'à la grande porte en bois massif. Il abattit son poing dessus à de nombreuses reprises, priant pour qu'on l'entende à travers le raffut du vent. Alors qu'il commençait à perdre espoir, l'un des battants sembla s'ouvrir sous son poids. Jean s'engagea immédiatement à l'intérieur. Il fit rentrer son cheval avant de refermer la porte derrière lui. Le jeune homme se laissa glisser au sol dans un soupir de soulagement. Il venait probablement d'échapper à un destin des plus funestes. Tandis qu'il se remettait de ses émotions, Jean observa les lieux. Il s'agissait, à n'en pas douter, d'une demeure des plus somptueuses. Le hall d'entrée était immense ; il était, à lui seul, plus grand que sa propre maison. Un escalier de marbre permettait de se rendre à l'étage supérieur. Mais en dépit de sa grandeur, l'endroit paraissait désert. Des feuilles jonchaient le sol poussiéreux. Par précaution, Jean inspecta rapidement les pièces du rez-de-chaussée. La cheminé était vide. Aucune chandelle n'était allumée. Jean ne croisa personne ; pas même une souris. Il hésita à visiter les étages, par curiosité, mais la fatigue le découragea. Il retourna dans le hall, où son cheval s'était déjà couché pour se reposer. Jean décida de l'imiter. Il dégota un fauteuil plutôt confortable dans lequel il s'installa, les jambes remontées contre son torse, avant de s'endormir. Lorsqu'il s'éveilla, le lendemain matin, Jean avait le corps tout engourdi. Encore à moitié endormi, il étira ses jambes et ses bras. La couverture qui recouvrait son corps glissa au sol. Jean la contempla pendant de longues secondes, l'air hébété. Il n'avait pas le souvenir de s'être couvert de la sorte avant de s'endormir... Pris d'un étrange pressentiment, Jean regarda machinalement autour de lui. La première chose qui le frappa, ce fut l'état de son cheval. Un bandage propre entourait sa patte blessée. — Mais... souffla-t-il avec surprise. Qui t'a soigné ? La seconde chose qui retient son attention, ce fut la longue table devant lui. Avant de s'endormir, la veille, il était absolument certain que celle-ci se trouvait vide ; et poussiéreuse, de surcroît. La vision qui s'offrait désormais à Jean était bien différente. Sur cette même table, soigneusement nettoyée, de nombreux plats emplis de denrées avaient fait leur apparition. Il y avait là des potages, de la volaille, des fruits d'hiver et des pâtisseries par dizaines. Les yeux de Jean s'écarquillaient un peu plus chaque seconde. Mais d'où pouvait bien venir toute cette nourriture ? En temps normal, l'arrivée d'un tel repas aurait dû le réveiller. Il avait le sommeil suffisamment léger pour que le cliquetis de la vaisselle mette ses sens en alerte. à moins que la personne ayant apporté tout ceci s'est exécutée dans un silence religieux... Jean contempla encore le festin qui s'offrait à lui. Une telle hypothèse paraissait tout de même improbable. Seulement, aucune autre explication ne lui vint. Jean ne se considérait pas comme quelqu'un de superstitieux, mais pour la première fois de sa vie, il envisagea la possibilité d'une intervention surnaturelle. Après tout, il avait atterri dans un endroit reculé, une ancienne bâtisse, un château abandonné où des forces mystérieuses pouvaient se révéler... Mais Jean n'y croyait guère. Alors qu'il observait toujours la table devant lui, son ventre se mit à gargouiller. S'il n'écoutait que son estomac, Jean se serait jeté sur la nourriture sans plus tarder. Pourtant, il n'en fit rien. Le mystère autour de la provenance de toute ces denrées l'intriguait au plus haut point. On les avait visiblement placées à cet endroit afin d'attirer son attention. Mais cela signifiait-il pour autant qu'il avait le droit de se servir ? Il pouvait s'agir d'une invitation comme d'un test... Dans le doute, Jean choisit de ne toucher à rien. Sa curiosité l'emporta sur sa faim. Il fit, une fois de plus, le tour des pièces du rez-de-chaussée. N'y découvrant rien de plus que la veille, il décida de monter l'escalier de marbre afin d'inspecter les étages supérieurs. Jean déambula à l'aveugle, ce qui ne l'aida guère à se repérer. Il visita de nombreuses chambres, ouvrit d'innombrables portes, longea des couloirs, tomba sur de gigantesques salles vides... Jean finit presque par se perdre dans ce dédale de pièces. Par chance, à force de marcher dans tous les sens, il finit par retrouver son chemin jusqu'à l'escalier principal. Jean soupira tandis qu'il descendait les marches. Il n'avait, finalement, croisé personne dans ce château. Sa petite inspection ne s'était pas révélée très concluante. Le mystère qui entourait ces lieux restait donc entier... Les pas du jeune homme le conduisirent de nouveau jusqu'à la table qu'il avait boudé. Son regard s'attarda sur une belle terrine de viande... Jean secoua la tête pour en chasser les pensées gourmandes. Il n'osa pas avaler ne serait-ce qu'un verre d'eau. Il soupira, s'apprêtant à faire demi-tour. — Pourquoi ne mangez-vous pas ? lui demanda-t-on soudain, d'une toute petite voix. Jean sursauta. Ses yeux fouillèrent les environs, à la recherche de la personne qui venait de lui parler. Au premier coup d’œil, il ne parvint pas à la trouver. Où se cachait-elle donc ? — Le repas ne vous convient-il pas ? s'inquiéta de nouveau la voix. — Au contraire ! Tout semble très bon. C'est juste que… Jean avait beau regarder autour de lui, il ne voyait toujours personne. Remarquant son manège, son interlocuteur finit par se montrer. Il s'agissait d'un jeune homme aux cheveux bruns et aux taches de rousseur. — Êtes-vous le propriétaire des lieux ? s'enquit Jean. — Pas vraiment, mais j'habite bien ici. Les vrais propriétaires sont partis depuis longtemps. Je ne suis que Marco, le fils du précédent majordome. — Je m'appelle Jean. J'en déduis que vous êtes également celui qui s'est occupé de mon cheval. Je vous en remercie beaucoup. — Il n'y a pas de quoi. Mais… N'allez-vous vraiment pas manger ? poursuivit Marco, en désignant la table d'un geste du menton. — Eh bien... Puis-je vraiment ? L'idée de me servir sans en avoir reçu la permission m'indisposait. Et puis, l'apparition soudaine de toute cette nourriture m'a quelque peu déstabilisé. J'ignorais si j'étais entré chez une sorcière ou chez une fée, plaisanta Jean. — Oh ! Je vous prie de m'excuser pour la confusion. Je… Je ne reçois pas beaucoup de visiteurs. Jean observa Marco, qui prenait soin de rester à bonne distance de lui, à moitié dissimulé derrière le renfoncement où il s'était caché. En dépit de ce comportement intriguant, le jeune majordome ne semblait pas animé de mauvaises intentions… Était-il tout simplement timide ? Jean se surprit à sourire. — Dans ce cas, accepteriez-vous de manger avec moi ? — Plaît-il ? répondit Marco, qui n'était pas sûr d'avoir bien entendu. — Je ne mangerais que si vous mangez aussi. Après tout, si vous êtes une sorcière, vous avez peut-être ensorcelé la nourriture… Si vous êtes une fée, en revanche, je n'ai pas de soucis à me faire. Marco comprit que son invité ne faisait que poursuivre la plaisanterie qu'il avait lancée plus tôt. Jean ne cherchait probablement qu'à rendre la situation plus agréable en brisant la glace entre eux. Après tout, il était un peu étrange de manger seul sous le regard de quelqu'un d'autre. Marco hésita encore quelques secondes avant d'acquiescer. Il quitta sa cachette, s'avança vers la table, et s'assit sur la chaise que Jean tira à son attention. Celui-ci s'installa juste en face de son hôte, un sourire amusé au visage. Le repas pouvait enfin commencer.
