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heart full of stars

> alt : le cœur rempli d'étoiles


  1. > fandom : shingeki no kyojin
  2. > ship : jean kirschtein & marco bodt alias le soleil et son univers
  3. > feat : armin arlert, marie kirschtein, sasha brauss & connie springer
  4. > genres : fanfiction, romance
  5. > liens : wattpad, pinterest, deezer & spotify
  6. > statut : terminée, 16 000 mots, 28/28 chapitres
  7. > dates : 30/01/2021 - 03/03/2021

résumé :

La nouvelle année tout juste fêtée, Jean se retrouve être bien malgré lui le destinataire de bouts de papiers colorés. Les mots qui lui sont griffonnés s'accumulent pour difficilement combler un vide dans sa mémoire dont il en avait oublié jusqu'à l'existence même. Les étoiles aux bords des yeux, Jean s'approche doucement de l'identité de ce mystérieux expéditeur dont le cœur déborde d'un amour trop longtemps passé sous silence.


À ceux qui se perdent trop souvent dans leurs propres souvenirs jusqu'à vulgairement oublier l'amour dans un coin de leur cœur.

« Ce que la mémoire de ton cœur retient, ton cerveau ne peut pas l'effacer. »
— John Joos

> alt : malheureux ivrogne > date : vendredi 1er février 2021

Quelques heures seulement après la fin d'une année et le début d'une autre, des explosions artificielles illuminaient encore brièvement le ciel de leurs éclats colorés. C'était un renouveau que l'on fêtait avec tant d'entrain qu'on en oubliait presque la tourmente dans laquelle nous plongeait inlassablement l'avenir mais aussi le passé. Quant aux nobles résolutions que l'on s'évertuait à prendre chaque trente-et-un décembre, elles disparaissaient aisément après ce fameux verre de trop qui faisait tourner bien des têtes. Dans l'étroite cage d'escalier d'un immeuble partiellement décrépit, des corps s'employaient difficilement à en faire avancer d'autres. Après une lente progression marquée par l'hilarité des uns et les soupirs désespérés de leurs amis, tout ce beau monde parvint enfin à rejoindre la porte de l'appartement numéro seize. Farfouillant dans ses poches, l'un des garçons poussa un cri de victoire lorsqu'il trouva la clé de son propre domicile. Plusieurs tentatives furent cependant nécessaires avant que celui-ci ne parvienne à glisser le petit objet dans le trou de la serrure. Alors qu'il s'avançait d'un pas confiant à l'intérieur de son appartement, son pied heurta un meuble et il s'écroula lamentablement au sol avec un couinement de douleur. — Bordel de merde, laissa échapper l'un de ses amis. Jean est encore tombé par terre. Tandis que le principal concerné grommelait des insultes à l'égard de ce fichu meuble qui n'avait rien à faire sur son chemin, une jeune fille brune ne se gêna pas pour éclater de rire. Perchée sur le dos de son meilleur ami, Sasha se trouvait pourtant elle-même dans un piteux état qui n'avait rien à envier à celui dont elle se moquait allègrement. Poussant un énième soupir, le dernier membre du groupe s'employa à relever de nouveau Jean avec une patience remarquable. Tout en maintenant fermement le garçon aux cheveux châtains contre son flanc, Armin le conduit jusqu'à sa chambre où il s'effondra sans plus de cérémonie sur le matelas si moelleux. — En voilà déjà un de moins, se félicita le blond. — Dire qu'on doit encore ramener chez elle cette ivrogne qui bave sur mon épaule, marmonna Connie en lançant un coup d'œil à la loque humaine qu'était devenue sa meilleure amie. Ne tolérant pas de tels propos à son égard, Sasha lui fit payer sa méchanceté en croquant son oreille qui était justement à sa portée. Son ami aux cheveux gris gesticula immédiatement dans tous les sens pour échapper à cette vengeance quelque peu douloureuse. Armin ne put que les observer tomber pêle-mêle au milieu de la pièce d'un regard affligé. Alors qu'il s'approchait de Jean pour s'assurer qu'il s'en sortirait tout seul, le blond aperçut un petit papier collé dans le dos du châtain. — Il y a quelque chose sur ton pull, lui indiqua-t-il. Aux portes du sommeil, le garçon tendit mollement sa main pour attraper ledit bout de papier qu'il sentit effectivement sous ses doigts. Dans la pénombre, il plissa les yeux pour tenter de déchiffrer les lettres qui y étaient inscrites. Mais entre l'obscurité et le peu de lucidité qui lui restait, Jean s'avoua rapidement vaincu. Sans lui témoigner plus d'intérêt, il froissa cette pauvre petite note qui fut envoyée en direction de la corbeille à papier se trouvant probablement non loin. Levant les yeux au ciel face au malheureux tableau qu'offrait ce piètre aramoniste, Armin lui tapota gentiment la tête pour lui souhaiter bonne nuit. Ses trois amis quittèrent sans plus attendre l'appartement pour raccompagner la brune qui s'était soudainement endormie sur l'épaule de Connie, la bouche entrouverte. L'année ne faisait peut-être que commencer, mais elle s'annonçait sans conteste pleine de surprises.


> alt : note insignifiante > date : dimanche 3 janvier 2021

Le ciel était clair en cette fraîche journée d'hiver et comme souvent, Jean grommelait contre le monde entier qui était le responsable attitré de tous ses malheurs les plus futiles. Après cette fameuse fête où ils avaient célébré la nouvelle année de façon plutôt arrosée, le garçon avait passé quelques jours allongé dans son lit. La migraine qui l'avait frappé suite à sa consommation peut-être un peu exagérée d'alcool avait eu raison de lui, avant que la fatigue et une certaine fainéantise ne s'ajoutent à l'équation. Le résultat fut indéniablement lamentable, le châtain ne s'étant pas lavé depuis plus de deux jours. Mais en cette journée si charmante, Jean avait décidé de faire un brin de ménage dans son lieu de vie, espérant retrouver un semblant d'hygiène adapté à un étudiant tel que lui. Débordant d'une énergie fulgurante, il avait ouvert en grand les fenêtres pour aérer durant une dizaine de minutes ce qui ressemblait plus à un dépotoir qu'à une chambre. Décidant qu'il était préférable de procéder par étapes successives, le garçon commença par entasser dans un large panier tout le linge sale ou supposément sale qui traînait un peu partout dans l'appartement. Il rangea ensuite son bureau sur lequel des feuilles, des carnets, des stylos et des tasses de café presque vides cohabitaient dangereusement. Vint le tour des déchets en tous genres qu'il dut parfois extirper d'endroits incongrus. Si sa collection de bouteilles d'eau vides n'était pas des plus originales, il avait été relativement surpris de trouver des céréales sous son sommier. Dénichant ce qui ressemblait à un plumeau au fond d'un placard, il épousseta même les meubles pour faire valser la poussière qui s'y était accumulée. Une fois l'aspirateur passé sur chaque atome composant le sol de son studio, Jean s'avoua enfin pleinement satisfait. Alors qu'il refermait la fenêtre, son regard fut attiré par un papier roulé en boule dans un coin qui constituait l'unique ombre au tableau de propreté qu'il avait composé. S'en saisissant, il eut le vague souvenir d'avoir jeté cette boulette quelques jours plus tôt sans parvenir à la lire. Jean était un garçon moyennement curieux de nature, ainsi il déplia ce bout de papier d'un orange pastel sans aucune arrière-pensée. Il fut d'autant plus étonné qu'un seul mot y était écrit en lettres majuscules à l'encre noire. 「 Jean 」 Fronçant les sourcils, le garçon resta un instant dubitatif face à son propre prénom qu'on avait visiblement collé dans son dos. C'était probablement là une idée farfelue d'Armin pour le retrouver plus facilement dans l'éventualité qu'il ne provoque mille et une bêtises en étant profondément éméché. Pourtant, il crut se rappeler que son ami avait été le premier surpris à la vue de cette étrange note. Sa curiosité étant finalement assez limitée, Jean finit par hausser les épaules avec une désinvolture évidente. Sans plus se questionner sur une chose si futile, il froissa ce pli dérisoire qui trouva sa place au fond de la corbeille à papier que son propriétaire venait pourtant de vider. L'esprit léger, le garçon acheva son grand rangement en bordant son lit : c'était une première depuis trois bons mois dont sa chère maman aurait été terriblement fière.


> alt : trouble présage > date : mercredi 6 janvier 2021

Le genre humain avait beau se réjouir du renouveau, la plupart du monde qui l'entourait continuait pourtant de tourner sans le moindre changement notable. Ainsi, les vacances se terminèrent et chacun repris avec plus ou moins d'entrain ses activités. Malgré une mauvaise humeur indéniable au réveil, Jean n'était jamais mécontent de reprendre le chemin de l'université de Paris où il étudiait les sciences dures. La présence de ses amis les plus proches au sein du campus ne faisait que rendre les journées plus agréables, mais il ne le leur avouera probablement pas de sitôt. Ce matin, le garçon devait assister à un cours de travaux dirigés avec un petit groupe d'étudiants dont faisaient partie trois de ses sympathiques compères. Il salua ses derniers tout en s'installant à côté d'Armin qui lui lança un coup d'œil intrigué auquel il ne prêta pas attention. — Tout va bien ? lui demanda-t-il justement avec une fausse nonchalance. — Parfaitement bien, répondit le châtain sans même y réfléchir plus longtemps. Dès lors, Jean se concentra pleinement sur les explications de leur professeur tout en prenant quelques notes complémentaires sur les notions qu'il n'avait pas tout à fait comprises. Si sa détermination n'échappait à personne, rares étaient ceux qui parvenaient à concevoir son côté profondément rêveur. La raison pour laquelle le garçon étudiait avec tant d'acharnement était pourtant simple : il ne faisait que poursuivre son rêve d'enfant. Et pour parvenir à réaliser ce dernier, il lui faudrait sans conteste faire preuve d'une rigueur exemplaire et d'un travail personnel considérable. Pourtant, Jean était depuis longtemps prêt à s'investir corps et âme pour atteindre son objectif. Après avoir enchaîné des travaux dirigés de mathématiques et de chimie, les quatre étudiants avaient deux heures de libres pour manger. Une fois arrivés au restaurant universitaire, Armin les abandonna pour rejoindre ses deux amis d'enfance, Eren et Mikasa. De leur côté, Jean, Sasha et Connie repérèrent Marco et Ymir qui leur faisaient signe depuis une table. Ravi de passer du temps avec son meilleur ami aux taches de rousseur, le châtain s'assit à ses côtés. Le repas fut naturellement très animé, leurs conversations prenant toujours d'astronomiques proportions qui les faisaient sans cesse rire aux éclats. Vers quatorze heures, ils quittèrent tous l'immense self pour assister à leur premier cours magistral de l'après-midi. Appartenant tous à la même licence, ils se réunissaient dans le même amphithéâtre durant ces heures. Par habitude, Jean se dirigea vers les rangs situés au plus près de l'estrade depuis laquelle s'exprimerait bientôt leur professeure. Lorsqu'il arriva à sa place habituelle, le garçon marqua un temps d'arrêt. Là, collé à l'exact endroit où il s'installait toujours, se trouvait un bout de papier bleu ciel. Ne pouvant empêcher ses sourcils de se froncer, le châtain s'en saisit pour lire le nouveau message qui était inscrit sur celui-ci. 「 Souviens-Toi 」 Face à cet impératif qui lui était visiblement destiné, Jean ne put qu'être foncièrement étonné. Alors que cette étrange histoire lui était complètement sortie de la tête, voici qu'un deuxième papier coloré lui avait été adressé. La coïncidence était pour le moins surprenante, ainsi le garçon se sentit légèrement intrigué par l'abstruse augure qui s'imposait à lui. Apercevant du coin de l'œil ses amis qui s'approchaient de lui, le châtain s'empressa de dissimuler cette note dans la poche arrière de son pantalon. Quand il parvint à sa hauteur, Marco lui lança un drôle de regard. S'efforçant de cacher son trouble, Jean lui adressa un simple sourire avant de finalement s'asseoir. Son meilleur ami ne tarda pas à l'imiter, se débarrassant de son long manteau brun qui vint dévoiler un pull bleu pastel. Le châtain ne put s'empêcher de pouffer à la vue des petits nuages qui ornaient l'encolure de celui-ci. Sa bonne humeur retrouvée, le reste de la journée se déroula sans plus d'encombres./p>


> alt : ridicule farce > date : vendredi 8 janvier 2021

Leur professeur de physique venant tout juste de signaler la fin du cours magistral qu'il dispensait, l'amphithéâtre se vidait petit à petit d'une partie des étudiants. D'autres restèrent pourtant assis sur les bancs, leur prochain cours débutant dans une petite demi-heure. Ce fut le cas de Jean qui préféra profiter de cet intervalle pour faire une courte sieste et ainsi compenser le temps qu'il avait passé hier soir à regarder une énième série. Enfonçant ses écouteurs dans ses oreilles pour ne pas entendre le bruit ambiant, il se laissa bercer par de la musique douce et s'endormit à peine quelques minutes plus tard. Alors qu'il rêvait de bonhommes virevoltant dans les airs, Armin, qui était revenu, lui tapota l'épaule pour le réveiller. Ronchonnant pour la forme, il ouvrit les paupières et fut étonné de constater que sa vision était partiellement obscurcie par un objet non identifié. — Le cours va commencer, l'informa son ami blond. Et tu as quelque chose de collé sur la tête, Jean. Encore à moitié endormi, le principal intéressé porta sa main à son visage pour palper ce qu'on avait bien pu lui accrocher sur le front. Il reconnut immédiatement la surface lisse et le froissement du papier, ce qui ne le surprit plus qu'à moitié. Le retirant de son si beau faciès dont il gênait la contemplation, il le retourna entre ses doigts pour découvrir les nouveaux mots qu'on lui avait écrits sur un fond rose pâle. 「 Trou de Mémoire 」 Si Jean ne s'était pas senti le moins du monde concerné lorsqu'il avait trouvé son prénom collé dans son dos, il devait désormais avouer que cette succession d'événements était pour le moins inattendue. Pourquoi diable recevait-il ces étranges petits bouts de papier ? Cette question demeurait actuellement sans réponse et le garçon n'avait absolument aucune hypothèse pouvant expliquer cette situation. Le cours de mathématiques débutant tout juste, Jean préféra ranger le papier rose dans sa poche. Après tout, il n'y avait guère d'intérêt à divaguer durant des heures sur la provenance de celui-ci. Sa réussite universitaire était sa plus grande préoccupation : il était hors de question que son objectif s'éloigne de lui pour une raison si futile que son inattention en cours. Pourtant, une fois celui-ci terminé, Jean se hâta de rentrer chez lui. Poussé par un étrange pressentiment qui lui murmurait à l'oreille que tout ceci n'était pas qu'une simple et risible bouffonnerie, il attrapa vivement sa pauvre corbeille à papier. Heureusement, celle-ci n'avait pas été vidée depuis la semaine dernière et les deux mots colorés qu'il y avait jetés s'y trouvaient toujours. Après avoir aplati les feuillets de sa main, le garçon ne sut que faire de ces notes qu'il tenait entre ses doigts. Hésitant un instant, il se décida finalement à les placer entre les pages d'un livre d'astronomie qui traînait sur sa table de chevet. Décidant qu'il serait inutile d'y penser plus longtemps, Jean s'installa à son bureau et ouvrit son ordinateur pour commencer à réaliser ses multiples devoirs. Il avait le sentiment que, de toute manière, d'autres mots lui seraient bientôt adressés. Alors s'il s'avérait qu'il ne s'agissait pas là que d'une petite farce de bas-étage, le châtain le saurait bien assez tôt.