> prompt : cadeau de noël > données : 15 décembre 2025, 1 050 mots
Marco se réveilla en même temps que le soleil. Espérant gratter quelques minutes de sommeil, il tourna le dos à la fenêtre et se rapprocha de celui qui partageait son lit… mais trouva la place vide. Marco ouvrit de petits yeux qui lui confirmèrent l’absence de Jean. Était-il parti aux toilettes ? Rechignant à quitter le confort de ses draps, Marco ne se précipita pas. Moins de deux minutes plus tard, il entendit la porte grincer. Croyant qu’il dormait toujours, le nouveau venu se fit discret. Marco attendit qu’il soit à portée de bras pour l’attraper. Jean poussa un cri. Il retomba contre le matelas, prisonnier du poids de Marco qui avait enfoui son visage dans son cou. — Déjà réveillé ? s’étonna celui-ci d’une voix pâteuse. Jean était un très gros dormeur. À moins d’y être obligé par un impératif de la plus haute importance, il ne se réveillait jamais avant Marco. Alors le voir debout avant dix heures le matin de Noël, c’était franchement surprenant. Et Marco n’était pas au bout de ses surprises. — Et déjà habillé ?! Qui êtes-vous et qu’avez-vous fait de mon Jean ?! — T’abuses ! ria Jean. C’est Noël quand même ! Je ne vais pas passer ma journée au lit ! Ces mots étrangement pleins de bon sens étonnèrent encore un peu plus Marco. Jean avait vraiment l’air de très bonne humeur ce matin, et cela le rendit légèrement suspicieux. Il sonda les yeux ambre de son copain, mais n’y trouva rien d’autre qu’un enthousiasme un peu plus prononcé que d’ordinaire. Rien d’étrange à cela ; c’était Noël, après tout. Marco vola quelques baisers à Jean avant de suivre son exemple et de sortir du lit. Un quart d’heure plus tard, il était lui aussi douché et habillé. Il rejoignit Isaac, son grand frère, qui prenait son petit déjeuner dans la salle à manger. — Ah ! Je ne pensais pas te voir aussi tôt, vu ce que tu t’es enfilé hier soir. — J’ai… un peu mal à la tête… mais ça va… Si tu pouvais juste… éviter de parler trop fort… Depuis le canapé où il lisait un manga, Siméon, leur plus jeune frère, était mort de rire. — Maman aussi a une sale tête. Je crois qu’elle est retournée se coucher. Marco se tartina de confiture une tranche de brioche. — Au fait, vous avez vu Jean ? Figurez-vous qu’il était réveillé avant moi ce matin, et là, je ne sais pas où il a filé ! — Je crois qu’il est parti chercher la bûche avec Papy, répondit Siméon, l’air de rien. — C’est fou, il ne tient plus en place depuis qu’on est arrivé. Car à bien y penser, Marco avait perdu Jean de vue plus d’une fois au cours des derniers jours. Comme il était entouré du reste de sa famille, il ne s’en rendait souvent compte qu’en le voyant réapparaître. Ses disparitions n’étaient après tout jamais bien longues ; une heure par-ci, une autre par-là, et il avait toujours une excuse toute bête à lui donner. Marco se faisait peut-être des idées. Il n’empêche que, lorsqu’il croisa enfin son copain dans le couloir, il ne manqua pas de le coincer contre le mur. Jean glissa ses bras par-dessus ses épaules avec un sourire coquin. Marco s’efforça de ne pas se laisser déconcentré, et le dévisagea avec un peu plus d’attention que ce matin. Son ton fut sans appel : — Toi, tu as la tête de quelqu’un qui prépare quelque chose. — Toujours. Là, par exemple, j’ai très envie de t’embrasser. — Certes, concéda Marco, mais il y a autre chose… Ils se jaugèrent du regard un moment. Ils auraient sans doute fini par s’embrasser dans le couloir si Siméon n’était pas venu les interrompre : — Stop ! Mamie a dit qu’on pouvait ouvrir les cadeaux, alors vous vous bécoterez plus tard ! Marco songea que ce n’était que partie remise. Ils rejoignirent le salon où tout le monde s’était réuni. Comme chaque année, ce fut leur grand-père qui se chargea de distribuer les cadeaux au fur et à mesure. Sans que Marco ne le remarque, il veilla à garder un paquet en particulier pour la fin. Ce ne fut qu’une fois que tout le monde eut ouvert ses cadeaux qu’il fit mine de remarquer celui qui restait sous le sapin. — Tiens, il en reste un pour Marco ! Le jeune homme ouvrit ainsi son dernier cadeau sous les yeux curieux de sa famille. À l’intérieur, il y trouva un genre de collier en cuir. Il fronça les sourcils. — Euh… Qu’est-ce que c’est ? — Ah ! fit Jean. C’est de moi. Marco le vit qui revenait d’il ne savait trop où, une boîte recouverte de papier cadeau entre les mains et un grand sourire sur les lèvres. Mais qu’est-ce qu’il fabriquait ? Et pourquoi tout le monde le regardait comme ça ? Marco regarda encore le collier qu’il venait d’ouvrir, puis la boîte que Jean posa à ses pieds. Soudain, une connexion se fit dans son esprit. Il dévisagea Jean, les yeux grands ouverts. — Tu n’as quand même pas… La boîte bougea. Bon sang, la boîte bougea. Marco souleva le couvercle. Doucement. Il tomba alors sur un tout jeune cocker au pelage tout noir qui poussa un petit glapissement. Il était tellement mignon que Marco se mis à pleurer. Il avait toujours voulu un cocker. Il en avait déjà parlé à Jean, mais il ne s’attendait pas à ce que son copain le retienne… et encore moins à ce qui lui en mette un sous le nez ! — Mais- Mais d’où il sort ? parvint-il à bégayer. — Une amie a recueilli une chienne enceinte qui a mis bas y’a trois semaines. J’ai sauté sur l’occasion quand j’ai vu qu’elle cherchait à les faire adopter. Je l’ai récupéré y’a cinq jours, donc il a fallu s’organiser pour s’en occuper dans ton dos… Pendant ce temps, le chiot essayait de grimper hors de la boîte. Mais avec ses toutes petites pattes, il n’arrivait pas à atteindre le bord. Marco approcha sa main tremblante ; le chiot la renifla vivement en bougeant sa petite queue dans tous les sens. Jean se pencha vers Marco. — Alors, il te plaît ? Marco passa un bras autour de son cou et l’attira contre lui. Il le serra fort, très fort. — Je t’aime putain, lui murmura-t-il à l’oreille.
> prompt : boule de neige > données : 17 décembre 2025, 1 270 mots
La sonnerie retentit dans toutes les classes du lycée Sina. À l'image de ses camarades, Marco rangea soigneusement ses affaires dans son sac. Armin, l'un de ses bons amis, l'attendait déjà dans le couloir. Tous deux se dirigèrent vers les escaliers afin de descendre les quatre étages qui les séparaient du rez-de-chaussée. Leur prochain cours se déroulait dans un autre bâtiment, ce qui les obligeait à sortir dehors et à traverser la cour intérieure. Lorsqu'il poussa la porte, Marco sentit un vent froid frapper son visage. Ce lundi matin de décembre aurait été des plus ordinaires si la neige n'avait pas décidé de tomber à gros flocons. Par conséquent, l'entièreté de la cour semblait recouverte d'une couverture blanche de quelques centimètres de hauteur. À l'heure de la courte récréation du matin octroyée aux élèves, bon nombre d'entre elleux étaient sortis pour en profiter. Peu importait l'âge ; toutes les occasions étaient bonnes pour fabriquer un bonhomme de neige ou pour se lancer des boules de neige. En ce qui les concernait, Marco et Armin souhaitaient se réfugier au plus tôt dans le bâtiment opposé et dénicher un radiateur à peu près opérationnel qui pourrait les réchauffer jusqu'à la fin de la récréation. Mais pour cela, ils devaient réussir à traverser la cour, qui était devenue un véritable champ de mines. Entre le sol rendu glissant sous leurs pieds et les boules de neige qui fusaient de tous côtés, le chemin s'avérait semé d’embûches. Bien que peu rassurés, les deux lycéens s'engagèrent néanmoins sur le champ de bataille. Ils avancèrent lentement, mais prudemment. Marco prenait garde à l'endroit où il posait chacun de ses pas. S'écraser lamentablement au sol devant le reste du lycée ne faisait pas partie de ses projets pour cette fin d'année. De manière générale, Marco était de celleux qui n'aimait pas attirer l'attention des autres... — Attention ! s'éleva soudain la voix de son ami. Armin le tira juste à temps pour éviter une boule de neige, qui passa à quelques centimètres de sa tête. Le projectile avait été lancé dans son dos, mais Marco ne se retourna pas pour essayer de l'identifier. En revanche, les deux amis se trouvaient aux premières loges pour constater quelle fut la victime de cette attaque. Car après avoir évité de justesse Marco, la boule de neige heurta de plein fouet la nuque d'un autre garçon aux cheveux châtains, lequel était probablement sa cible première. Le principal intéressé se figea, probablement surpris par la désagréable sensation de l'eau gelée qui s'introduisait sous son col. Son visage se tourna, tel au ralenti, vers l'endroit d'où provenait la fichue boule de neige qui venait de s'éclater contre lui. Son regard croisa celui de Marco, qui eut alors tout le loisir de reconnaître Jean, un garçon plutôt populaire et réputé pour être un peu impulsif sur les bords. Un frisson traversa le corps de Marco, qui eut comme un mauvais pressentiment... — Pourquoi est-ce qu'il me regarde comme ça ? chuchota-t-il à l'attention d'Armin. En effet, Jean ne l'avait pas lâché des yeux. Ses sourcils froncés n'aidaient pas à adoucir les traits de son visage qui semblaient profondément fermés. Quant à la lueur déterminée qui brillait dans ses prunelles ambre, Marco doutait fortement qu'elle soit de bonne augure... — À mon humble avis... Il doit penser que tu es l'auteur de cette boule de neige. — Quoi ? Mais pas du tout ! s'affola Marco. Le coupable est derrière moi... Le garçon jeta un coup d'œil en arrière, espérant dénicher rapidement le dit individu... L'entreprise s'avéra plus difficile que prévue. Évidement, personne ne se trouvait derrière lui avec une boule de neige en main, prêt à attenter une seconde attaque. Marco se trouvait bien embêté. Comment allait-il donc prouver son innocence ? De son côté, Jean faisait déjà un pas en avant dans sa direction... — Tu n'aurais pas une idée géniale pour me tirer de là, à tout hasard ? — Non, regretta Armin. Je n'ai qu'un conseil... Tu devrais peut-être courir. Au vu de la lueur dangereuse qui brillait dans les yeux de Jean, Marco n'hésita pas longtemps. Suivant les précieuses recommandations de son ami, il prit ses jambes à son cou. Tout du moins, il essaya. En effet, la présence de toute cette neige n'était pas vraiment propice à une fuite en bonne et due forme. Le pauvre garçon s'efforça donc d'avancer le plus rapidement possible sur le sol à moitié gelé. Rassuré d'être arrivé devant la porte du bâtiment opposé en un seul morceau, il risqua un coup d'œil par dessus son épaule qu'il regretta bien vite. Sans surprise, Jean se trouvait à quelques mètres seulement de lui. Le sang de Marco ne fit qu'un tour alors qu'il s'engouffra à l'intérieur. Il monta immédiatement les escaliers, puis s'engagea dans un couloir au hasard, bien décidé à se dénicher une cachette. Ce plan infaillible se retourna contre lui lorsque Jean le rattrapa, quelques secondes plus tard, en le plaquant contre le mur. Les deux garçons se trouvaient dans un couloir désert, dissimulés par un renfoncement. Leurs chances de se faire surprendre par d'autres élèves se rapprochaient donc de zéro, au grand désespoir de Marco qui voyait déjà sa vie défiler devant ses yeux. Face à lui, Jean reprenait son souffle. Son prisonnier en profita pour tenter de s'expliquer. — Je t'assure qu'il y a vraiment erreur sur la personne ! Ce n'était pas moi ! — Quoi, la boule de neige ? fit Jean. Je sais que tu n'es pas celui qui me l'a lancée. Marco ne s'attendait certainement pas à cette réponse qui le laissa d'abord sans voix. — C'était probablement ce satané Jaeger, poursuivit Jean. Je compte bien lui faire payer cet affront au centuple. — Mais... Mais dans ce cas, pourquoi m'avoir regardé ainsi ? Et pourquoi m'avoir poursuivi jusqu'ici ? — En fait, je voulais... J'espérais pouvoir te parler de... de tout autre chose. Jean semblait soudain beaucoup moins sur de lui. À la grande surprise de Marco, sa voix se fit toute petite alors qu'il marmonnait des paroles incompréhensibles. Un peu perdu, le garçon l'encouragea à s'exprimer plus fort. — J'ai un énorme crush sur toi ! avoua soudain Jean. Alors sors avec moi s'il te plaît ! La bombe qu'il venait de lâcher mit un certain temps avant de monter jusqu'au cerveau de Marco, dont le visage se teinta immédiatement de rouge. Jean venait-il vraiment de se confesser à lui ?! Tout cela avait-il seulement un sens ?! Il songea d'abord à une mauvaise blague, mais l'expression du garçon qui lui faisait face semblait indiquer tout le contraire... — Je- Je ne suis pas sûr de comprendre, avança-t-il prudemment. C'est à peine si on se connaît... — Peu importe. Lorsque je t'ai vu pour la première fois, il y a quelques mois... Ce fut le coup de foudre, lui révéla Jean. Je- Je n'osais pas t'approcher. Mais tout à l'heure, nos regards se sont croisés, et mon corps a réagi par instinct. Marco était un peu plus ébahi à chaque seconde. Il paniqua d'autant plus lorsqu'il réalisa que Jean attendait certainement une réponse de sa part ! En toute logique, Marco n'avait qu'à refuser poliment cette déclaration. Il n'avait pas échangé plus de trois phrases avec ce garçon dans toute sa vie ! Et pourtant... Marco se surprit à hésiter. Après tout, le Jean qui lui faisait face se révélait bien différent de celui qu'il pensait connaître. Avec ses joues rouges, ses yeux suppliants et ses mots bafouillés, il était même plutôt mignon... Marco déglutit lentement. — Eh bien, je... Une relation amoureuse serait probablement prématurée... Mais on pourrait peut-être commencer par devenir amis et... apprendre à se connaître ?