> alt : réservé aux initiés > date : mardi 12 janvier 2021

Le flux incessant des pensées nous parcourant n'était pas toujours un phénomène contre lequel nous pouvions lutter. Alors qu'il sortait discrètement de l'amphithéâtre, Jean en fit justement le désolant constat. S'il parvenait à rester concentré lors de ses heures de cours, il lui était difficile d'oublier toute cette histoire dès lors qu'il arrivait dans le couloir. C'était plus fort que lui : le garçon ne pouvait s'empêcher de guetter le prochain papier qui lui serait destiné, tel un enfant impatient de jouer à un jeu de piste. Son mystérieux expéditeur avait attisé en lui une grande curiosité qu'il réservait habituellement à ses études et celle-ci le menait par le bout du nez. Jean n'aimait guère sécher une partie de ses cours, mais l'envie pressante qu'il contenait difficilement dans sa vessie n'allait pas pouvoir être refrénée bien longtemps. Avec Connie, ils s'étaient donc rapidement éclipsés pour se rendre jusqu'aux toilettes qui se trouvaient heureusement au bout du couloir. Alors qu'il se dépêchait de retourner dans l'amphithéâtre, le châtain remarqua qu'une partie du mur était consacré à l'affichage de papiers en tous genres. Poussé par un drôle de pressentiment, Jean s'arrêta net dans son élan et recula de quelques pas jusqu'à parvenir à la hauteur de ce patchwork. Face à la quantité astronomique de feuilles, il ne sut où regarder précisément. Rien n'indiquait que quelque chose ici lui était bien destiné, pourtant le garçon se trouvait étrangement assez confiant. Il aperçut soudain une affiche où étaient représentées diverses constellations plus ou moins grandes et plus ou moins célèbres. Instinctivement, Jean la souleva pour dévoiler à ses yeux presque émerveillés une note colorée. Décrochant ce bout de papier jaune pâle, il s'empressa de le lire avec une certaine hâte. Cette fois-ci, aucune lettre n'y était inscrite, mais simplement un nombre. 「 2020 」 Restait encore à savoir quelle pouvait bien être la signification de ce qui s'apparentait de plus en plus à un savoir ésotérique. Devait-il lire ce nombre dans sa globalité, ou chiffre par chiffre ? Le scientifique en lui les compara automatiquement à la table des éléments périodiques. Cependant, il ne voyait pas en quoi deux atomes d'hélium et d'oxygène l'aideraient à comprendre cette chasse au trésor. Le plus probable était sans doute que cette note faisait référence à l'année dernière, ce qui lui permettait de situer un repère chronologique. Perdu dans ses pensées, Jean avait la désagréable impression de lancer ses mains dans le vide, incapable d'attraper entre ses doigts la vérité qu'on lui tendait. Voyant qu'il était resté planté au beau milieu du couloir derrière lui, Connie l'interpella avec surprise. — Jean, qu'est-ce que tu fiches ? — Rien, affirma le châtain avec aplomb. Allons-y. Reprenant immédiatement ses esprits, il fourra l'étrange message dans la poche de sa veste. Son ami lui lança un regard dubitatif, mais il finit par hausser les épaules, peu désireux d'avoir à lui tirer les vers du nez. Tous deux rejoignirent leur place au quatrième rang sans trop se faire remarquer par leur professeur de physique expérimentale. Malgré toute la bonne volonté du monde, Jean ne put s'empêcher de réfléchir aux événements ayant caractérisé une année deux mille vingt bien remplie. En comparant ceux-ci avec les premiers indices qu'il avait reçus, peut-être parviendrait-il à lever une part du mystère qu'on tentait justement de lui faire découvrir.


> alt : brefs souvenirs > date : jeudi 14 janvier 2021

Allongé dans son lit, Jean s'octroyait une petite pause après avoir terminé la résolution d'un problème de mathématiques terriblement complexe. Depuis la chaise où il se tenait, Marco poussa un long soupir en relisant ses cours de la matinée. Son correcteur automatique s'était bizarrement désactivé et une partie de ses notes échappait à sa compréhension. — Ne te tracasse pas, le rassura son ami, je te donnerai les miennes. S'avouant vaincu, le brun referma son ordinateur pour venir s'asseoir sur le lit, son dos collé au mur. Ils avaient encore un peu de temps devant eux avant leurs cours de l'après-midi, mais il était parfois agréable de ne rien faire. Aujourd'hui, Marco avait revêtu un large sweat-shirt jaune clair avec des dizaines de petits soleils brodés un peu partout qu'il avait déjà porté en début de semaine. Jean sourit car il était l'une des rares personnes à savoir que tous ces petits motifs ornant la majorité de sa garde-robe avaient été cousus par Marco lui-même. — À quoi penses-tu ? s'intéressa soudain le brun. — À ce cher Monsieur Fritz, marmonna-t-il. Surpris par sa réponse, et peut-être même un peu déçu, son ami haussa un sourcil perplexe. Monsieur Fritz avait été leur conseiller pédagogique d'éducation durant leurs années lycéennes. Pour une raison assez obscure, ce vieil homme grincheux avait immédiatement pris Jean en grippe et ne s'était pas gêné pour le lui faire savoir. À son arrivée en seconde, le châtain était bien loin de l'élève modèle tel que le prônait le système scolaire. Relativement désintéressé par la majorité des cours dispensés, il préférait dormir en classe ou lire des manuels d'astronomie quand ses yeux n'étaient pas simplement perdus dans la contemplation du ciel nuageux. Travaillant peu, il récoltait pourtant d'excellentes notes ce qui avait le don d'agacer profondément ce vieux croûton de Fritz. Ce dernier le convoquait dans son bureau pour des broutilles et n'hésitait pas à lui lancer des remarques acerbes dès qu'il croisait son chemin. Son comportement à l'époque pouvait sans aucun doute être qualifié de harcèlement scolaire. Peu d'élèves l'auraient supporté aussi longtemps, mais Jean l'avait tout bonnement ignoré, n'ayant que faire de ses piques infondées. Dans sa tête, son objectif était parfaitement défini : après l'obtention de son BAC sans important effort, il se vouerait corps et âme aux études qui le faisaient rêver depuis toujours. — Ce type était un imbécile, lui assura Marco. — Je lui enverrai mon diplôme pour qu'il puisse l'encadrer juste en face de son joli bureau, ricana le châtain. Histoire que ma réussite soit toujours dans son champ de vision. L'idée les fit tous les deux pouffer, d'autant que le brun savait pertinemment que Jean serait capable d'une telle assurance. — Tu te souviens quand Ymir lui a balancé ses quatre vérités en face le jour des résultats du BAC ? renchérit-il. Même les professeurs se sont jetés des coups d'œil entendus. — Ymir s'est sentie pousser des ailes ce jour-là. Quelle folie de claquer la porte au nez de Fritz, de sauter depuis la fenêtre du deuxième étage et de déclarer sa flamme à Historia en l'espace d'une heure et demi seulement, énuméra le châtain avec une admiration non feinte. C'est un miracle qu'elle soit toujours en vie et que sa blonde l'aime encore. Plongés dans de furtives souvenances, les deux garçons demeurèrent pensifs. Les années qu'ils laissaient derrière eux n'avaient pas été des plus faciles, et celles qui les attendaient ne le seraient guère davantage. Pourtant, ils comptaient se battre jusqu'au bout pour pouvoir, un jour, toucher les étoiles de leurs propres mains. Heureusement pour eux, l'avenir ne leur réservait pas que des épreuves à traverser.


> alt : idiote bêtise > date : mercredi 20 janvier 2021

Jean s'était fait la promesse de ne pas se laisser distraire d'une quelconque façon par cette misérable histoire de bouts de papier, mais force était de constater que ce n'était pas chose aisée. Alors qu'il pensait recevoir d'autres messages succincts, il n'avait pas vu l'ombre d'une note colorée en une semaine. Peut-être aurait-il dû s'en réjouir, se trouvant visiblement débarrassé de cet expéditeur parasite. Seulement, le garçon était avant tout un méli-mélo d'émotions plus étonnantes les unes que les autres. Une certaine déception grandissait en lui à l'idée de ne potentiellement jamais découvrir la vérité qu'on lui avait fait miroiter. Après s'être imaginé des millions de scénarios divers et variés, Jean avait pris une décision au cours de sa journée. Puisqu'on ne venait plus à lui, il se chargerait de faire un pas en avant dans l'espoir de relancer la machine du destin qui s'était brusquement arrêtée. S'il ignorait la portée que pourrait avoir sa piètre action, il estimait n'avoir rien à perdre et tout à y gagner. Lorsque son professeur d'anglais signala la fin de ses deux heures d'études, il ne se pressa guère pour ranger ses affaires. L'horloge accrochée au mur indiquait qu'il était bientôt vingt heures, pourtant le garçon ne rejoignit pas immédiatement la sortie de l'établissement. Empruntant quelques escaliers successifs, il se dirigea vers l'amphithéâtre des premières années. En face de la porte close, le châtain s'arrêta devant ce fameux mur rempli de feuillets multicolores. Vérifiant rapidement que personne ne traînait dans les parages, Jean sortit de sa poche un stylo noir et un bloc de petits papiers blancs qu'il avait retrouvé au fond d'un tiroir. C'était profondément ridicule, mais il réalisa qu'il aurait peut-être dû acheter quelque chose de plus joli à regarder. Planté au beau milieu du couloir sombre, il doutait encore un peu plus de lui-même et de son idée bancale. Qu'allait-il seulement pouvoir écrire sur cette note pour la rendre moins fade qu'elle ne l'était déjà ? Jean n'y avait pas le moins du monde réfléchi, supposant à tort qu'il ne devrait pas être bien compliqué de se faire comprendre. Mais le fait était qu'il avait l'impression de ne plus se comprendre lui-même dernièrement. Refusant de se laisser submerger par l'indécision la plus totale, le garçon vint poser la pointe de son stylo sur le papier vierge. Il lui suffisait d'interroger son étrange expéditeur sur son identité, et Jean finirait par être fixé selon sa réponse. Pourtant, cela lui semblait être une issue bien trop simpliste au vu de la peine que celui-ci s'était donné. Dans ce cas, que pouvait-on attendre de sa part ? Cet inconnu avait réussi à attiser la curiosité du châtain, mais peut-être n'était-ce pas encore suffisant à ses yeux. Après tout, le garçon ignorait tout de l'objectif final que cherchaient à accomplir ces drôles de messages. N'étant pas un devin, Jean ne pouvait obtenir de réponses aux questions qui virevoltaient dans sa tête. Se mordant la lèvre, il vint finalement griffonner trois petits mots sur son papier blanc. Le châtain n'eut à se relire qu'une unique fois avant d'être certain qu'il s'agissait là du meilleur choix possible. À défaut de faire preuve d'une logique implacable, Jean s'était montré honnête, et c'était probablement le plus important. Dès lors, il n'hésita plus et colla ce message au beau milieu de l'affiche d'astronomie qui se trouvait toujours là, quelque part sur la Grande Ourse. 「 C'est Tout ? 」 Sans omettre de jeter des coups d'œil fébriles tout autour de lui, Jean se hâta de quitter l'université. Sur le trajet qui le mènerait à son appartement, il ne put s'empêcher de penser qu'il avait commis là une sotte ineptie. Mais avec un peu de chance, celle-ci porterait tôt ou tard ses fruits.