> prompt : casse-noisette > données : 19 décembre 2025, 1 900 mots
Depuis le canapé où il s’était enfoncé, Jean contemplait le sapin d’un air absent. Tout autour de lui, ses petits cousins et ses petites cousines couraient en tous sens, incapables de tenir en place. Leurs rires résonnaient entre les murs du salon. Jean leur enviait leur enthousiasme et leur insouciance. Il aurait aimé rejoindre leur joyeux capharnaüm, mais pour une raison qui lui échappait, il n’y arrivait pas. Il se sentait un peu patraque cette année. Sa grand-mère attribuait son humeur morose à l’absence de sa mère, qui travaillait à l’hôpital en ce soir de réveillon. Jean ne niait pas qu’il aurait préféré qu’elle soit là, mais il ne pouvait s’empêcher de penser qu’il y avait derrière sa déprime un petit quelque chose d’autre qu’il avait plus de mal à verbaliser. Jean avait dix-sept ans bien passés. Cela faisait déjà dix bonnes années qu’il ne croyait plus au Père Noël et, comme d’autres avant lui, il s’en était accommodé. Mais il réalisait aujourd’hui que les fêtes de fin d’année, qui le faisaient autrefois rêver, n’avait plus tout à fait la même saveur. Alors voilà ; la magie de Noël lui manquait. En observant ses petits cousins et ses petites cousines qui s’amusaient comme des fous, il se sentait un peu jaloux et ne savait trop quoi en penser. On sonna à la porte d’entrée. Celle-ci s’ouvrit juste assez longtemps pour laisser se faufiler un vent d’hiver glacial et un vieux monsieur. C’était le grand-père de Jean qui, chaque année, renfilait son costume rouge, son bonnet à pompom et sa fausse barbe blanche pour faire plaisir à ses arrières petits enfants. Tous et toutes se précipitèrent vers lui. — Les cadeaux ! Les cadeaux ! Les cadeaux ! chantonnaient-iels de concert. Le Père Noël commença sa distribution. Le salon ne tarda pas à se retrouver envahi de papier cadeau à moitié arraché et de jouets toujours plus colorés. Jean ouvrit soigneusement ses propres présents et adressa ses remerciements avec un sourire poli, quoi qu’un peu distant. Alors qu’il pensait en avoir vu le bout, on tapota sur son épaule. Jean tourna la tête vers son grand-père – toujours déguisé – qui lui tendait un petit paquet rectangulaire. — Celui-ci est de ma part. Jean défit l’emballage. Il y trouva une modeste boite en bois et, à l’intérieur de celle-ci, une figurine en bois délicatement peinte. Jean fronça les sourcils. Cela ressemblait un peu à… — C’est un casse-noisette, le devança son grand-père. — Vraiment ? Il a l’air un peu… différent des autres casse-noisettes. Jean pensait aux modèles décoratifs bien répandus dans le commerce qui représentaient des vieux monsieurs, barbus et moustachus, dans leur plus bel uniforme militaire. Mais le casse-noisette qu’il avait sous les yeux ne présentait aucune de ces caractéristiques. Il portait un pantalon kaki ordinaire, un pull rouge d’où dépassait le col blanc d’une chemise et un bonnet de la même couleur enfoncé sur des cheveux bruns. Pas de barbe ou de moustache à l’horizon ; le visage du casse-noisette, parsemé de taches de rousseur, paraissait au contraire presqu’enfantin. — Bien sûr qu’il est différent, répliqua son grand-père. Je l’ai fait moi-même ! À ces mots, Jean posa un tout autre regard sur son cadeau. Son grand-père était ébéniste, autrefois. Fut un temps où il fabriquait régulièrement des jouets pour les offrir à ses enfants, puis à ses petits-enfants. Mais le passage du temps avait rendu ses mains moins habiles, et cela faisait des années qu’on n’avait pas vu l’ombre d’une nouvelle création. — Merci beaucoup Papy. J’en prendrais soin, lui promis Jean. Le soir même, lorsque tout le monde partit se coucher après un long repas, Jean se retrouva seul dans le salon où il dormirait. Il posa son casse-noisette bien en évidence sur la table basse et, sans le quitter des yeux, s’allongea sur le canapé déplié. Ses paupières se firent lourdes. Quelque part au loin, des cloches sonnèrent les douze coups de minuit. Au même moment, Jean entendu comme une sorte de grattement. Il ouvrit les yeux. La première chose qu’il remarqua, ce fut l’absence de son casse-noisette sur la table. Songeant que celui-ci avait dû glisser et tomber quelque part, il se pencha au dessus du lit pour inspecter le sol. C’est alors qu’il tomba sur le spectacle le plus étrange qu’il ait jamais vu. Son casse-noisette se trouvait bien là, sur le tapis du salon, mais il n’était pas seul. Dans la pénombre, Jean distingua une dizaine de petites formes sombres qui couinaient ; c’étaient des souris. Le hurlement très aigu que Jean s’apprêtait à pousser resta coincé dans sa gorge. Un autre détail avait attiré son attention : les souris n’étaient pas les seules à s’agiter, son casse-noisette lui aussi bougeait. Plus étrange encore, il semblait être en train de se battre avec une petite épée contre la plus grosse des bestioles, qui ressemblait davantage à un rat qu’à une simple souris. Face à toutes ces bizarreries, Jean en conclu qu’il était tout simplement en train de faire un drôle de rêve. Il essaya d’abord de se pincer, mais ce fut sans succès. Il songea ensuite à se renformir, mais les bruits étouffés de tout ce beau monde l’en aurait empêché. Un peu agacé, il se redressa avec la ferme intention de mettre un terme à tout ce bazar, quitte à envoyer valdinguer le tapis. Ce n’était, de toute façon, qu’un fichu rêve. — C’est pas bientôt fini tout ce boucan ?! gronda-t-il. Le combat sembla s’interrompre. De minuscules têtes se tournèrent vers lui. Le gros rat se mit à couiner. On aurait dit qu’il essayait de lui dire quelque chose, mais Jean n’y comprenait rien. Il descendit du lit, manquant d’écraser certaines souris. Le rat couina plus fort en agitant devant lui une espèce de brindille. — Toi, décréta Jean, tu commences à me les briser. Soudain, une lumière sortit de sa brindille pour se diriger tout droit vers Jean. Il eut comme la tête qui lui tourna. Le monde autour de lui tangua. C’était comme si le plafond s’éloignait et que les meubles s’étiraient. Lorsqu’il se retrouva nez-à-nez avec l’énorme rat, Jean comprit que ce n’était pas le monde qui avait grandit ; c’était lui qui avait rapetissé. — On fait moins le malin, pas vrai ? ricana le rat. — Ah ça, je ne vous le fait pas dire… grommela Jean. Le rat fit un pas en avant. Ce que Jean avait prit pour une brindille était en réalité une sorte de sceptre – probablement magique – qu’il agitait devant lui tel une arme. Alors qu’il s’apprêtait à jeter un autre sort, une voiture fonça droit sur le rat qui valdingua sur quelques centimètres. Jean reconnu le cadeau de Noël de l’un de ses petits cousins qui avait dû l’oublier sous le canapé. Il tourna la tête et se retrouva cette fois-ci nez-à-nez avec son casse-noisette, qui faisait désormais la même taille que lui. — Tu vas bien ? s’enquit-il de sa bouche mécanique. — J’ai connu mieux, concéda Jean. Plus loin, le rat s’était déjà relevé. Le casse-noisette poussa Jean dans son dos, lequel ne s’en offusqua pas. Après tout, l’autre avait une épée et semblait savoir s’en servir. Il resta donc sagement en retrait. Jean n’y connaissait pas grand chose en matière d’escrime, mais face à une dizaine d’adversaires, il apparaissait évident que son casse-noisette était désavantagé, d’autant plus qu’il devait le protéger lui. Il se tourna justement vers lui pour lui crier : — Tu penses pouvoir grimper à la guirlande ? Jean avisa la guirlande qui pendait depuis la cheminée. Il ne s’était jamais considéré comme un bon grimpeur, mais c’était une situation de vie ou de mort, alors il allait faire de son mieux. Il commença son ascension et, rassuré de constater que la guirlande supportait son poids réduit, il s’éleva suffisamment haut pour décourager les souris qui essayaient de lui piquer le derrière du bout de leur lance. Au sol, son casse-noisette continuait d’affronter le rat, mais aussi la dizaine de souris qui avaient repris du poil de la bête. Cerné par ses opposants, son casse-noisette semblait en mauvaise posture. Il repoussa plusieurs souris et, profitant de cette ouverture, commença à grimper l’autre bout de la guirlande de la cheminée. Jean retint son souffle en voyant le rat tenter de lui asséner des coups avec son sceptre transformé en hache. Heureusement, son casse-noisette parvint à s’élever haut de sa portée. Le rat transforma alors de plus belle son sceptre, cette fois-ci en une arbalète qu’il dirigea droit sur sa cible. Une première flèche l’évita de peu. Elle partit se planter dans une boule de Noël qui éclata en mille morceaux sur le rat. Vexé, ce dernier ne se découragea pas pour autant. — Eh toi ! cria Jean. Le gros rat moche ! L’interpellé tourna son vilain visage de rongeur… et se prit le chausson que Jean avait lancé en plein sur son gros museau. Il tituba et tomba du haut du tas de bûches sur lequel il s’était hissé. La chute acheva de l’assommer. En voyant que leur chef était hors-jeu, les souris prirent la judicieuse décision de battre en retraite dans un trou de souris. Soulagé par cette vision, Jean relâcha sa vigilance. Il réalisa trop tard que son bout de guirlande avait dangereusement glissé le long du clou qui la maintenait. Quelques secondes plus tard, elle chuta pour de bon. Toujours accroché, Jean décrivit une courbe qui le conduisait tout droit vers son casse-noisette. — Attention ! Mais lui non plus ne réagit pas assez tôt pour empêcher la collision. Ils lâchèrent tous deux prise, s’agrippèrent mutuellement par réflexe et retombèrent fort heureusement sur le canapé, qui amortit leur chute. La frayeur couplée au choc avait toutefois suffit à leur faire tourner de l’œil. Ils restèrent donc ainsi – corps contre corps et membres emmêlés – pour le reste de la nuit. Jean s’éveilla au petit matin avec l’impression que quelque chose l’écrasait. Il ouvrit les yeux, et après quelques battements de paupière, parvint à distinguer ce qui était penché sur lui : des cheveux bruns, de grands yeux marrons, un pull rouge, un col blanc, et des taches de rousseurs. Des taches de rousseur absolument partout. Encore ensommeillé, Jean attrapa instinctivement ce visage entre ses mains pour l’observer de plus prêt. — Mais tu es… Rouge, le garçon en face de lui était un peu rouge. Réalisant soudainement leur proximité, Jean retira ses mains en rougissant à son tour. Le garçon se redressa aussitôt dans une position un peu plus convenable. Jean s’apprêtait à lui demander qui il était et comment il s’était retrouvé dans son lit, mais l’arrivée de sa grand-mère lui coupa l’herbe sous le pied. — Mais d’où sort ce garçon ? demanda-t-elle avec étonnement. Jean et le garçon en question se regardèrent, incapables l’un comme l’autre de répondre à cette question. Maintenant qu’il était réveillé pour de bon, Jean se rappelait d’un rêve un peu étrange qu’il avait fait… Une histoire de souris, de rat et de… Mon casse-noisette ! songea-t-il enfin. Mais la table du salon était vide. Son casse-noisette avait disparu, et un garçon lui ressemblant trait pour trait était apparu. Que diable s’était-il passé cette nuit ? — Et si on en discutait autour d’un bon petit-déjeuner ? Jean vit entrer son grand-père, qui lui adressa un clin d’œil espiègle. — Et Joyeux Noël ! Jean se retourna vers le garçon. Et il s’esclaffa. Il n’y comprenait rien, mais une chose était certaine ; c’était le Noël le plus magique qu’il avait jamais vécu.