> alt : déconcertante euphorie > date : vendredi 22 janvier 2021

Loin de la masse considérable d'étudiants rechignant à se rendre à l'université, Jean avait toujours apprécié les cours qui lui étaient dispensés. Le matin, il traînait rarement des pieds, plus ou moins impatient de vivre une nouvelle journée qui remplirait son cerveau de savoirs. Mais depuis qu'il avait adressé ce fameux message à son mystérieux expéditeur, il ne pouvait nier qu'il avait d'autant plus hâte de rejoindre les bancs de la faculté, ou, plus précisément, ses murs décrépits. La veille, le garçon avait immédiatement remarqué que son papier blanc avait mystérieusement disparu de l'affiche où il l'avait collé. Cependant, il n'avait reçu aucune réponse, ce qui avait le don de le tracasser plus que de raison. Avait-il seulement été décroché par la bonne personne ? Après tout, l'avoir exposé de la sorte n'était peut-être pas le choix le plus judicieux s'offrant à lui. En le collant directement sur la Grande Ourse, Jean voulait simplement attirer l'œil de son correspondant. Mais depuis, il désespérait à l'idée que son message ait tragiquement fini froissé au fond d'une poubelle sale. Heureusement pour lui, ses tracas n'eurent plus lieu d'être à l'instant même où il pénétra dans ce couloir pour assister à son premier cours magistral de la journée. Placé très exactement sur la célèbre constellation qui avait accueilli sa propre question, un nouveau bout de papier coloré lui avait été destiné. Profondément rassuré mais aussi terriblement impatient, Jean l'attrapa avec fébrilité pour y lire le mot qui y était inscrit sur fond mauve. 「 Cette Fête 」 Une fois assis dans l'amphithéâtre, ses yeux ne cessèrent d'accrocher du regard ce nouveau message qui avait tant tardé à lui parvenir. De plus, l'indice qu'il lui délivrait était probablement le plus utile d'entre tous. Si son interprétation du dernier mot était la bonne, alors Jean avait désormais suffisamment d'informations pour retrouver dans sa mémoire la date du souvenir qui lui faisait défaut. En y réfléchissant bien, le garçon pouvait identifier sa présence avérée à une bonne quinzaine de fêtes durant l'année passée. Sachant qu'il obtiendrait son baccalauréat sans grande difficulté, il ne s'était pas empêché de profiter de ses derniers mois de liberté. Tout en triturant ce papier entre ses doigts, il essayait tant bien que mal d'analyser les différentes soirées auxquelles il avait assistées. Malheureusement pour lui, seules des brides de souvenirs brumeux lui parvenaient en désordre. Jean avait la fâcheuse habitude de laisser tomber toutes les barrières que lui imposait sa conscience lorsque les circonstances s'y prêtaient. Quand il lâchait prise, le garçon cherchait à satisfaire le moindre de ses désirs, ce qui l'avait bien souvent conduit à embrasser l'ivresse et ses conséquences. Naturellement, il ne se permettait une telle chose qu'en présence de ces amis les plus proches qui n'omettaient jamais de garder un œil sur lui. Jean ne comptait plus le nombre de situations terriblement gênantes dans lesquelles il s'était retrouvé à cause d'un ou deux verres de trop. L'alcool avait cette faculté de le faire agir en dépit des conséquences dont il ne se souciait guère. Réalisant qu'il ne serait pas aisé de découvrir ce qu'on lui pointait du doigt, Jean poussa un long soupir. Alors qu'il se concentrait de nouveau sur la note qu'il tenait, son regard fut attiré par un petit gribouillis qu'il n'avait pas encore remarqué. Au dos du papier mauve, deux points et une courbe formaient un visage qui lui souriait. Sans même comprendre pourquoi, le garçon se sentit piquer un fard. Il n'y avait rien de tel sur les autres messages, ainsi Jean supposa à juste titre qu'il s'agissait de la véritable réponse de son expéditeur. Visiblement, ce dernier avait d'une manière ou d'une autre apprécié l'intérêt et l'impatience du châtain qu'il avait su provoquer. Parcouru par une déroutante griserie, Jean maudit ses joues qu'il sentait rosir de gêne.


> alt : ridicules déguisements > date : dimanche 24 janvier 2021

Dans un même soupir de satisfaction, les deux garçons sauvegardèrent le fruit de leurs recherches sur un disque-dur externe. Voilà plus de trois heures qu'Armin était arrivé chez son ami pour réaliser ce projet de groupe, et Jean ne put retenir un long bâillement de fatigue. Le cerveau encore embrumé par toute la concentration dont il avait dû faire preuve, il se laissa lamentablement tomber sur son lit. Alors que le blond étirait ses membres engourdis par une position peu confortable, Jean se demandait ce qu'il allait bien pouvoir manger ce soir. Perdu entre ses nombreux désirs culinaires et ses faibles compétences gastronomiques, il entendit Armin s'esclaffer à ses côtés. Alors qu'il lui jetait un regard intrigué, son ami vint s'asseoir sur le lit pour lui montrer l'écran de son smartphone avec un sourire. Sasha et Connie lui avait tout juste envoyé une magnifique photo d'eux affublés d'étranges costumes imprimés qui les faisaient ressembler à deux bouts de viande rouge. — Où ont-ils encore été trouver cette horreur ? marmonna-t-il avec affligement. — Probablement au fond d'un placard. C'étaient leurs costumes pour la dernière soirée déguisée, lui rappela le blond. Soudainement intéressé, Jean se redressa vivement pour inspecter ces burlesques attifements de plus près. Maintenant qu'il y prêtait attention, cette vision ne lui était pas si inconnue qu'elle lui avait semblé l'être. Les sourcils froncés, il farfouilla dans sa mémoire un long moment avant de se remémorer la fameuse fête dont il était question. C'était exactement un an auparavant, pour célébrer la nouvelle année deux mille vingt, qu'ils avaient organisé ce véritable défilé digne d'un cabinet de curiosité. Leurs amis s'étaient tous démenés pour dégoter les meilleurs déguisements possibles et il fallait avouer que le rendu avait été assez abracadabrant. — Vous étiez venus en mousquetaires avec Eren et Mikasa, se rappela Jean, pas vrai ? Son ami acquiesça, souriant au souvenir des costumes d'époques qu'ils avaient difficilement confectionnés. Eren s'était tellement laissé prendre au jeu qu'il avait dégainé son épée à la moindre contrariété, réclamant haut et fort un duel pour réparer l'affront qui lui avait été fait. Ce fut un véritable spectacle qui se solda heureusement sans blessé, exception faite de l'honneur du mousquetaire concerné. — Quand je pense que Historia avait réussi l'exploit de faire enfiler un déguisement de fée à Ymir, s'esclaffa Armin. Jean se souvenait effectivement de cette fée ronchon qui n'était visiblement pas très enchantée de devoir porter une robe violette et des ailes à paillettes. Pourtant, sa mauvaise humeur eut tôt fait de disparaître à partir du moment où Historia l'invita à danser. Si Ymir n'appréciait guère porter un costume si féerique, la vision de son amoureuse dans une si jolie tenue ne lui avait pas déplu. Parmi toute la ribambelle de personnes présentes à cette soirée, le garçon pouvait en identifier certaines. Il y avait notamment Bertholdt et Reiner qui s'étaient transformés en chevaliers de la table ronde, Pieck et Porco qui avaient déniché des vêtements datant du Second Empire ou encore Hanji qui avait sorti sa panoplie du parfait médecin légiste pour l'occasion. En y réfléchissant bien, Jean se souvint d'Annie qui avait étrangement le même costume de mousquetaire que son ami blond. Voilà une drôle de coïncidence dont il lui toucherait deux mots lorsque le moment serait opportun. Mais parmi tous ces accoutrements plus ou moins évocateurs, le châtain réalisa qu'il n'avait pas la moindre idée de quel était son propre déguisement. Il avait beau creuser plus profond dans sa mémoire, c'était là un détail qui lui échappait encore. Haussant les épaules, il supposa qu'il ne s'agissait probablement que d'une broutille sans grande importance.


> alt : destin forcé > date : mardi 26 janvier 2021

Les yeux plongés dans le vide, Jean pouvait encore entendre le bruit de fond ambiant qui animait le restaurant universitaire. Ces derniers jours, il lui arrivait de se perdre ainsi dans ses pensées sans même en avoir conscience. C'était comme s'il confrontait son esprit dans un face à face afin que celui-ci lui dévoile enfin la vérité qu'il lui cachait depuis tout ce temps. Errant dans sa mémoire, il tirait les tiroirs renfermant les souvenirs qu'il convoitait et pestait quand ceux-ci s'avéraient être bizarrement fermés à clé. Car le châtain en était presque certain : c'était vers cette fête costumée en particulier que convergeaient les indices qu'on lui faisait parvenir. Les deux derniers messages étaient assez équivoques en ce sens, mais Jean avait encore du mal à lier bout à bout les éléments à sa disposition pour reconstituer le déroulement logique de cette soirée. Visiblement, il n'était pas en possession de toutes les pièces de ce puzzle conséquent. Le garçon aurait bien voulu interroger ses amis ici présents à ce sujet, mais il voyait mal comment orienter la conversation dans ce sens sans que cela ne paraisse étrange. Il n'eut cependant pas à se donner cette peine puisque Connie et Sasha débarquèrent sous leurs yeux ébahis affublés de leurs déguisements rouges. À ses côtés, Armin en fut tellement surpris qu'il recracha toute l'eau qu'il s'apprêtait à boire. À la fois atterré et impressionné par leur peur inexistante du ridicule, Jean les regarda s'installer en face d'eux comme si de rien n'était. — Bon sang, mais qu'est-ce que vous fichez ? lâcha-t-il en voyant que les deux énergumènes lui servant d'amis n'avaient pas l'intention de s'expliquer sur leur accoutrement des plus insolites. — On pensait faire une séance photo et créer des affiches pour promouvoir notre future chaîne YouTube sur l'alimentation, lui confia Connie, la bouche encore pleine. Cette fois, Armin manqua de s'étouffer avec le pain qu'il avait distraitement porté à sa bouche. Les deux garçons se lancèrent un regard en coin, déconcerté par le gouffre existant entre leur projet des plus sérieux et leurs vêtements des plus loufoques. Devinant les jugements silencieux dont ils étaient la cible, Connie pointa dans leur direction sa fourchette avec un air menaçant. — Ces costumes sont magnifiques, statua-t-il, je n'accepterai donc aucune critique. — Je suppose que je n'ai pas mon mot à dire étant donné que je n'ai pas la moindre idée du déguisement que j'ai bien pu porter, marmonna Jean pour lui-même. À ces mots, Sasha réfléchit quelques instants en faisant preuve d'une grande concentration. Le garçon suspendit son geste, se demandant si la jeune fille allait miraculeusement se souvenir de son accoutrement. — Ce n'était pas un genre de poisson frit ? J'ai le souvenir que tu étais enroulé dans de l'aluminium. Peut-être un poulet rôti ? — J'en doute fortement, soupira le principal concerné. Un peu déçu mais aussi rassuré à l'idée de ne pas être le seul à qui la mémoire lui faisait défaut, Jean chercha à se convaincre que cette histoire de costume n'était qu'un détail insignifiant. Cependant, le garçon ne pouvait dénier qu'un drôle de pressentiment le parcourait de la tête aux pieds. Il ne savait guère comment l'expliquer, mais de plus en plus d'éléments semblaient pointer en direction de cette fête. Entre les mystérieux bouts de papier et ces costumes qui ressurgissaient soudainement, Jean avait le sentiment d'être la victime d'une fatalité artificielle. Quelle que soit l'issue de cet étrange jeu de piste, il semblait qu'il ne pourrait pas y réchapper très longtemps.


> alt : oubli précis > date : samedi 20 janvier 2021

Emmitouflés dans les couvertures, Jean et Marco s'étaient mis d'accord pour visionner la dernière version du film Mulan. Si ce dernier était intéressant, quoique très différent de l'histoire qu'ils avaient connue, le châtain peinait à percevoir les formes qui bougeaient à l'écran. Son corps était bien assis sur ce lit, mais son esprit s'était perdu quelque part en lui-même dans sa quête désespérée de l'inconscient. À ses côtés, Marco pouvait sentir que son ami n'était pas complètement avec lui. Une moue triste prit place sur son visage alors qu'il vint poser sa main sur le genou de Jean qui frissonna à ce contact. — Tout va bien ? — Je crois, répondit le principal intéressé dans un soupir qui laissait pourtant penser le contraire. — Tu peux tout me dire, insista doucement le brun, tu sais ? Avec un léger sourire, Jean posa sa tête contre celle de son vis-à-vis dans une affirmation silencieuse. Il lui arrivait parfois de douter de choses plus ou moins futiles constituant sa vie, mais jamais il n'avait douté de ce garçon aux taches de rousseur. Dans son univers à lui, Marco était un peu la planète autour de laquelle il gravitait tel un satellite heureux. S'il disparaissait soudainement, le châtain se retrouverait probablement à la dérive, errant sans but dans un espace trop grand pour lui. Le garçon n'aimait pas cacher ainsi des choses à son meilleur ami, aussi insignifiantes soient-elles, mais il n'était pas certain de parvenir à restituer correctement l'histoire dans laquelle il s'était malgré lui emmêlé. — C'est comme un poids dans la poitrine. Je ne saurais pas vraiment l'expliquer, murmura-t-il prudemment, mais j'ai la désagréable impression d'avoir oublié quelque chose d'important. Il faut juste que cela me revienne et tout ira mieux. Les cheveux bruns de Marco lui chatouillaient la nuque où sa tête s'était machinalement enfouie. Bien que songeur et curieux, son ami ne prononça pourtant aucun commentaire en écho à ce début d'explications. Il n'en avait pas toujours l'air, mais Jean était relativement pudique en ce qui concernait les choses les plus importantes. Pour se confier pleinement, il lui faudrait encore un peu plus de temps et de recul sur cette situation quelque peu floue. Après avoir passé une ou deux nuits blanches à remettre en ordre les maigres souvenirs exploitables à sa disposition, il avait pu établir l'ébauche d'une chronologie. Le châtain était ainsi certain que cette fameuse fête s'était déroulée chez Connie, dont les parents possédaient une grande maison située en dehors de la ville. Il se souvenait bien avoir aidé son ami à préparer le mini-bar alors que les invités arrivaient peu à peu. Vers vingt-deux heures, Eren s'était complètement enflammé et avait livré son célèbre et affligeant duel contre un pauvre garçon déconcerté. Jean avait beaucoup ri en regardant ce spectacle inédit digne des plus grands films d'action. Mais à son grand dam, le garçon avait également consommé une certaine quantité d'alcool, porté par l'ambiance festive. Il ignorait le nombre exact de verres qu'il avait bien pu ingurgiter ce soir-là et tout ce qui avait bien pu se passer après cette querelle des temps modernes. Pendant des heures, le châtain s'était remué les méninges à la recherche d'un quelconque indice pouvant faire suite à cette chronologie, mais il semblait indéniablement avoir été frappé par une amnésie nette. Profondément fatigué par cette intense réflexion, Jean se laissa retomber en arrière dans un grognement. Puisqu'il le tenait contre lui, Marco fut également entraîné parmi les nombreuses couvertures qui recouvraient le lit. Sans plus d'égard pour le film qu'ils ne regardaient plus, les deux garçons se laissèrent gagner par le sommeil le temps d'une petite sieste.