> prompt : pôle nord > données : 21 décembre 2025, 1 540 mots
Jean ne savait plus où donner de la tête. Partout, il y en avait partout. La pièce tout entière croulait sous une montagne de jouets. Jean et ses collègues avaient beau les emballer à la vitesse de la lumière, il en arrivait toujours plus depuis le tapis roulant qui les reliait à la fabrique. C’était sans fin ! Il ne restait plus que quelques jours avant Noël et, comme chaque année, les lutins étaient tout simplement débordés. — Quand est-ce qu’iels arrêteront de passer commande à la dernière minute ?! vociféra Jean. Il avait beau râler non-stop depuis une semaine, il n’en trimait pas moins pour autant. Après tout, il était le lutin le plus rapide du Pôle Nord, celui qui emballait le plus de cadeaux chaque année. Il avait un titre à défendre ! Alors il viendrait à bout de tous ces jouets ! Parce qu’il n’avait peur de rien ! Jean redoubla d’effort, expédiant trois cadeaux en cinq secondes sous les yeux ébahis de ses collègues. Il était à bloc. Il se tourna, prêt à attraper le prochain jouet pour lui réserver le même sort et… il hurla. — Qu’est- Qu’est-ce que c’est que cette monstruosité ?! D’une main tremblante, Jean désigna le jouet qui venait d’arriver devant lui. Ses collègues s’approchèrent. Marco, qui était aussi l’un de ses très bons amis, fut le premier à ses côtés et le premier à voir ce qui l’avait effrayé. C’était un jouet ; un genre de peluche, pour être plus exact, avec un corps poilu, des oreilles pointues, un visage en vinyle, des yeux globuleux, un nez en triangle, un grand sourire malicieux et neuf dents pointues. — D’après l’étiquette, ce jouet est un Labubu, déclara Marco. — Un jouet ?! s’étrangla Jean. Mais ce truc est terrifiant ! Et laid ! — Quoi, t’aimes pas ? C’est vrai qu’il a un petit côté monstrueux, mais moi je le trouve plutôt mignon avec ses petites dents et ses petites griffes… — Tu délires ! Mais qui a commandé un truc pareil ?! — Eh bien… Beaucoup de monde, je crois. Marco invita Jean à relever la tête. Derrière la première peluche, sur laquelle Jean avait fait une fixette, il en arrivait des dizaines d’autres sur le tapis roulant de la fabrique. Jean devint tout blanc. D’où sortaient tous ces monstres ?! On aurait cru voir une invasion ! Depuis qu’il avait commencé à travailler à l’atelier du Père Noël, il en avait vu, des trucs bizarres. Jusqu’à présent, il avait pu supporter les jouets Monster Lab, les figurines Sony Angels, les jeux impliquant des boutons, des caries, des crottes de nez ou, pire encore, du slime. Mais les Labubu ? C’était la goutte de trop. Jean secoua la tête. — On ne peut pas laisser faire ça, déclara-t-il. Il faut les arrêter ! Pour la première fois de sa carrière, Jean abandonna son poste. Il allait rejoindre la fabrique de jouets et mettre un terme à la production de ces horribles peluches. Il fallait pour cela braver la marrée de Labubu qui ne cessait de croître, mais Jean serra les dents et, porté par l’adrénaline, il parvint à surmonter l’effroi que leurs affreux visages lui inspirait. La plupart de ses collègues s’étaient interrompus pour l’observer, l’air mi-inquiets, mi-admiratifs. Marco était le seul qui tentait encore de le raisonner. — Enfin, Jean, attends un peu ! Tu ne devrais peut-être pas… Jean aurait peut-être mieux fait d’y réfléchir à deux fois, en effet. Car lorsqu’il débarqua dans la fabrique de jouets, ce ne furent pas des dizaines, mais des centaines de Labubu qui avaient envahi la pièce. La production continuait sans relâche, mais les lutins avaient tous l’air affolés. Quelque chose clochait. Soudain, quelqu’un cria : — Au secours ! Les Labubu sont devenus incontrôlables ! Jean et Marco se précipitèrent vers des lutins qui s’étaient regroupés plus loin. — Mais enfin, qu’est-ce qu’il se passe ici ?! demanda Jean. — C’est terrible ! répondit un lutin. Eren a touché à la poussière magique du vieux ! Il en a fait tomber sur des Labubu qui ont pris vie ! Tous les regards se tournèrent vers le responsable, qui tenta de se défendre : — J’ai pas fait exprès ! Et puis, vous abusez ! Ce sont des peluches, bon sang, pas des Transformers ! Ç’aurait pu être pire ! — Sur le fond, il n’a pas tort, intervint Armin, le lutin responsable de la fabrique. La plupart des Labubu n’opposent pas une grande résistance. Le problème c’est… le Labubu géant. L’air grave, Armin pointa du doigt l’autre extrémité de la pièce. Entre les innombrables machines s’élevait la tête gigantesque d’un Labubu au corps tout aussi colossal. Jean manqua de faire une syncope. Le monstre, qui devait avoisiner les cent soixante centimètres, dépassait de loin la petite taille des lutins, dont les plus grands mesuraient au plus deux dizaines de centimètres. — Mais comment allons-nous faire pour terrasser un tel monstre ?! — Il va bien falloir trouver une solution ! temporisa Armin. Que tout le monde regarde aux alentours ce qui pourrait nous être utile ! Les lutins s’exécutèrent avec peine, car les Labubu prenaient de plus en plus de la place dans la fabrique, tant et si bien qu’on ne voyait plus qu’eux ! Après plusieurs minutes de recherche, Marco s’exclama : — Là ! Une catapulte ! Tous les lutins levèrent la tête. Le jouet Playmobil trônait fièrement en haut d’une montagne de Labubu. Armin ordonna à tout le monde d’y grimper. La catapulte avait l’air de fonctionner. — Est-ce que quelqu’un voit des projectiles ? — Non ! Il va falloir trouver une alternative ! Les lutins jetèrent un œil autour d’eux, mais tout ce qu’ils voyaient, c’étaient des Labubu à perte de vue. Les peluches étaient malheureusement trop grandes pour la catapulte ; il faudrait trouver autre chose. — Un lutin pas trop grand pourrait rentrer, non ? fit remarquer quelqu’un. La proposition était osée, mais vu l’état de la situation, ce n’était pas une si mauvaise idée. — Je propose d’envoyer Eren, fit un autre lutin. C’est de sa faute si on en est là. Sans surprise, tout le monde valida ce choix à l’unanimité. — Quoi ?! s’étrangla Eren. Mais c’est super dangereux votre affaire ! — Je n’y vois pas d’inconvénients, décida pourtant Armin. Tu as la tête solide. Et avec tout ces Labubu, tu ne risques pas de te faire mal en tombant. Notre adversaire est grand, mais si on arrive à t’envoyer dans l’un de ses yeux globuleux, ça devrait suffire à lui faire perdre l’équilibre. Maintenant, qui prendra la responsabilité de catapulter Eren ? — Jean va le faire, intervint Marco. Il est capable d’envoyer un cadeau tout en haut d’une pile sans en reverser un seul ! On peut dire qu’il a le compas dans l’œil. — Moi ?! s’étonna Jean. Je te rappelle que ce truc me fout la frousse ! — Tu voulais stopper les Labubu, pas vrai ? Eh bien c’est le moment ! Jean hésita. Armin plaça une main sur son épaule. Il lui confiait le sort de la fabrique. Pendant ce temps, leurs collègues avaient attrapé et ligoté Eren pour lui passer toute envie de s’échapper. Il était assis à la place du projectile, l’air fort mécontent – et un peu paniqué. Jean inspira un bon coup, et il prit les commandes. Il commença par donner plusieurs indications aux lutins qui se chargèrent d’orienter la catapulte dans la bonne direction. Selon les déplacements de leur cible, ils procédèrent à de minimes ajustements jusqu’à la dernière seconde. Il fallait attendre le bon moment. Soudain, Jean appuya sur le bouton. Le bras de la catapulte se redressa brusquement, et Eren s’envola. Il décrivit une courbe parfaite qui prit fin en plein dans l’œil gauche du Labubu géant. Eren tomba dans un grand cri, mais les lutins n’avaient d’yeux que pour le monstre qui couina, tituba et, enfin, trébucha. Quelques instants plus tard, il bascula en arrière et retomba au milieu des autres Labubu. Les lutins se prirent dans les bras. Le Labubu géant était vaincu ! On remercia mille fois Jean, qui n’était pas peu fier de sa performance. — Bien ! reprit Armin. Il va falloir remettre un peu d’ordre dans cette fabrique. Allons ligoter les Labubu rebelles restants ! Le Père Noël se chargera de leur rendre leur état normal à son retour. Cet incident nous a mis en retard, alors je compte sur vous pour que tout le monde soit de retour à son poste dans les plus brefs délais ! Les lutins se dépêchèrent d’obéir. On ne rigolait pas avec les ordre d’Armin ! Il se tourna vers Jean et Marco : — Cela vaut pour vous aussi. Tous ces Labubu ne vont pas s’emballer tous seuls ! À ses mots, Jean sentit son sourire se crisper. — Comment ça, tous ? Je croyais que la production s’était emballée à cause de l’incident… — Oh ! La situation aurait été bien plus catastrophique si ça avait été le cas. Mais non, il n’y a aucune erreur ; tous ces Labubu ont bien été commandés ! Cette fois-ci, Jean se sentit partir. Marco le rattrapa avant qu’il ne touche le sol, mais c’était trop tard ; il avait déjà tourné de l’œil. À mon réveil, se dit-il, je pose un arrêt maladie.