> alt : obscure erreur > date : lundi 1er février 2021

Alors qu'il se préparait ce matin, Jean fut presque étonné de constater que le premier mois d'une année plus si nouvelle que cela venait déjà de se terminer. Si Janvier avait apporté avec lui son lot de surprises inattendues, le garçon espérait que Février l'aiderait à y voir plus clair dans cet épais brouillard. Avec un peu de chance, toute cette histoire serait peut-être résolue avant le début du printemps. Le châtain ne pouvait nier que ce jeu de piste était assez rigolo, mais il avait malgré tout hâte de percer à jour tous ces mystères. C'est d'un pas déterminé qu'il se rendit à la faculté de sciences, bien décidé à en découdre avec le destin qui le poursuivait. Sa bonne humeur pouvait également s'expliquer par les deux heures de travaux pratiques sur son emploi du temps qu'il appréciait beaucoup. Arrivé face à sa paillasse, il lui suffit d'un rapide coup d'œil pour remarquer qu'aucun de ses amis n'était encore présent. Prenant son temps pour s'installer, Jean tourna machinalement la tête vers l'aquarium qui se trouvait juste à côté de lui. Lors de son premier cours dans cette salle, il avait pris la décision de nommer chacun des cinq poissons qui lui tenaient compagnie. Après les avoir observés avec une grande attention, il les avait baptisés selon des étoiles de notre galaxie : Sirius, Mira, Alnaïr, Électre et Gomeïsa. Mais aujourd'hui, un obstacle était apparu à sa vue, l'empêchant d'admirer ses petits poissons étoilés. Sur la paroi de l'aquarium était en effet collé un nouveau bout de papier orangé qui lui avait été une fois de plus destiné. Faisant abstraction du fait que son expéditeur semblait connaître à la perfection son emplacement dans chacun de ses cours, Jean s'en saisit avec curiosité. À la lecture du mot qui y était inscrit, il sentit ses sourcils se froncer et ses doigts se crisper sur le message. 「 Menteur 」 Voilà qui était assez surprenant et pour le moins déconcertant. Jusqu'ici, tous les indices semblaient mener directement à ce souvenir qu'il avait égaré lors de cette fête costumée. Pourtant, celui-ci avait une tout autre saveur qui lui rappelait un peu le petit sourire griffonné dans un coin qu'il avait précédemment reçu. Jean pouvait se tromper, mais il avait la dérangeante impression que ce message n'était pas comme les autres. Il s'agissait vraisemblablement d'une réponse aux questionnements et déductions que le garçon tentait difficilement d'établir. Dans ce cas, quelle pouvait bien être la signification de cette étrange note ? Jean se trouvait aussi gêné que s'il avait été grondé ou rappelé à l'ordre quant à son comportement. Cependant, il ne se rappelait pas avoir menti sur quoique ce soit, du moins pas de manière volontaire. Quelle était donc la sibylline bourde dont on l'accusait soudainement ? À vrai dire, il n'avait même pas évoqué cette histoire de bouts de papier à qui que ce soit, alors il ne voyait pas comment son expéditeur aurait pu accéder à des pensées qui ne regardaient que lui-même. Cette situation devenait vraiment de plus en plus énigmatique et Jean n'était plus aussi certain de pouvoir éclaircir seul ce mystère.


> alt : qui rêve d'aller dans l'espace > date : mercredi 3 février 2021

Cette fois encore, Jean ne mit guère longtemps avant de repérer le papier bleu qui avait été placé bien en évidence sur sa table. L'amphithéâtre étant déjà partiellement rempli, le garçon renonça à l'idée saugrenue de scruter les visages l'entourant à la recherche de son correspondant. Au lieu de quoi, il baissa les yeux pour décrypter avec une certaine appréhension cette note qui s'ajoutait à sa collection. 「 Cosmonaute 」 Dans un geste brusque qui en surprit plus d'un, Jean se releva vivement en laissant échapper un vilain juron. Un déclic venait soudainement de déverrouiller l'un des tiroirs de sa mémoire auxquels il ne pouvait auparavant pas accéder. Les yeux écarquillés, le garçon put enfin se souvenir de ce déguisement qu'il avait porté il y avait un an de cela. La chose lui avait jusqu'ici paru anodine, mais il semblerait qu'elle ait une certaine importance pour qu'on juge utile de la lui rappeler. Puisqu'il ne l'avait pas intégré dans ses cartons, son cher costume était certainement resté dans son ancienne chambre. Tout en se mordant l'intérieur de la joue, Jean réalisa qu'il avait une longue journée de cours qui l'attendait et qu'il ne pouvait pas simplement sauter dans le premier train pour retourner chez sa mère. Résigné, il n'eut pas d'autres choix que d'attendre la fin de la journée en s'en mordant les doigts. Il était déjà vingt heures quand le garçon sortit de son cours d'anglais, pourtant cela ne le découragea pas. Il aurait été bien plus raisonnable d'attendre la fin de la semaine mais Jean n'était pas certain d'avoir suffisamment de patience pour cela. Sans perdre une minute, il prit le volant de sa voiture pour effectuer le trajet qui le séparait de la maison où il avait grandi. Trois quarts d'heure plus tard, il s'arrêta sur les graviers qui recouvraient l'allée et vint sonner à la porte. Marie Kirschtein fut à la fois surprise et heureuse de cette visite inattendue. — Que fais-tu ici, mon chéri ? — J'ai simplement besoin de mettre la main sur une boîte dans ma chambre, l'informa-t-il en l'embrassant sur la joue. Si ça ne t'embête pas, je peux rester manger ? — Tu ne m'embêtes jamais, lui répondit sa mère en souriant. Quel chanceux tu fais, j'ai justement une tarte aux pommes encore chaude sur la table. Alors que Marie retournait en cuisine pour leur préparer une salade composée, Jean se dirigea vers sa chambre d'adolescent. Poussé par l'instinct, il ouvrit sa penderie où étaient restés accrochés quelques vêtements. Sous ceux-ci, une boîte en carton avait été décorée d'étoiles maladroitement dessinées. En soulevant le couvercle, le châtain reconnut immédiatement le déguisement d'aspirant cosmonaute qu'il avait porté ce soir-là. Maintenant qu'il l'avait en face de lui, Jean se souvenait parfaitement l'avoir conçu avec Marco qui était bien plus habile de ses mains que lui. Le pantalon et le pull blancs avaient été ornés de petits sequins en forme d'étoiles que son ami avait patiemment cousus un à un. Des bretelles noires venaient ajouter une petite touche réaliste à son accoutrement. Mais l'élément qui venait véritablement compléter cette tenue de cosmonaute, c'était ce beau scaphandre lunaire qu'ils avaient fabriqué à l'aide de carton et d'aluminium. Finalement, la mémoire de Sasha ne lui avait pas totalement fait défaut. L'air songeur, Jean toucha du bout des doigts les reliefs que formaient les étoiles dorées collées un peu partout. Perdu dans ses pensées, il ne remarqua pas immédiatement Marie qui se tenait dans l'encadrement de la porte. — J'ai l'impression que quelque chose te tracasse, s'inquiéta-t-elle avec douceur. — Je crois que je suis un peu perdu, avoua le châtain d'un air penaud. — Tu sais que rien ne t'empêche de rester un jour ou deux. Son fils aurait sincèrement aimé rester pour la nuit, mais il ne voulait pas rater ses cours du lendemain matin. Il lui proposa donc de revenir durant le prochain week-end, ce qu'elle accepta avec un sourire.


> alt : confidences bénéfiques > date : vendredi 5 février 2021

Sitôt son cours magistral de mathématiques terminé, Jean se pressa de ranger ses affaires afin de sortir au plus vite de l'université. Saluant rapidement ses amis, il rentra chez lui en simple coup de vent pour vider son sac de cours et y fourrer à la place quelques vêtements et autres nécessités qu'il avait préparés au matin. Comme promis, le châtain avait décidé de rentrer chez lui pour le week-end afin de profiter de la tendresse maternelle. Il était un grand garçon désormais, mais cela ne changeait rien au lien inébranlable qui l'unissait à celle qui l'avait élevé seule. À peine arrivé, Jean fut accueilli par une odeur alléchante de vanille et de chocolat. L'air malicieux, il claqua un baiser sur la joue de Marie tout en glissant une main derrière son dos pour chaparder l'un des cookies tout chauds qui refroidissaient sur le plan de travail. N'étant pas née de la dernière pluie, sa mère lui donna presque immédiatement un petit coup de rouleau à pâtisserie sur les doigts qui le fit rouspéter. Puisqu'il avait été malgré tout bien élevé, Jean aida la maîtresse de maison à confectionner le dîner. Heureusement, ses faibles compétences culinaires lui suffirent car Marie n'avait pas prévu un repas trop compliqué. Après un délicieux risotto aux légumes, mère et fils s'installèrent dans le salon pour manger quelques cookies devant la télévision. Voilà plusieurs semaines qu'ils n'avaient pas passé un moment seul à seul, et le garçon réalisa que cela lui avait beaucoup manqué. Dans un petit coin de sa tête, il se fit la promesse de rentrer plus souvent chez lui à l'avenir, pour faire plaisir à sa chère maman mais aussi pour se faire plaisir à lui-même. Tous deux confortablement assis sur le petit canapé, Jean se dit que l'occasion se prêtait volontiers à quelques confidences. Il se sentait un peu gêné quant à la drôle d'histoire qu'il s'apprêtait à raconter, mais le garçon fini tant bien que mal à se lancer. — Je reçois de drôles de messages depuis un mois, avoua-t-il. Sur des bouts de papier. — Et moi qui pensais que le romantisme se perdait depuis la révolution numérique, pouffa Marie. Un admirateur secret ? — Plutôt une victime collatérale d'un trou de mémoire, marmonna son fils en réponse. — Sais-tu qui te les fait parvenir ? s'intéressa-t-elle soudain. — Pas le moins du monde. L'espace d'un instant, Marie Kirschtein eut un petit sourire mystérieux qui fut néanmoins bien vite remplacé par un air faussement contrit. — Un trou de mémoire ? Mon fils, je ne t'ai pas mis au monde pour que tu te saoules à tout va et boives comme un trou. — Je ne bois pas comme un trou, contesta-t-il en faisant la moue. Juste un peu en soirée, c'est tout. Pouffant face à l'expression désolée de son garçon, elle vint lui ébouriffer affectueusement ses cheveux châtains. Le trouble qui traversait Jean faisait doucement rire la quadragénaire qui avait l'impression de revivre ses premiers émois. — Je suis sûre que les choses s'arrangeront bientôt d'une manière ou d'une autre, le rassura-t-elle. Jean l'espérait aussi, car il n'était pas sûr que son cœur puisse continuer ce petit jeu encore longtemps. Cet épanchement bénin avait indéniablement soulagé son esprit, mais l'avenir lui réservait encore bien des surprises.


> alt : brèves réminiscences du passé > date : mardi 9 février 2021

C'est avec grand bruit que le groupe d'étudiants se précipita au-dehors une fois les cours de la matinée terminés. Voilà plusieurs heures qu'il neigeait et Jean ne cachait pas son émerveillement face à ce phénomène qu'il avait toujours adoré. Lorsque la température descendait très exactement à zéro degré celcius, la pluie se transformait en flocons gelés. Ce n'était rien d'autre que de la physique, mais le garçon trouvait cela absolument magnifique. Les lois de la nature étaient capables de tant de beauté que son cœur chavirait de nouveau pour le monde qui l'avait porté. — Franchement, ricana Connie à la vue de l'excitation palpable du châtain. C'est la neige qui te met dans cet état ? — Je suis aussi content de passer du temps avec toi, mon poussin, fait-il mine de s'approcher vers lui, les bras grand ouverts — Garde tes embrassades pour Marco, tu veux bien, le repoussa son ami en riant. Le prenant au mot, Jean s'en retourna vers son meilleur ami brun qui accueilli plus chaleureusement son corps contre le sien. Les deux garçons ayant toujours été très proches, on ne s'étonnait plus de les voir si heureux de se retrouver après de courts moments passés loin l'un de l'autre. Alors que le châtain tirait la langue à Connie qui lui rendit poliment cette démonstration d'affection, le petit groupe se dirigea vers un parc à proximité du campus. Leurs cours de l'après midi ne commençaient pas avant quelques heures, ainsi ils avaient décidé de s'installer dehors afin d'y manger tout en profitant du paysage enneigé. Leurs âmes d'enfants ne résistèrent pas à l'envie de s'amuser un peu, ce qui conduisit inévitablement au déclenchement d'une bataille de boules de neige. Alors que Sasha et Connie se contentaient de faire manger de la neige à leurs malheureux adversaires, Armin avait été rejoint par Ymir qui s'assurait d'anéantir les fortifications d'Eren et Mikasa. Touché dans la nuque par un tir ennemi, Jean poussa un cri strident avant de s'écouler dramatiquement dans la neige. En le tirant par les pieds, Marco parvint à rapatrier ce soldat blessé derrière le banc qui leur servait de rempart. Allongés au sol, le dos contre la neige froide qui mouillait leurs vêtements, les deux garçons reprenaient difficilement leur souffle. Les yeux perdus dans l'immensité du ciel qui s'offrait à sa vue, Jean observait les flocons qui tombaient gracieusement depuis les nuages. Un simple coup d'œil lui fut suffisant pour remarquer qu'à ses côtés, Marco s'était également plongé dans la contemplation de ce joli spectacle. À la vue des petites tortues qui ornaient son épais pull, Jean se souvint de ce petit bout de papier vert clair qu'il avait reçu dans la matinée. 「 Pelouse 」 Aussitôt, un étrange sentiment de déjà-vu s'imposa à lui. Alors qu'il clignait des yeux, le châtain aurait juré apercevoir les réminiscences d'une scène presque semblable à celle-ci. Sous ses doigts, la sensation des brins d'herbe qui le chatouillaient lui paraissait familière. Le doux souvenir d'un ciel étoilé lui revint peu à peu en mémoire, alors qu'un rire s'élevait à ses côtés. Était-ce là l'un de ses instants qu'il avait malencontreusement oublié ? Jean aurait aimé pouvoir s'y pencher davantage, mais cette prompte ecmésie ne lui en laissa guère la possibilité. Déconnecté de la réalité, le châtain n'entendit pas Connie et Sasha s'approcher à pas de loup. Quelques secondes plus tard, leurs amis se jetèrent sur eux dans un hurlement guerrier afin de les faire prisonniers. Une chose était sûre : Jean et Marco venaient de perdre la bataille.


> alt : difficile historique > date : jeudi 11 février 2021

Au cours des dernières semaines, Jean avait longuement réfléchi pour retrouver les souvenirs qu'il avait égarés dans son propre esprit. Si quelques réminiscences lui parvenaient de plus en plus, il était conscient que l'essentiel échappait encore à sa connaissance. Entre deux cours magistraux, le garçon se perdit une fois de plus dans les limbes de sa mémoire. Il avait dernièrement entrepris de réaliser une chronologie de cette fameuse soirée en y incorporant les éléments nouveaux qui lui étaient revenus. Jusqu'à très récemment, il s'était trouvé incapable de décrire ce qu'il s'était passé après le duel passionné d'Eren. Maintenant, il se souvenait de quelques petites choses qu'il avait réussi à mettre bout à bout pour créer une courte séquence temporelle logique. Pendant près d'une demi-heure, Jean et ses amis avaient enchaîné les parties de chamboule-patates. C'était en visionnant l'une des vidéos YouTube réalisée par Connie et Sasha que cela lui était revenu en mémoire. Ces deux-là avaient fini par aller au bout de leur projet, aussi déroutant fut-il. Après une victoire écrasante de Sasha, quelqu'un avait eu la merveilleuse idée de proposer un classique action ou vérité. Loin des bisous baveux, les défis relevés par leurs acolytes avaient été des plus théâtraux qui soient. Mikasa et Reiner avaient livré un bras de fer acharné à l'issue duquel la japonaise gagna haut la main sans la moindre pitié pour le chevalier blessé qui pleurait sa défaite. Avec une certaine honte, Jean se souvenait malheureusement qu'Eren avait exigé qu'il devienne son destrier. Le cosmonaute-cheval avait ainsi dû traverser la maison en portant le mousquetaire sur son dos. Bien que rares furent ceux qui refusèrent les actions au profit de la vérité, de drôles de révélations avaient également été faites. On avait ainsi découvert avec surprise que Historia était la lointaine descendante d'une famille d'aristocrates influente à la cour du Roi Soleil. De son côté, Armin avait honteusement avoué qu'il avait volé le chat de son ancienne voisine. Pour sa défense, cette dernière était exécrable et le pauvre félin s'était présenté à sa porte de lui-même. L'animal étant pleinement consentant, on ne pouvait pas vraiment parler d'un kidnapping. Fut ensuite improvisé un karaoké des plus insolites où Livaï lui-même donna de la voix. Sous les yeux ébahis de tous, il interpréta à la perfection Moral Panic de Nothing But Thieves. Le jeune homme n'était en général que peu loquace, ainsi l'on s'étonna de son talent bien caché. Poussée par Pieck, Annie lui succéda au micro pour chanter Ocean Eyes de Billie Eilish. Jean n'était peut-être pas perspicace lorsque cela le concernait, mais il aurait mis sa main à couper que les yeux bleus d'Armin avaient influencé ce choix. Fidèle à lui-même, le blond n'avait absolument rien remarqué de la déclaration qui lui était faite. Quant aux événements ayant suivi ce charmant karaoké, il n'avait pas encore été en mesure de les retrouver. Cette absconse chronologie s'arrêtait à ce moment précis, après duquel il n'avait aucun souvenir. Pourtant, le châtain pensait pouvoir affirmer qu'il s'était retrouvé dehors, d'une façon ou d'une autre. Il n'en avait aucune certitude, mais ce déjà-vu qui l'avait récemment frappé allait en ce sens. Ce soir-là, le garçon avait senti des brins d'herbe et une brise fraîche lui chatouiller le visage. Tôt ou tard, il espérait que d'autres éléments viendraient préciser cette drôle de sensation. Un sourire aux lèvres, Jean se souvint également qu'un invité dont il ne saurait retrouver le nom avait repris une chanson d'Eddy de Pretto, intitulée Random. Malheureusement pour lui, et à l'image d'Armin, il ne réalisa pas que celle-ci lui avait été destinée.


> alt : audacieux adorateur > date : dimanche 14 février 2021

L'air bougon, Jean referma la fenêtre de son petit appartement. En ce jour de la Saint Valentin, l'amour empestait les rues et les cœurs. Voilà une semaine entière qu'Ymir préparait le rendez-vous parfait pour Historia, et il aurait même juré avoir aperçu Armin hésitant face à la vitrine d'un chocolatier. Tout cela sentait les sentiments à plein nez, ainsi le garçon préférait rester enfermé chez lui de peur d'être contaminé par cette maladie du corps et de l'âme. En tout bon célibataire endurci qu'il était, le châtain n'avait jamais fêté la Saint Valentin. L'historique de sa vie amoureuse était en réalité très bref et très simple. En dix-huit ans d'existence, Jean n'était jamais tombé amoureux. Alors bien sûr, il avait déjà posé un regard intéressé sur quelques jeunes filles qu'il avait croisées ou côtoyées, mais jamais ses sentiments n'avaient dépassé le stade de l'admiration. À l'adolescence, âge des premiers émois, il avait eu quelques copines qui l'avaient rapidement agacé. Ce n'était pas dans son habitude d'être méchant, mais il avait vite compris que la jalousie et les faux-semblants ne lui convenaient pas. Des années plus tard, voilà qu'il tirait la langue aux couples qu'il avait le malheur de croiser dans la rue. Ce comportement était peut-être un poil puéril, mais cela avait le mérite de lui remonter le moral. Car Jean avait beau fuir l'amour, son cœur lui chuchotait de temps à autres qu'il aurait lui-même aimé y goûter. Les amours factices pouvaient bien aller au diable, mais il n'aurait pas tourné le dos à une relation saine et stable. En attendant celle — ou celui — qui ferait frissonner son corps entier, il se retrouvait seul dans son petit lit d'appartement. Cette journée n'aurait pas dû être bien différente des autres quatorze Février, pourtant une petit surprise vint frapper à la porte de son chez-soi. Dans la soirée, Jean entendit un drôle de bruit en provenance de l'entrée. Se demandant si un chat n'était pas en train de gratter à la porte, il s'avança avec curiosité vers cette dernière. Au lieu d'un félin, le garçon remarqua avec étonnement qu'un petit sachet avait été déposé sur le paillasson. L'espace d'un instant, il s'interrogea sur cette drôle d'offrande : lui était-elle destinée ou s'agissait-il là d'une malencontreuse erreur ? Après avoir lancé des coups d'œil à droite, à gauche et même dans la cage d'escalier, il ne vit pourtant personne aux alentours. Pensif, il se saisit délicatement de ce cadeau pour l'analyser de plus près. Accroché à l'emballage, Jean put découvrir avec confusion que son propre nom était écrit sur une étiquette en carton. Pas de doute possible : ceci avait bien été déposé au pas de sa porte à son attention. De retour dans sa chambre, il ouvrit avec précaution le sachet dans lequel on avait fourré quelques chocolats. Quelques secondes furent nécessaires au châtain pour qu'il réalise la signification qu'avaient ces friandises en ce jour si particulier. Il était un peu rouillé en ce qui concernait l'amour, mais pas assez pour ignorer que quelqu'un était visiblement en train de lui déclarer le sien. Les yeux fixés sur cette écriture à l'encre noire, le garçon sentit ses sourcils se froncer. Celle-ci lui était familière, mais où avait-il bien pu la voir auparavant ? Alors qu'il détournait le regard de l'étiquette affublée de son nom, ses pupilles se posèrent sur le livre d'astronomie qui trônait toujours sur sa table de chevet. En relevant la première de couverture, Jean tomba sur les différents bouts de papier qu'il avait reçus. Lorsqu'il posa ce nouveau mot parmi les autres, il fut frappé par la ressemblance entre ceux-ci. Le garçon n'était pas sûr de comprendre ce que cela impliquait, mais il semblait que son expéditeur mystérieux ait revêtu l'habit du preux courtisan pour l'espace d'une journée. Ou peut-être bien qu'il en avait toujours été ainsi, seulement Jean se refusa d'y penser.


> alt : agitation émotionnelle > date : mardie 16 février 2021

À peine la porte de l'immeuble franchie, les deux garçons furent parcourus d'un désagréable frisson de la tête aux pieds. Que l'on soit dehors ou dedans, la température était sensiblement la même. Ce matin, Jean s'était réveillé en grelottant de froid, ce qui n'était évidemment pas dans ses habitudes. Pour une raison obscure, la chaudière du bâtiment avait soudainement décidé de les lâcher en plein mois de Février. L'hiver était rude cette année et la mauvaise isolation thermique de l'immeuble n'arrangeait rien à ce problème technique. Lorsqu'il avait eu vent de ce réveil frisquet, Marco lui avait immédiatement proposé de venir passer quelques nuits dans son propre studio. Visiblement, le chauffage ne serait pas rétabli avant plusieurs jours et son ami ne tenait pas à ce qu'il perde tragiquement ses doigts de pieds durant son sommeil. Jean avait gentiment refusé son invitation, déclarant que la température n'était pas si basse que cela. Seulement, le brun n'était décidément pas très enthousiaste à la perspective de le laisser seul entre quatre murs froids. Il avait donc insisté pour venir juger lui-même des conséquences de ce problème thermique. Jusqu'à présent, cela se présentait plutôt mal. Il faisait un véritable froid de canard dans les escaliers et la température n'était guère meilleure à l'intérieur de l'appartement numéro seize. À ses côtés, Jean faisait comme si de rien n'était, mais il le connaissait assez pour savoir qu'il ne s'agissait là que d'une fierté mal placée. — Tu vois, il ne fait pas si froid que cela, renchérit justement le châtain. En plus, j'ai tout un tas de couvertures. Couvertures ou non, nul doute que le garçon allait probablement mourir d'hypothermie s'il avait le malheur de fermer ses paupières ne serait-ce qu'un court instant. Dans un soupir las, Marco vint s'enrouler dans le premier plaid qu'il trouva afin de retrouver un semblant de chaleur. Allant au bout de sa démonstration, Jean ne tarda pas à sortir tous les édredons qu'il possédait pour en faire de même. Le visage enfoui dans les coussins, il tentait de convaincre son esprit qu'il avait terriblement chaud. En réalité, il tremblait de tout son corps, ce qui fit pouffer son ami. Sans plus de cérémonie, Marco vint lui aussi se glisser contre l'amas de couvertures qu'était devenu le châtain. Alors que ce dernier l'accueillait dans son cocon fait de couches de tissus, tous deux soupirèrent d'aise lorsque leurs corps entrèrent en contact. Décidément, il n'y avait rien de plus efficace que cette proximité corporelle pour se réchauffer. Au creux des bras de Jean, le brun pouvait sentir la fournaise à l'intérieur de lui prendre le dessus sur la fraîcheur de la pièce. — On va chez moi ? proposa finalement Marco. — On va chez toi. Aussitôt qu'il eut murmuré ces paroles, tous deux se relevèrent vivement pour quitter cette chambre glacée. Dès l'instant où ce corps quitta le sien, Jean se sentit grelotter de nouveau. Avec une moue boudeuse, il vint emballer quelques affaires essentielles qu'il emmènerait chez son ami. — Ne sois pas si grognon, le taquina le brun. En plus, tu vas avoir la chance de manger sainement pendant les prochains jours. L'idée de pouvoir profiter de la cuisine de Marco lui redonna le sourire alors qu'il s'emparait de son coussin moelleux et d'un vieux plaid qu'il trimballait absolument partout. Tandis qu'il refermait la porte derrière lui, le châtain vint appuyer sa tête contre l’épaule de son vis-à-vis. — Merci, murmura-t-il. — Pour quoi ? — Merci d'être toi. Il se passa alors une chose assez étrange, puisque les joues de Marco se colorèrent progressivement de rouge avant qu'il ne détourne le regard pour s'élancer dans les escaliers. Derrière lui, Jean se demandait encore ce qu'il avait bien pu faire pour causer cette pure effervescence qui n'avait pas manqué de faire battre son propre cœur.