> prompt : père noël > données : 23 décembre 2025, 1 070 mots
Jean traversa la porte tournante automatique qui permettait d’accéder à la galerie commerciale. Il fut accueilli par un air chaud qui fit du bien à ses extrémités engourdies par le froid. À deux pas de lui, son petit cousin trottinait avec entrain. — Donne ta main, Léo. Ta mère va me zigouiller si je te perds. — Non ! refusa le garçon. Je veux pas. Je suis plus un bébé ! Jean insista, parce qu’il y avait beaucoup de monde dans la galerie. C’était la semaine de Noël, alors les magasins étaient bondés de gens venus faire des emplettes de dernière minute. Pour une fois, Jean avait acheté tous ses cadeaux en temps et en heure. S’il était ici, c’était parce que sa mère l’avait envoyé acheté du pain d’épice, de la tisane, des chocolats et pleins d’autres bricoles qu’elle avait notées sur une liste. Et puisque Léonard avait de l’énergie à revendre, sa cousine en avait profité pour l’accompagner. Or, à peine arrivée sur le parking, Claire s’était pris le bec avec une autre automobiliste qui convoitait la place qu’elle avait habilement chipée. Connaissant le tempérament explosif de sa cousine, Jean s’inquiétait moins pour elle que pour l’autre femme. Il serait bien resté pour assister à ça, mais ç’aurait probablement été une mauvaise idée de laisser Léonard entendre sa mère débiter autant d’insultes. Il avait donc signifié à Claire qu’il emmenait le petit à l’intérieur et qu’elle n’aurait qu’à les rejoindre quand elle aurait fini. Jean prenait cette mission de surveillance très au sérieux, mais ce petit chenapan faisait mine de ne pas voir la main qu’il lui tendait. Léonard était beaucoup plus intéressé par les illuminations et les décorations de Noël, ce qui pouvait se comprendre à son âge. Il ne tenait plus en place et trottinait de vitrines en vitrines qu’il touchait de ses petites mains. Jean faisait de son mieux pour ne pas le quitter des yeux. Et ce qui devait arriver arriva : Léonard, qui ne regardait pas où il allait, se retrouva dans les pattes d’un passant. Le garçon fut involontairement bousculé. Il allait tomber en avant lorsqu’une main attrapa sa capuche, le souleva un peu en l’air et le remit sur ses pieds. Léonard se retourna, tout penaud. Mais alors qu’il s’attendait à voir le visage fâché de Jean, il se retrouva nez-à-nez avec le Père Noël ! La mâchoire lui en tomba. — Que d’énergie ! s’exclama son sauveur. Mais fais un peu plus attention où tu mets les pieds, d’accord ? Ce serait bête de se faire mal avant Noël ! Incapable de faire fonctionner sa langue, Léonard acquiesça. Les paroles du Père Noël ayant beaucoup plus de poids à ses oreilles, il tendit immédiatement la main à Jean qui s’était rapproché. — Merci beaucoup. La prochaine fois, je penserai à mettre une barbe pour qu’il m’écoute ! plaisanta Jean. Il se passa alors quelque chose de très bizarre. D’abord, le Père Noël sembla se pétrifier au son de sa voix. S’étonnant de ne pas entendre le moindre rire à sa remarque – sa blague était si mauvaise que ça ? – Jean releva la tête. Son regard accrocha celui du Père Noël… qui baissa aussitôt les yeux. Il balbutia alors d’une voix un peu trop aiguë : — Il… Il n’y a pas de quoi ! Bonne journée à vous ! Et il tourna les talons d’un air drôlement pressé. Jean fronça les sourcils. Avait-il dit quelque chose qu’il ne fallait pas ? Au point de faire s’enfuir un Père Noël ? Jean n’avait croisé son regard qu’une fraction de seconde, mais il avait bien vu de la panique dans ses yeux chocolat. C’était drôle, en y repensant, ils étaient presque de la même couleur que ceux de… — Ah, vous êtes là ! s’exclama Claire qui marchait vers eux. Jean, tu ne vas pas croire ce que cette furibonde a osé me dire ! Et impossible de m’en débarrasser ! J’ai dû lui écraser de la neige sur son visage tout rouge pour m’enf- Eh, mais où tu vas ?! — Désolé, je reviens vite ! Je dois attraper un Père Noël ! Un grand sourire aux lèvres, Jean s’élança dans la direction prise plus tôt par le bonhomme en rouge. C’était lui, il en était persuadé. Il ne s’attendait pas à le croiser ici et il ne lui avait rien dit. Mais Jean allait le retrouver et lui faire cracher le morceau. Il était très bon pour ça. Il observa rapidement les alentours, se mettant à la place de celui qu’il poursuivait. Sur sa gauche, une sortie de service. Derrière, une silhouette emmitouflée dans un manteau rouge. Jean ouvrit la porte en grand. — Alors Père Noël, on tire au flanc ? Marco sursauta. Jean vit la surprise, la consternation et enfin la résignation se succéder sur son visage. — Je me doutais bien que je m’étais trahi… — Ta réaction était trop bizarre, s’amusa Jean. Mais je pense que je t’aurais reconnu dans tous les cas. Dis-moi, tu joues souvent les Père Noël sur ton temps libre ? Marco fit la moue. Il avait vraiment l’air dépité de s’être fait démasquer. — Je voulais te faire une surprise… — Ah ça, je suis surpris, lui assura Jean. Je dirais même agréablement surpris… — Non, je voulais te faire un cadeau précis alors j’ai cherché un petit- Mais qu’est-ce que tu fais ? Jean avait écarté les pans du manteau de Marco. — J’ai froid. Tu me fais une petite place ? Il se glissa contre Marco qui rabattit le vêtement chaud sur leurs deux corps enlacés. — T’es pas croyable, marmonna-t-il pour la forme. Si on nous voit comme ça… — J’imagine déjà les gros titres : “Le Père Noël surprit dans une position compromettante derrière une galerie commerciale ! La Mère Noël demande le divorce !” plaisanta Jean. Marco pouffa contre son cou. Jean frissonna, mais pas de froid. À vrai dire, son corps était bouillant. Il chercha les lèvres de Marco. — Quitte à faire jaser… souffla-t-il contre sa bouche. Marco lui rendit son baiser. Puis deux, puis trois. — Il faut que j’y retourne, finit-il par soupirer. On se voit ce soir ? Jean acquiesça. Il quitta l’étreinte chaleureuse de Marco. Le froid l’assailli de plus belle. Il ouvrit la porte de la galerie. Mais avant d’y rentrer, il glissa quand même à Marco avec un regard entendu : — Dis, ton costume… Tu crois que tu pourrais l’emprunter pour ce soir ?