> alt : voleur sans gêne > date : vendredi 19 février 2021

Après trois nuits passées chez son meilleur ami, Jean put enfin rentrer chez lui. La chaudière de son immeuble avait été réparée la veille et se trouvait de nouveau opérationnelle. Le garçon devait avouer qu'il avait terriblement bien dormi chez Marco, ce qui n'aurait certainement pas été le cas dans son lit froid. De plus, le brun lui avait concocté des petits plats dont les saveurs lui titillaient encore les papilles. En tant qu'individu ne sachant guère faire la cuisine, il y avait de quoi être impressionné. Tout en gravissant les escaliers le séparant de son étage, il se dit qu'il devrait tout de même être capable de se faire des tartines garnies pour ce soir. Il lui faudrait simplement s'arrêter à la petite épicerie du coin pour y dégoter ce dont il avait besoin en rentrant des cours. Arrivé devant sa porte, il se figea en remarquant le petit bout de papier rose qu'on y avait collé. Si l'on omettait les chocolats, cela faisait dix jours que le châtain n'avait pas reçu de nouveaux messages. De plus, c'était bien la première fois que ceux-ci apparaissaient chez lui, et Jean n'était pas sûr d'aimer la tournure que prenaient les événements. Son adresse n'était pas un secret très bien gardé, mais c'était tout de même assez déroutant de savoir que son expéditeur la connaissait. Un peu fébrile, il attrapa cette note tout en pénétrant chez lui. 「 Voleur 」 L'espace d'un instant, sa main se crispa sur la poche de son pull tant la coïncidence était étonnante. Pour autant, le garçon savait qu'il était tout bonnement impossible que ce mot fasse référence à une chose si récente. Dans un soupir, Jean se demanda ce qu'il avait encore bien pu faire pour mériter un tel traitement. De mémoire d'humain, jamais il n'avait dérobé quoi que ce soit de très important, exceptés quelques bonbons quand il était enfant. Cette note était donc décidément la plus étrange qu'il avait pu recevoir. Aurait-il volé un vase chez Connie, qui serait donc à l'origine de ce jeu de piste ? L'idée même le fit pouffer tant elle était incongrue. Nul doute que son ami était trop désorganisé pour pouvoir élaborer une revanche d'une telle ampleur pour un stupide pot de fleurs. Le souci, c'était qu'il ne voyait vraiment pas ce qu'on lui reprochait. Haussant les épaules, il s'apprêtait à simplement ranger ce papier parmi les autres quand son regard fut attiré par une surface brillante. Posé sur le rebord de la fenêtre, un petit bocal qu'il n'avait jamais vu se trouvait là. Avec étonnement, Jean découvrit que celui-ci était rempli de petits cœurs en relief faits de papiers colorés. Un peu effrayé, le châtain se demanda comment l'objet avait bien pu arriver à l'intérieur même de son appartement. Devait-il prendre peur et changer sur le champ sa serrure ? Ce nouveau cadeau semblait également provenir de cet expéditeur de plus en plus hardi. Deux indices en une journée, voilà un traitement de faveur qui le surprenait quelque peu. Mais en y réfléchissant bien, Jean réalisa que le mot et le bocal qu'il avait reçus étaient probablement étroitement liés. Si l'un l'accusait d'un délit, l'autre l'informait de la nature de celui-ci. Le spoliateur éhonté se retrouva bien embarrassé alors qu'il prenait conscience de l'acte dont on l'accusait. Mais à qui pouvait-il bien avoir dérobé le cœur ?


> alt : hésitations opposées > date : lundi 22 février 2021

En ce début de semaine, Jean enchaînait des travaux dirigés toute la journée. Si la perspective de revoir ses petits poissons lui réchauffait le cœur, il était parfaitement conscient qu'il n'arrivait guère à se concentrer sur quoi que ce soit. À ses côtés, Armin avait immédiatement remarqué que son ami semblait avoir la tête ailleurs, mais il s'était bien gardé de faire le moindre commentaire. Un petit sourire aux lèvres, il encouragea mentalement Jean à aller au bout de cette réflexion qui ne manquerait pas de bousculer un peu son futur quotidien. Car le châtain avait bien une idée sur l'identité de son mystérieux expéditeur, mais il avait trop peur de se tromper pour aller le confronter. Après tout, Jean n'était pas un garçon si idiot, il savait détecter les signaux lorsque ceux-ci devenaient trop gros pour être ignorés plus longtemps. Il ne saurait dire s'il avait été surpris de ses déductions ou si, d'une certaine manière, une partie de lui avait toujours su la vérité. Le fait était qu'il doutait encore car ses souvenirs ne lui étaient pas revenus. Son être tout entier avait beau lui crier un nom, Jean craignait de simplement confondre ses propres désirs avec la réalité. La perspective que ces deux éléments concordent ne lui déplairait guère, mais elle ne l'avait auparavant jamais effleuré. Ces tergiversions adverses ne cessaient de s'opposer dans son esprit sans qu'il ne parvienne à les refréner. Entre ses piètres expériences amoureuses et l'identité de son correspondant, rien n'était fait pour l'épargner. Il ne s'agissait pas d'une décision qu'il pouvait se permettre de prendre à la légère, mais Jean ne savait pas comment se sortir indemne de ce pétrin. Plus il observait celui dont il avait probablement volé le cœur, plus il sentait le sien chavirer à la simple peur de le perdre. Qu'allait-il bien pouvoir faire s'il s'était trompé ou s'il était déjà trop tard ? Lorsqu'il rentra chez lui, ce soir-là, le garçon hésita encore longuement. Finalement, il décida qu'il préférait en être sûr et qu'il s'occuperait des conséquences impliquées par la vérité au moment venu. Se saisissant de son livre d'astronomie, Jean en extirpa les nombreux bouts de papier colorés qu'il avait dissimulés entre les pages du sommaire. Avec une lenteur mesurée, il vint glisser la main dans la poche de son pull pour se saisir d'un autre feuillet qu'il y avait caché. Cette liste, il l'avait plus ou moins empruntée à celui qu'il soupçonnait d'être l'investigateur principal de toute cette histoire. L'opportunité s'était présentée quelques jours auparavant et le garçon n'y avait étonnamment pas repensé à deux fois avant de la subtiliser. Son contenu ne l'intéressait nullement puisque Jean cherchait simplement à comparer cette écriture avec celle qui le poursuivait depuis près de deux mois. Les lettres étaient inscrites au feutre bleu, mais leur tracé ne laissa place à aucune confusion. En relevant la tête, le garçon tomba nez à nez avec un nouveau bocal qui était apparu sur le bord de sa fenêtre. Contrairement à la dernière fois, un mot était accroché à la paroi de verre. 「 Univers 」 À l'intérieur de cette petite jarre, des dizaines d'étoiles en papier avaient été confectionnées. Les derniers doutes du châtain s'étaient envolés face à ces réalisations en origami qu'il aurait reconnu entre mille. Et à mesure que la mémoire lui revenait, Jean ne put empêcher ni ses joues de rougir furieusement, ni ses lèvres de s'étirer en un sourire.


> alt : chance inespérée > date : mercredi 24 février 2021

Ses amis en étaient témoins, voilà environ deux jours que Jean avait un comportement des plus étranges. Sa mauvaise manie de se mordiller les doigts était soudainement revenue et il lui arrivait de piquer un fard sans raison apparente. Ce matin, il avait même brusquement foncé dans un pauvre mur et s'en tirait avec un front tout rouge. Si le garçon était souvent dans la lune ces derniers temps, il fallait avouer que le phénomène s'était énormément empiré jusqu'à en devenir loufoque. Déclarant qu'il valait mieux en rire qu'en pleurer, Sasha et Connie s'esclaffaient volontiers à la moindre maladresse de sa part. De toute manière, Jean était bien trop préoccupé par un problème plus urgent que celui-ci pour s'en soucier outre-mesure. Depuis qu'il avait découvert l'identité de son expéditeur plus si mystérieux que cela, il ne pouvait s'empêcher de s'imaginer des scénarios par centaines. L'indécision le rongeait peu à peu alors qu'il ignorait quelle attitude adopter. S'il avait été question d'une personne lambda parmi tant d'autres, les choses auraient été bien plus faciles à gérer. Seulement, le châtain réalisa que nul autre n'aurait pu entreprendre un tel jeu de piste fait de papiers colorés. Et parce que c'était justement lui, Jean n'arrivait pas à dominer ses émois. De plus, il lui était devenu impossible de penser correctement depuis que ses souvenirs perdus lui étaient revenus. Quand il pensait à ce qu'il avait osé faire cette nuit-là, le garçon sentait ses joues et ses oreilles rougir. Bon sang, comment avait-il seulement pu oublier ce qui restait à ce jour la plus belle nuit de sa vie ? Et le voilà qui se lamentait de nouveau lorsqu'Armin vint s'asseoir à ses côtés. — Connie organise une fête ce vendredi, lança-t-il, mine de rien. — En quel honneur ? marmonna le châtain avec peu d'intérêt. — Ne pose pas de questions, répondit le blond avec un sourire en coin. D'ailleurs, ta présence est impérative. Un peu étonné, Jean vint relever la tête pour détailler le visage de son ami qui lui faisait visiblement des cachotteries. Derrière lui, Connie affichait également une drôle de mimique qui le rendit d'autant plus suspicieux. — Pas envie, fit-il semblant de décliner pour les pousser à s'expliquer davantage. Désolé. Aussitôt, Armin s'approcha au plus près de son visage pour venir lui murmurer des menaces à l'oreille. Il n'en avait pas l'air au premier abord, mais ce petit blond pouvait déclencher de véritables sueurs froides à ceux qui osaient le contredire. — Je t'emmènerai à cette fête, même si je dois t'assommer pour cela. La lueur qui brillait au fond de ses yeux océan le dissuada de contester de nouveau cette invitation. Cet étrange sourire n'avait toujours pas quitté ses lèvres, et Jean devait avouer qu'il était un peu effrayé mais très curieux d'entendre la suite. — On t'offre une chance de rattraper l'année que tu as lamentablement perdue au fond d'une bouteille. Ne la gâche pas, Jean. Décidément, Armin n'y allait pas de main morte. Le châtain hésitait entre s'offusquer de l'allusion faite, exiger qu'il lui rende des comptes quant aux choses qu'il semblait savoir ou simplement fondre en larmes et lui demander pardon. Puisqu'il ne pouvait décemment pas faire tout ceci en même temps, il se contenta d'ouvrir la bouche dans une exclamation muette. Une fois certain que le châtain se joindrait à eux vendredi prochain, son ami blond lui ébouriffa les cheveux avant de se relever. — Oh, ajouta Connie qui s'en allait lui aussi, et n'oublie pas ton déguisement ! L'air ahuri, Jean regarda les deux garçons disparaître de son champ de vision. De drôles de connections avaient lieu dans son esprit alors qu'il réalisait doucement que ses amis étaient probablement au courant depuis le début. Passée la surprise d'une telle révélation, le châtain décida qu'il se chargerait de leur pincer les oreilles plus tard. Cette aubaine fortuite était peut-être sa dernière chance, ainsi il ne pouvait pas se dérober plus longtemps.


> alt : courageux peureux > date : vendredi 26 février 2021

Maintenant qu'il se trouvait devant la maison de son ami, Jean se demandait à quel point l'angoisse était visible sur son visage. Voilà deux jours qu'il appréhendait cette soirée et l'envie de s'enfuir en courant était actuellement bien présente. De lui-même, son corps décida pourtant de rentrer à l'intérieur du foyer où la musique avait déjà été lancée. Connie pouvait bien se permettre de faire un peu de bruit : il n'y avait aucune habitation à plusieurs centaines de mètres à la ronde. En parcourant des yeux la pièce principale, le châtain fut rassuré de voir que son ami avait invité moins de monde que l'année dernière. Cependant, force était de constater qu'un certain chaos ambiant régnait déjà. Chacun avait visiblement revêtu son déguisement phare, avec quelques améliorations notables pour les plus perfectionnistes. On pouvait ainsi voir Ymir et ses ailes pailletées qui terrorisait le brave chevalier Bertholdt pour une raison obscure. Du côté du bar, la Pieck du Second Empire venait de descendre d'une traite un cocktail qui semblait assez corsé sous les yeux ébahis de Porco et Reiner. Et l'horloge au mur n'indiquait que vingt-deux heures : la nuit s'annonçait pour le moins prometteuse. Un peu perdu parmi ses amis qu'il saluait au fur et à mesure, Jean réalisa qu'il n'avait toujours pas croisé celui pour qui il était venu dans un premier lieu. Se trouvant bien embêté, le cosmonaute qu'il était se retrouva planté quelque part entre le piano et la cheminée, les bras ballants telle une plante décorative. Quelques instants après avoir scruté de ses yeux ambrés le moindre visage qui se présentait à sa vue, le châtain sentit une pression dans son dos. Lorsqu'il se retourna, il ne fut qu'à demi-surpris de se retrouver face à Armin qui disparut aussi vite qu'il était apparu. Glissant ses doigts entre ses omoplates, Jean y décrocha le petit mot que ce mousquetaire blond avait placé là. 「 Jean 」 Cette fois-ci, pas de couleur pastelle : le papier était entièrement noir. Écrites à l'encre dorée, les lettres brillantes venaient contraster avec ce fond aussi profond que l'espace lui-même. Grâce à ce qui représentait son ultime indice, Jean savait exactement ce qu'il lui restait à faire. Sans plus attendre, il traversa le salon et la cuisine d'où lui fit signe Connie pour sortir à l'air libre. Avec ses multiples arbres et le court d'eau qui le traversait, le jardin de la propriété était impressionnant. Pourtant, le garçon n'hésita guère lorsqu'il s'élança vers un endroit en particulier. Après quelques pas seulement, il retira jusqu'à ses chaussettes pour sentir les brins d'herbe sous ses pieds. Vers l'amont du ruisseau, Jean put enfin distinguer une silhouette qui brillait dans l'obscurité de la nuit. Un peu intimidé, il marqua un temps d'arrêt pour observer celui qui l'attendait probablement depuis plus d'un an. Alors, sans plus d'hésitation, le vaillant poltron s'approcha de cet être si étincelant dans son costume diamétralement opposé, mais complémentaire au sien. De sa poche, il sortit son propre petit papier blanc qu'il vint timidement presser contre son dos. 「 Marco 」 Tout sourire, le brun se saisit de cette note qui constituait déjà une confession à ses yeux. Animé par une volonté propre, le corps du châtain vint de lui-même s'effondrer dans les bras de celui qui était un peu plus que son meilleur ami. Et lorsque Marco raffermit sa prise sur lui, Jean réalisa qu'il avait lui aussi affaire à un voleur de cœur.


> alt : univers aux reflets changeants > date : mardi 31 décembre

En ce dernier jour de l'année deux mille dix-neuf, l'ambiance était à la fête et au bruit. Dans une maison de campagne parmi d'autres, des dizaines de jeunes gens riaient et dansaient sur des musiques de différentes époques. Loin de toute cette effervescence, deux garçons s'étaient nonchalamment allongés sur la pelouse pour regarder les étoiles. En cette douce nuit, le ciel était parfaitement dégagé et permettait aux plus passionnés d'observer un spectacle des plus beaux qui soit. Les astres que cachait égoïstement le soleil en journée se dévoilaient lorsque la lune prenait le relais pour révéler la splendeur de l'univers qui était à l'origine de la vie. Depuis tout petit, Jean était fasciné par le monde qui l'entourait. Il s'émerveillait devant la terre, l'eau, le feu et l'air qui constituaient l'environnement où les humains évoluaient. Autour de lui, il pouvait sentir la nature œuvrer dans chaque élément qu'elle avait créé. Mais ce qui avait toujours impressionné le châtain plus que toute autre chose, c'était bien évidement l'immensité de l'univers qui était encore si mystérieux à leurs yeux. Faire de l'astronomie son avenir s'était dès lors imposé comme une évidence, ce qui expliquait son orientation vers des études longues et difficiles, mais terriblement passionnantes. Alors il se fichait bien de ceux qui le pensaient trop enfantin ou trop ambitieux. Après tout, Jean n'était qu'un rêveur aux yeux constamment écarquillés par la curiosité. Et il n'était pas le seul. Allongé à ses côtés, Marco tendait sa main vers le ciel qu'il aurait voulu frôler de ses doigts. Encore une fois, les yeux ambrés du châtain furent irrésistiblement attirés par cet être qui brillait de mille feux. Si Jean avait revêtu le déguisement d'un cosmonaute, le brun s'était subtilisé à l'univers même. Son pantalon et son pull noirs avaient été ornés de sequins argentés, de paillettes dorées et de dessins au crayon fin. Sur son corps, Marco avait retracé les constellations et les planètes dont il avait mémorisé chaque emplacement. Une large pièce de tulle sombre qui avait elle aussi été piquée de sequins reposait sur ses épaules, l'enveloppant d'une aura de mystère. En ce moment précis, Marco était une véritable œuvre d'art qu'on pouvait contempler des heures durant. Depuis qu'il l'avait aperçu dans ces apparats, Jean n'arrivait pas à détacher bien longtemps ses yeux de ce chatoyant cosmos. Il aurait voulu se pencher pour pouvoir détailler de plus près les petites étoiles qu'il avait dessinées sur ses pommettes et qui se mêlaient à ses taches de rousseurs. Mais trop effrayé à l'idée de se perdre dans ses yeux chocolat qu'il avait souligné de noir, Jean n'osait pas s'approcher davantage. — J'aimerais toucher les étoiles, murmura le brun, inconscient des tourments qui animaient son ami. C'était là un joli rêve que tous deux partageaient, non sans ignorer qu'il serait difficilement réalisable. Pourtant, alors que la lueur de la lune se reflétait sur les sequins argentés dont son ami était recouvert, Jean se demanda si cette ambition était véritablement vaine. Se redressant sur ses avant-bras, le garçon laissa ses yeux glisser sur le corps pailleté de Marco. Alors même qu'il oubliait de réfréner ses pensées, il réalisa qu'il désirait toucher cette peau qui brillait. Était-ce là l'alcool qui lui faisait tourner les sens ? La chaleur qui se répandait dans son être tout entier lui soufflait que les quelques verres qu'il avait bu ne sauraient prodiguer à eux seuls de tels effets. En revanche, on avait toujours signalé à Jean qu'il avait l'alcool honnête, celui-ci contribuant à estomper les limites qu'il s'imposait de lui-même. Quelque part en lui, le garçon pouvait les sentir s'effondrer une à une dans le plus grand des silences. Le cœur prenant le dessus sur sa raison, Jean vint délicatement saisir le visage de Marco entre ses doigts. Le châtain n'était pas certain de ce qu'il cherchait précisément à accomplir, mais il n'y eut pas la moindre hésitation dans son geste. Et soudain, ce fut comme si la Terre elle-même avait arrêté de tourner. Plus rien n'avait d'importance, exceptées leurs deux pupilles qui brillaient de concert. — Que fais-tu ? souffla finalement Marco, le souffle court. — Je tiens l'univers entre mes mains. L'assurance avec laquelle il avait déclaré ces mots les fit rougir tous les deux tant elle était sincère. Et au moment même où Jean réalisa son amour pour Marco, il se pencha vers lui pour l'embrasser.


> alt : enflammer d'ardeur > date : mercredi 1 janvier 2020

Ce baiser fut si doux que Jean crut entrevoir les portes du Paradis s'ouvrir pour l'accueillir. Les lèvres de Marco constituaient probablement le péché le plus délicieux qui soit, mais il se serait volontiers rendu en Enfer si cela lui permettait de les embrasser juste un peu plus longtemps. Lorsqu'il se décida enfin à les quitter, le châtain se demanda ce que son vis-à-vis avait bien pu penser d'une telle initiative. À peine eut-il le temps de constater les rougeurs qui lui dévoraient le visage que le brun se redressa vivement en position assise. — Ce n'est qu'un stupide déguisement, souffla-t-il en tremblant. Je n'ai rien d'un univers. Sans lui laisser le temps de déblatérer plus de bêtises que celle-ci, Jean vint se positionner à califourchon sur ses cuisses. Écartant les mains tachetées derrière lesquelles Marco se cachait, il attrapa de nouveau son visage entre ses paumes ouvertes. Le garçon voulait être certain qu'il le regardait alors qu'il se montrait plus honnête qu'il ne l'avait jamais été. — Tu es mon univers, Marco. Submergé par l'émoi qui le traversait, le brun ne perdit pas une miette de cette confession qui lui était faite. Des larmes perlèrent aux coins de ses yeux chocolat et menaçaient d'abîmer son joli maquillage, mais c'était là le cadet de ces soucis. Marco aurait voulu hurler sa joie et son amour pour ce garçon qui se trouvait en face de lui et qui déclarait l'aimer aussi. Il réalisa bien vite que les mots ne seraient pas suffisants pour avouer le tourbillon de sentiments qui animait son cœur. Alors qu'il sentait Jean se rapprocher inconsciemment de lui, le brun devint incapable d'ignorer davantage ses lèvres dont il ne pouvait déjà plus se passer. La réciproque étant également vraie, leurs bouches ne tardèrent guère à se retrouver pour un nouveau baiser passionné. ans plus se retenir, Marco glissa ses mains dans le dos de son amoureux pour le tenir plus fermement contre lui. Il pouvait sentir les doigts de celui-ci se perdre dans ses cheveux pleins de paillettes et chatouiller sa nuque. Parfois, Jean s'éloignait un peu pour le regarder de ses yeux ambrés et lui murmurer à quel point il était beau. Mais leurs lèvres ne pouvaient guère se séparer bien longtemps, alors le brun l'attirait à lui encore et encore. Il se sentait mourir d'amour et de désir tellement son amant prenait tout l'espace autour de lui. Au moment même où les mains du châtain vinrent se faufiler en-dessous du pull sombre de son partenaire, un feu d'artifice tardif explosa au-dessus de leurs têtes. Ce fut à peine s'ils le remarquèrent, trop préoccupés par celui qui brûlait en eux, cet embrasement étoilé qui les représentait si bien. À bout de souffle, Jean posa son front contre l'épaule du brun, ses doigts caressant toujours la peau brûlante de son dos. Incapables de se détacher l'un de l'autre, les deux garçons restèrent dans cette position jusqu'à en perdre la notion du temps. Ce ne fut que plusieurs minutes plus tard qu'ils furent rejoints par Armin, celui-ci les cherchant visiblement depuis un moment. — C'est malin, leur lança-t-il en s'approchant, vous avez raté la nouvelle année. Si leur ami blond ne s'étonna que peu de leur position, il fut assez surpris de constater que les joues de Marco étaient terriblement colorées. Le froid aurait pu en être la cause, mais ses yeux fuyants les siens et ses lèvres rougies ne laissaient pas tant de place au doute. Alors qu'Armin mima une exclamation silencieuse, conscient d'avoir interrompu quelque chose, il pencha la tête pour observer Jean qui ne bougeait pas d'un poil. — Je rêve ou cet imbécile s'est endormi ? déclara-t-il avec affligement. En effet, le châtain s'était laissé emporter par le sommeil dans les bras un peu trop confortables de son meilleur ami. Tout en s'esclaffant du ridicule de la situation, Marco se releva en maintenant ce corps inconscient contre lui. — Connie va être effaré de savoir que vous avez batifolé sur sa pelouse, laissa échapper Armin. L'air amusé, il lui désigna les paillettes qui s'étaient accrochées à Jean et le faisaient lui aussi briller. — J'ai peut-être un peu abusé sur les paillettes, avoua le brun, penaud. — Je suis sûr qu'il les a beaucoup aimées, le rassura son ami en riant. Les deux garçons s'éloignèrent en direction de la maison, encore inconscients qu'à son réveil, Jean aurait oublié ces quelques heures passées à toucher les étoiles.


> alt : des sentiments si forts qu'ils paralysent > date : samedi 27 février 2021

Face à ces jolis yeux chocolat qui le fixaient avec tellement d'espoir, Jean se sentit soudain terrifié. Le garçon qu'il aimait se trouvait juste devant lui et il craignait tant de le décevoir qu'il ne savait plus par où commencer. Il n'avait pourtant guère le loisir de se défiler davantage puisque c'était probablement là sa dernière chance de rattraper son comportement des plus lamentables. Après une profonde inspiration, le châtain décida que l'honnêteté resterait le meilleur choix possible. Ses jambes tremblaient déjà et il n'était pas certain que celles-ci parviendraient à le maintenir debout encore très longtemps. Fermant les yeux un instant, Jean vint s'agenouiller dans l'herbe fraîche avant d'ancrer son regard dans celui de Marco. — Je suis probablement le plus gros poltron que la Terre n'ait jamais porté, débuta-t-il d'une voix posée qui l'étonna lui-même. Je ne suis peut-être pas toujours très perspicace ou très malin, mais je suis surtout un sacré froussard lorsque les gens que j'aime sont mis en cause. Quand je me suis réveillé ce matin-là, avoua-t-il honteusement, j'ai cru que tout ceci n'était qu'un rêve que j'avais imaginé. Tu étais si inatteignable à mes yeux que j'avais lâchement abandonné l'idée même de pouvoir un jour toucher les étoiles de ton corps. J'étais à des lieues de réaliser que je n'avais absolument rien inventé et qu'il s'agissait bel et bien de la réalité. Cette même réalité que j'ai moi-même gâchée par l'inadvertance la plus bête qui soit. Ses mots étaient peut-être confus aux oreilles du monde, et Jean lui-même ignorait s'il parvenait à s'exprimer correctement. Néanmoins, les pupilles de Marco avaient accroché les siennes avec une telle intensité qu'il ne pouvait pas douter d'être écouté. Puisque c'était là tout ce qui lui importait, le châtain vint délicatement saisir dans ses doigts la main tachetée et pailletée de celui qu'il aimait tant. — Je veux que tu saches que tout ce que j'ai pu te dire ce soir-là était sincère, poursuivit-il dans un murmure. N'en doute jamais. On ne peut pas en dire autant du reste, mais t'embrasser était la meilleure décision de ma vie. Tu fais partie de chacun de mes rêves, Marco. Alors si tu veux bien me donner une seconde chance, je te promets que je n'aurais rien oublié demain. Le cœur au bord des lèvres, Jean déclamait ses regrets avec la peur grandissante d'être repoussé. Un an avait passé, douze mois durant lesquels il avait vulgairement froissé leurs sentiments mutuels. Et si Marco décidait qu'il méritait mieux que l'idiot qu'il était ? C'était probablement vrai, mais le châtain refusait de voir son meilleur ami s'enfuir dans les bras d'un autre. Il désirait rester le seul être assez chanceux en ce monde pour avoir pu embrasser les étoiles. La peur étouffait sa poitrine alors qu'il tentait vainement d'ignorer le trou béant qui s'y creuserait si le brun s'en irait. Son tourment était tel qu'une larme roula sur sa joue avant d'être effacée par un pouce pailleté. Assis devant lui, Marco le regardait avec tant d'amour qu'il sentit son corps frémir tout entier. — Je n'irai nulle part, Jean. Car si je suis toujours ton univers, confessa-t-il avec tendresse, tu n'as jamais cessé d'être mon Soleil. À ces mots dont il avait rêvé plus d'une fois, Jean sentit la moindre de ses émotions déborder de son être. D'autres larmes silencieuses s'échappèrent de ses yeux à mesure que la douleur s'estompait, remplacée par l'incommensurable bonheur qu'il ressentait. Ses lèvres balbutièrent des excuses à foison où il maudissait sa bêtise et sa couardise. Et Marco avait beau sécher ses larmes en lui assurant qu'il n'y avait plus rien à pardonner, son cosmonaute n'en cessait plus de pleurer. Puisqu'il était décidément à court d'idées, le garçon pailleté préféra fondre sur sa bouche sans plus tarder. Cette sensation leur avait tant manqué à l'un comme à l'autre qu'ils se retrouvèrent bien vite essoufflés. Cela ne les empêcha pas de recommencer encore et encore, tels les amoureux transis qu'ils étaient.


> alt : partie finale brillante > date : samedi 27 février 2021 > tw : ce chapitre compte une scène érotique explicite et s'adresse donc à un public averti !