> prompt : jour libre > données : 25 décembre 2025, 1 130 mots
Des pas qui résonnent dans la cage d’escalier. Deux corps alcoolisés – l’un plus que l’autre – qui se soutiennent, s’efforcent d’avancer, s’empêchent de tomber. Une voix qui fredonne un air de Noël. Une clé qui peine à trouver le trou de la serrure. Le déclic du verrou qu’elle finit par tourner. Un cri de victoire suivit d’un coup d’épaule. La porte qui les laisse entrer, et puis se referme. Une main qui tâtonne le mur, cherche l’interrupteur dans le trouver, et abandonne vite l’idée. Elle retourne au soutien de l’autre corps qui se fait lourd, s’est affaissé contre lui, s’est sans doute endormi. Jean grogne. Ses pieds le conduisent à gauche, au fond du couloir. Le corps qu’il porte s’effondre sur le lit. Dix secondes plus tard, la lumière illumine enfin la pièce. — Merde, fait Jean. Me suis trompé de chambre. Celle-ci, c’est la sienne. Il retourne auprès de l’intrus dans son lit, mais renonce vite à le soulever. Il ne se sent plus assez fort pour le traîner de l’autre côté du couloir. — Oh, Marco, réveille-toi. C’est pas ta chambre. Faut que tu m’aides à te porter. L’autre ne bouge pas d’un poil. Jean soupire. Tant pis, Marco n’a qu’à dormir ici, lui ira se coucher dans la sienne. Avant de partir, il retire à Marco ses chaussures. Il s’attaque ensuite à son manteau, et ça c’est plus compliqué. Il essaie de faire glisser ses bras dans les manches, mais ça coince, alors il force un peu. Et son ami bouge. — Tu fais quoi ? marmonne-t-il d’une voix pâteuse. — Ah ! T’es réveillé ? Tu peux m’aider à enlever ça ? Marco fronce les sourcils. Il regarde Jean, à moitié assis sur lui, puis ses mains qui tirent son manteau, qui essaient de le déshabiller. Son cerveau fait des raccourcis qui, même à travers le brouillard de l’alcool, lui paraissent un peu étranges. Après tout, Jean a passé la soirée – la vie, presque – à courir après une autre. — Je croyais que t’aimais Mikasa. — Euh… Oui ? C’est quoi le rapport ? Jean est perdu, Marco plus encore. Il a beaucoup de questions – toujours les mêmes – et plus assez de jugeote pour ne pas les poser. — Pourquoi t’aimes Mikasa ? Jean ne sait pas pourquoi Marco lui demande soudainement ça. Et il ne sait pas pourquoi il lui répond, mais il le fait. Il est un peu bourré, lui aussi, alors il réfléchit moins. — Bah, je sais pas. C’est bizarre, ta question. J’aime bien… J’aime bien… ses cheveux noirs ? — Moi aussi, rétorque Marco, j’ai les cheveux noirs. Jean plisse les yeux. Il ne s’attendait pas à ce genre de remarque. En réalité, les cheveux de Marco sont plus bruns que noirs, mais il ne lui vient pas à l’esprit de le corriger sur ce détail – parce que c’est vraiment juste un détail. En été, les cheveux de Marco s’éclaircissent avec le soleil, mais en hiver, c’est vrai qu’ils sont presque aussi foncés que ceux de Mikasa. — J’aime bien aussi… ses yeux noirs, poursuit machinalement Jean. — Moi aussi, j’ai les yeux sombres, répliqua encore Marco. Sombres, pas noirs. Les yeux de Marco ne sont pas noirs, non, mais d’une jolie couleur marron. Jean aime beaucoup ses yeux. Les regarder, c’est un peu comme se perdre dans un délicieux moelleux au chocolat, ça a quelque chose d’apaisant et de réconfortant. — Quoi d’autre ? demande Marco. — Hein ? fait Jean, qui s’est un peu perdu dans la contemplation de ses yeux. — T’aimes quoi d’autre chez Mikasa ? Jean réfléchit. Mais il ne sait plus trop quoi répondre. — Ben… C’est qu’elle est très belle, Mikasa. — Et moi, tu me trouves pas beau ? Jean fronce un peu plus les sourcils. Bien sûr que Marco est beau, avec ses cheveux bruns, ses yeux chocolat, ses taches de rousseur. Mais ce n’est pas vraiment ce qu’il voulait dire – pas vrai ? — Oui, mais… Mikasa, c’est une fille. Cette fois-ci, Marco fait la moue. — Je suis un garçon. Bien sûr que Marco est un garçon. Jean est bien placé pour le savoir. Alors pourquoi ça lui fait un pincement au cœur de l’entendre le dire ? Marco relève la tête. — Mais j’aime les garçons. C’est bizarre ? Jean ouvre la bouche, la referme, l’ouvre encore mais aucun son n’en sort. On dirait un poisson rouge qui panique parce qu’il n’a plus d’eau. Et Jean croit bien qu’il est un peu en train de paniquer lui aussi. Marco vient de lui faire son coming-out, ou un truc du genre, et peut-être un peu de rentre-dedans par la même occasion, mais Jean n’en est pas trop sûr. Jean n’est plus trop sûr de rien à ce moment précis. Mais il se rappelle que Marco lui a posé une question et qu’il doit probablement y répondre. — Non ! Bien sûr que c’est pas bizarre. Juste un peu… soudain ? — Pas bizarre, répète Marco. Tant mieux. Et toi ? — Quoi, et moi ? — T’aimes les filles ? — Ben, je crois, oui. Elles sont jolies… — T’as dit que j’étais beau, fait remarquer Marco. Donc t’aimes aussi les garçons ? Jean ne s’est jamais posé la question jusqu’à présent. Mais le raisonnement de Marco se tient et il ne sait pas quoi y répondre. Ses yeux reflètent sa confusion. Marco la voie et se dit qu’il ferait tout aussi bien se saisir sa chance. Il se redresse et fait rouler Jean sur le matelas. Leurs positions sont inversées ; c’est maintenant Marco qui surplombe Jean. — Si t’aimes aussi les garçons, tu voudrais pas m’aimer, moi ? Le regard de Marco est brûlant et Jean perd le peu de moyens qui lui restaient. Il se sent prisonnier ; pas physiquement, parce qu’il pourrait repousser Marco, mais l’envie lui manque. Alors il attend, les yeux ronds, le souffle court. Marco se penche. Jean se dit qu’il va l’embrasser et, curieusement, l’idée ne lui déplaît pas. Il sent ses cheveux contre son front, son souffle contre sa joue, son cœur contre le sien. Jean ferme les yeux. Il attend. Le poids d’un corps qui retombe contre le sien. Jean rouvre les yeux, les fait cligner plusieurs fois. Marco s’est endormi pour de bon. Il l’entend respirer contre son oreille. Jean reste un moment là, immobile, perplexe, perdu. Il pourrait se dégager, s’enfuir, faire comme s’il n’avait rien vu, rien entend. Ce serait facile. Pourtant ce serait trop dur pour Jean. Il n’aime pas prétendre, il veut comprendre. Demain, se dit-il. Ils parleront demain. Alors il ne quitte pas le lit, ne quitte pas Marco. Il tend le bras, trouve l’interrupteur et éteint la lumière. Dans l’obscurité, il entoure Marco de ses bras. Il glisse une main dans ses cheveux, pose sa joue contre son front, ferme les yeux. Et reste comme ça jusqu’à demain matin.