Délaissant quelque peu l'univers qui s'étendait au-dessus d'eux, les deux garçons n'avaient d'yeux que l'un pour l'autre. En appui sur un avant-bras, Jean déposait un millier de baisers papillons sur le visage de son amoureux. Allongé dans l'herbe, Marco se laissait faire en souriant, profitant de ce moment qu'il n'avait que trop attendu. Quand son cosmonaute laissa finalement reposer sa tête sur son épaule, le brun ne résista pas à l'envie de le charrier un peu. — Ne t'endors pas cette fois-ci, lui initia-t-il malicieusement. Alors qu'il s'attendait à recevoir un grognement contrit, Marco fut surpris de voir son meilleur ami se redresser pour l'observer avec un curieux sourire en coin. — Dans ce cas, lui souffla-t-il d'un air joueur, assure-toi que je ne puisse rien oublier. Aussitôt, le brun sentit un intense frisson parcourir chaque atome de son être. Cédant à la tentation, il vint brusquement renverser Jean qui se retrouva à son tour sous son corps. Face à l'air légèrement hébété de celui-ci, Marco eut envie de découvrir quelles pourraient bien être les limites qu'il lui imposerait cette nuit. Glissant ses mains derrière son propre dos, il vint attraper son pull étoilé pour s'en dévêtir sans la moindre once de pudeur. Contrairement à lui, Jean ne manqua pas de devenir plus rouge que le soleil lui-même. Ne s'en souciant que peu, le brun ne perdit guère de temps avant de lui attraper ses poignets qu'il bloqua juste au-dessus de sa tête. Et alors que le cerveau de son amoureux était encore en ébullition, Marco posa ses lèvres dans son cou pour y aspirer la peau blanche qui s'y trouvait. Piégé sous lui, Jean ne manqua pas de laisser échapper un gémissement étouffé. Lorsqu'il se redressa pour admirer la petite tache rouge qu'il avait réalisée, le brun surprit le regard de son cosmonaute qui glissait envieusement sur son torse désormais nu. Ricanant doucement, il relâcha ses poignets pour lui permettre de toucher s'il le souhaitait. — Ne ris pas, marmonna le châtain. Et puis, je ne crois pas être le seul à apprécier la vue... Pour illustrer ses propos, il vint remonter son genou qu'il pressa au niveau de l'entre-jambe de son vis-à-vis. Comme il le soupçonnait, celle-ci n'était pas restée impassible face à leur proximité. Les yeux voilés par un désir évident, Jean laissa ses mains glisser vers cette peau brillante qui l'attirait tant. Alors que ses doigts effleuraient avec une retenue insoutenable les lignes de son buste, Marco sentit le brasier en lui menacer de s'affoler. Les deux garçons étaient animés par un désir qu'ils n'avaient jamais ressenti auparavant et qui ne demandait qu'à être assouvi. Seulement, le brun ignorait ce qu'en pensait son amoureux et avait ainsi peur d'aller trop vite pour lui. Ils n'avaient pas encore eut le temps nécessaire pour parler sérieusement de sexualité, ce qui le poussait à hésiter. Comprenant bien que Marco n'attendait qu'un signe de sa part, le châtain faufila ses doigts jusqu'aux fesses tachetées qu'il agrippa avec gourmandise. Sans plus s'inquiéter de ce qui était décent ou non, Jean appuya sur celles-ci pour faire rencontrer leurs bassins. Cette coalition leur fit tous deux voir des étoiles avant que le brun ne replonge ses yeux dans les pupilles dilatées par le désir de son amoureux. Faisant désormais fit de toute retenue, Marco fondit sur ses lèvres qui épousèrent les siennes à la perfection. Brûlants d'amour, leurs corps se pressèrent l'un contre l'autre avec l'envie irrépressible de se confondre. La frénésie qui les avait gagnés animait désormais chacun de leurs gestes qu'ils n'étaient plus en mesure de contrôler pleinement. Les sensations que leur procurait la friction de leurs deux bassins étaient si divines que Marco ne pensait pas avoir déjà expérimenté pareil plaisir. Quittant les lèvres de son amoureux pour pouvoir entendre les soupirs qu'il laissait échapper, le brun vint glisser l'une de ses mains sous son pull afin de caresser cette peau qui bouillonnait pour lui. Posée sur la hanche du châtain, son autre main veillait à le tenir fermement contre son corps qui bougeait de plus en plus frénétiquement, à la recherche d'une délectation toujours plus grande. Alors qu'il se sentait perdre pieds, Jean laissa sa tête se renverser en arrière. Ses doigts se perdirent dans les cheveux bruns de son amoureux qui lui chatouillait le cou de sa respiration irrégulière et de ses baisers mouillés. Gémissant tous deux du plaisir le plus délicieux qui soit, leurs gestes devinrent encore plus pressés qu'ils ne l'étaient déjà à mesure qu'ils se rapprochaient de cette fébrile apothéose. Tandis que ses orteils se recroquevillaient sur eux-mêmes, Jean empoigna avec force les mèches brunes de Marco qui lui mordit l'épaule en réponse. Quelques secondes plus tard, leurs ventres se contactèrent sous l'effet de la jouissance qui se manifesta furieusement en eux. La respiration saccadée, les deux garçons sentirent leurs corps s'affaisser davantage. Sans se défaire de l'étreinte indécente dans laquelle ils s'étaient emmêlés, ils reprirent difficilement leur souffle après ce moment d'intimité. Tel un bienheureux, Jean caressait du bout des doigts le dos pailleté de Marco qui était encore brûlant au toucher. Fatigué mais comblé, ce dernier se redressa légèrement pour poser sur ses lèvres un nouveau baiser d'une douceur grisante. Nul doute que cette fois-ci, Jean se souviendrait encore très longtemps de cette nuit merveilleuse.


> alt : buveur causant > date : samedi 27 février 2021

Au milieu du curieux cabinet de curiosité qu'était devenu cette fête déguisée, un mousquetaire se trouvait négligemment avachi en travers du comptoir. Les yeux plissés sous la vision trouble qui s'offrait à lui, Armin réalisa qu'il avait peut-être un peu forcé sur l'alcool. Seulement, son euphorie était si grande qu'il n'avait pas jugé très utile de réfréner sa consommation. Encore une fois, il rit en se remémorant la scène dont il avait été témoin quelques minutes auparavant. Alors qu'on commençait à se demander où ils étaient passés, Jean et Marco s'étaient faufilés jusque dans la cuisine pour y trouver Connie. Le tirant dans un coin, le châtain lui avait chuchoté quelque chose à l'oreille qui n'avait pas manqué de provoquer un énorme fou-rire chez son ami. Tout rouges, les deux garçons avaient disparu à l'étage supérieur sous les yeux interrogateurs d'Armin qui se trouvait là. Sans se défaire de son hilarité, Connie l'informa de la situation de la manière la plus sophistiquée qui soit. Visiblement, les deux amoureux avaient malencontreusement sali leurs sous-vêtements au détour d'un bosquet. S'esclaffant à son tour, le blond les attendit de pied ferme en bas des escaliers. Lorsque Jean et Marco pointèrent de nouveau le bout de leurs nez après une bonne douche et vêtu d'un caleçon propre, Armin les avait tous deux saisis par un bras pour les emmener fêter cet heureux événement. Sa faible résistance à l'alcool avait finalement eu raison de lui plus vite qu'il ne l'aurait cru, ainsi Jean avait été contraint de lui chercher un verre d'eau. En bon ami qu'il était, il avait même chargé Annie de le surveiller pendant sa courte absence. Assommé par l'ivresse, Armin n'avait toujours pas remarqué la jeune fille assise à ses côtés. Se croyant seul, il marmonnait en conséquence tout un tas de choses plus ou moins censées qu'elle écoutait d'une oreille distraite. — J'aime Annie, souffla le blond. Se demandant si elle avait bien entendu ou si ses sens lui jouaient des tours, la principale concernée posa un regard étonné sur le mousquetaire éméché. — Elle a des yeux- des yeux si jolis. Aussi bleus que l'océan, continua-t-il. Plus beaux encore qu'un diamant bleu. Ou- ou une aigue-marine. S'en suivit une courte divagation sur les propriétés physiques de ces pierres visant à justifier ce choix. En amour comme ailleurs, Armin savait se montrer rigoureux et organisé dans son argumentation. — Et puis- elle est merveilleuse, magnifique, majestueuse. Je voudrais lui prendre la main pour ne plus jamais la lâcher. Elle brille- comme le reflet du soleil sur l'eau. La vie serait plus belle à ses côtés. Bien malgré elle, Annie sentit ses joues rougir face à cette confession des plus inattendues. Alors qu'elle s'apprêtait à le remercier en réponse, le garçon blond vint attraper son poignet de sa main. D'un doigt placé devant la bouche, il lui initia de rester silencieuse avec un sourire. — C'est un secret, chuchota-t-il. Ne lui dis pas ! — D'accord, pouffa la jeune fille. Depuis l'encadrement du salon où il avait assisté à cette drôle de déclaration, Jean leva les yeux au ciel. Visiblement, il n'était pas le seul chopineur loquace à qui l'alcool déliait la langue. Tout comme lui, Armin semblait faire attendre l'amour depuis un long moment. Heureusement, le châtain serait là demain matin pour lui rappeler les mots qu'il avait laissés échapper.


> alt : rusés et bienveillants > date : dimanche 28 février 2021

Enroulés dans une large couverture, Jean et Marco s'étaient endormis sur l'un des canapés du salon. Partiellement allongé sur le corps de son amoureux qui n'était pas encore réveillé, le châtain jouait distraitement avec les doigts tachetés qu'il tenait dans les siens. Ses yeux avaient beau être ouverts depuis plusieurs minutes, il n'avait pas la moindre envie de quitter ce doux cocon fait de chaleur et d'amour. De plus, les regards qu'il pouvait sentir dans son dos ne l'encourageaient pas à se retourner pour affronter les airs satisfaits de ses amis qu'il pouvait très bien imaginer. Seulement, Connie ne partageait pas son avis puisqu'il vint lui-même s'accouder au dossier du canapé. Non sans grogner face à leur impatience, Jean finit par s'extirper des bras de Marco pour faire face aux deux autres compères qui l'observaient avec un sourire en coin. Au vu des paillettes qui collaient encore à leurs corps malgré leurs efforts pour les faire disparaître sous la douche, le châtain se doutait bien que leurs galipettes sur la pelouse n'étaient pas vraiment passées inaperçues. — Bien dormi, mon petit Jean ? s'enquit une jeune fille brune. — Très bien, merci. Le fait que Connie, Sasha et Armin étaient au courant depuis le début n'était plus une surprise depuis quelques jours. Et même si leurs manigances sournoises lui restaient encore au travers de la gorge, il devait avouer qu'il l'avait bien mérité. Sans eux, peut-être qu'il serait véritablement passé à côté de ce bonheur sans avoir jamais eu le courage de tendre le bras pour l'effleurer. Mais cette reconnaissance qu'il nourrissait envers eux, il n'était pas prêt de leur avouer de sitôt. — Vous êtes de sacrés acteurs, marmonna-t-il pour la forme. — Tu n'es simplement pas très observateur. — Dire qu'il t'a fallu deux mois pour comprendre ! renchérit Connie. — Vraiment désolant. Ne pouvant guère contredire ces accusations, il leur offrit un sourire qui ressemblait étrangement à une grimace. Peut-être même qu'il leur tira la langue dans la foulée, tel l'adulte mature et respectable qu'il était. Derrière lui, Marco s'était enfin réveillé et observait avec amusement les dernières vérités être révélées au grand jour. Quand Armin laissa entendre que d'autres indices avaient échappés à sa vigilance, Jean haussa un sourcil avec surprise. Sa réaction donna presque envie au brun de ne rien lui dire pour le tourmenter un peu plus. — J'étais habillé de la même couleur que les bouts de papier, finit-il par avouer. Les yeux ambrés du châtain s'écarquillèrent alors qu'il prenait conscience de ce détail qui ne l'avait pas frappé auparavant. Se traitant mentalement d'idiot, il pinça gentiment la joue de son amoureux pour le punir d'une telle farce. Il ne saurait pas expliquer comment ou pourquoi, mais il se retrouva bien vite entouré de plusieurs paires de bras. Ses amis avaient visiblement décidé qu'un câlin collectif s'imposait et il accueilli avec un cri étranglé tous ces finauds altruistes contre lui. — En parlant d'amour et de perspicacité, commença-t-il avec un sourire, j'en connais un qui ferait mieux d'aller retrouver sa dulcinée maintenant qu'il est sobre. — Merde, laissa échapper Armin. Qu'est-ce que j'ai fait ? — Tu as déclamé à quel point tu aimais Annie alors qu'elle se trouvait justement à côté de toi. Alors qu'on entendait les jurons du blond se mélanger aux rires des autres, Jean parvint à glisser quelques mots à son oreille. — C'est bien toi qui lui as proposé de devenir le quatrième mousquetaire de votre groupe, pas vrai ? — Un élan de courage, marmonna-t-il en rosissant à ce simple souvenir. Une fois Armin parti à la recherche de son diamant bleu, Sasha et Connie se rendirent en cuisine pour préparer le petit-déjeuner de tout ce beau monde. Assis sur la terrasse, Jean et Marco profitaient des rayons chaleureux du soleil qui bravaient le froid de l'hiver pour lécher leur peau. Le menton posé sur l'épaule de son amoureux qui se trouvait entre ses jambes, le châtain le regardait confectionner des couronnes de fleurs avec une habilité déconcertante. En journée, il faisait trop clair pour observer les astres lumineux qui constituaient le monde céleste. Mais même en gardant les yeux sur Terre, le châtain souriait tout de même lorsque ceux-ci se posaient sur le corps constellé de Marco. À cause de ce garçon qui constituait à lui seul son univers, Jean savait désormais qu'il avait le cœur rempli d'étoiles.